Agressions sexuelles sur des adolescentes: «un cas d’exception», assure le CISSS de Laval

Photo: Marie-France Coallier Archives Le Devoir Des extraits du dossier d’employé de Benoit Cardinal déposés devant le tribunal lors de son procès pour le meurtre de sa conjointe font état d’allégations de nature sexuelle formulées par plusieurs adolescentes vulnérables de l’unité où il travaillait.

Suspecté d’avoir agressé sexuellement des adolescentes de l’unité où il travaillait à titre d’éducateur, Benoit Cardinal est un « cas d’exception » selon le CISSS de Laval, qui assure que les jeunes placés en centre jeunesse sont en sécurité.

« Des situations comme celle-là viennent malheureusement entacher la réputation des éducateurs en centre jeunesse », convient Geneviève Goudreault, directrice générale adjointe par intérim du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Laval, en entrevue avec Le Devoir.

Des extraits du dossier d’employé de Benoit Cardinal déposés devant le tribunal lors de son procès pour le meurtre de sa conjointe font état d’allégations de nature sexuelle formulées par plusieurs adolescentes vulnérables de l’unité où il travaillait.

Un an plus tard, l’organisme public assure que le dossier de l’éducateur spécialisé est « un cas d’exception ». « Les faits qui nous ont été rapportés étaient suffisamment préoccupants pour qu’on mette en place une démarche pour évaluer nos pratiques cliniques, les conduites éthiques ainsi que nos pratiques de gestion », mentionne Mme Goudreault. « On ne pouvait pas tenir pour acquis que les comportements ou les inconduites étaient une exception », dit-elle.

Avant d’être accusé du meurtre de sa conjointe, Benoit Cardinal était dans la mire des policiers pour des inconduites sexuelles sur des jeunes du centre jeunesse. En février 2020, une adolescente de 16 ans a déclaré à un enquêteur avoir eu à plusieurs reprises des relations sexuelles avec l’accusé au sein même de l’établissement où elle était placée, soit dans sa chambre à coucher, dans le bureau des éducateurs et dans un vestiaire.

« C’est délicat de s’avancer là-dessus puisqu’il y a une enquête qui ne semble pas terminée et pour laquelle il n’y a pas d’accusations qui ont été portées pour le moment, indique Mme Goudreault. Ce que je peux dire, c’est qu’on a vérifié s’il y avait des angles morts dans nos installations physiques et si on a constaté des lacunes, on les a corrigées. »

L’évaluation des pratiques enclenchée à la suite de la suspension de Benoît Cardinal a mené au dépôt d’une vingtaine de recommandations, notamment l’instauration de rencontres éthiques deux fois par année avec tous les employés.

Or, à la suite du confinement du jury, le CISSS de Laval a publié un communiqué indiquant avoir été bouleversé par les informations diffusées dans les médias. Un auditeur externe a été engagé afin de procéder aux vérifications de l’efficacité des mesures en place.

Choc et traumatismes

La démission de Benoit Cardinal le 10 janvier 2019 a été un véritable choc pour les adolescentes qui le côtoyaient, mentionne Anick Deslongchamps, directrice du programme jeunesse au CISSS de Laval. « Ç’a demandé beaucoup de soutien psychologique, elles ont pris ça très difficilement, c’était un deuil à faire », mentionne-t-elle.

La commotion s’est accentuée quelques jours plus tard, lorsque l’homme a été accusé du meurtre de sa conjointe. « Ç’a été un traumatisme, on a pris soin des jeunes sous sa responsabilité, de leurs parents qu’il fallait rassurer sur les mesures en place pour les soutenir et assurer leur sécurité », souligne Mme Goudreault.

L’unité où travaillait Benoît Cardinal héberge 12 adolescentes sous la supervision de deux à trois éducateurs par quart de travail. Au moins trois adolescentes ont été en contact avec lui. Il leur avait donné son numéro de téléphone personnel, selon des éléments qui ont été déposés en cour, mais pas présentés au jury.

Comment a-t-il pu sévir sans que personne s’en rende compte ? Une question délicate à laquelle le CISSS de Laval refuse de répondre en invoquant la confidentialité du dossier. On assure que les lieux sont dotés de caméras de surveillance à l’intérieur comme à l’extérieur. Des tournées sont faites régulièrement à toute heure du jour, assure le CISSS de Laval.

Dans un témoignage, une adolescente a laissé entendre que Benoit Cardinal connaissait les angles morts de l’établissement et qu’il trouvait des motifs pour se retrouver seul en sa présence. Un ancien collègue et ami de Benoit Cardinal, qui a témoigné à son procès pour meurtre, avait notamment confié aux policiers s’être senti « manipulé » par l’accusé, selon ce qui a été rapporté devant la juge Johanne St-Gelais, mais pas devant le jury. « On ne peut pas confirmer que ses collègues étaient au courant, mais avec la démarche d’évaluation de la dernière année, nous nous sommes assurés que s’il y avait d’autres événements de cette nature-là, nos intervenants sachent qu’ils peuvent nous parler en toute confiance et qu’on va agir en protégeant la confidentialité de leur témoignage », mentionne Mme Goudreault.

L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) a limité ses commentaires, plaidant aussi la confidentialité du dossier d’employé de Benoit Cardinal. « Pour la période précédant la démission, 10 janvier 2020, toutes les parties, employeur et syndicat, ont fait leur travail conformément au Code du travail et tel que prescrit par les conventions collectives en vigueur », indique Mathieu Leblanc, porte-parole de l’APTS.

Consultez la suite du dossier