Benoit Cardinal avait fourni une description de l’intrus

Photo: Marie-France Coallier Archives Le Devoir Avant d’être accusé du meurtre de Jaël Cantin, Benoit Cardinal s’était confié aux policiers et aux ambulanciers qui ont pris soin de lui.

Avant d’être accusé du meurtre de sa conjointe, Benoit Cardinal s’est confié aux policiers et aux ambulanciers qui ont pris soin de lui. Soutenant avoir été victime d’une introduction par effraction dans sa résidence, il a même fourni une description détaillée de l’intrus à qui il dit avoir asséné au moins deux coups de poing.

« C’était un homme d’environ 6 pieds, 2 pouces, cheveux longs avec une barbe, il portait un habit Adidas rouge avec une ligne blanche », a mentionné Benoit Cardinal aux autorités qui le considéraient à ce moment-là comme une victime dans cette affaire.

Si le jury n’a pas eu droit à sa version des faits puisqu’il n’a pas présenté de défense, Benoit Cardinal a livré son témoignage dans les heures suivant la mort de Jaël Catin. Pendant son transport vers l’hôpital, l’homme dit à un des ambulanciers que c’est un Arabe qui s’en est pris à sa conjointe.

« Comment le savez-vous ? » lui demande le paramédical. « Par sa posture », lui répond Benoit Cardinal.

Sur son lit d’hôpital, au centre hospitalier de Le Gardeur, le père de famille indique à un agent de police avoir senti la barbe de l’agresseur après l’avoir frappé. Il mentionne également qu’un enfant présent dans la maison a vu le suspect.

Toujours à titre de témoin, Benoit Cardinal reçoit en matinée la visite de deux enquêteurs à qui il raconte avoir entendu la porte du garage s’ouvrir une quinzaine de minutes après s’être couché avec sa conjointe, vers 3 h du matin, le 16 janvier.

« C’est qui ça ? Il y a quelqu’un ! » aurait déclaré Jaël. Un intrus aurait alors surgi dans la chambre du couple et se serait dirigé directement vers sa conjointe pour la frapper à deux reprises, selon sa version.

Un enfant aurait ouvert la porte de la chambre, mais il lui aurait dit de partir. Benoit Cardinal soutient avoir frappé l’homme au visage avec sa main droite à deux reprises avant que celui-ci l’assomme au front avec « un objet dur, massif et piquant ».

Il mentionne aux enquêteurs que Jaël aurait été à nouveau frappée, car il se souvient avoir entendu un bruit à côté d’elle. Le suspect serait ensuite revenu vers lui pour lui frapper le nez contre la commode de la chambre et le pousser ensuite contre le mur. Il affirme aux policiers avoir perdu connaissance quelques secondes plus tard à la suite d’un coup dans le dos « avec quelque chose de dur ». Benoit Cardinal rapporte également que pendant l’altercation, l’intrus s’est exprimé en arabe.

Lorsqu’il a repris connaissance, Benoit Cardinal mentionne avoir regardé si Jaël était correcte, mais elle ne bougeait plus. À ce moment, il remarque que la porte qui donne vers l’extérieur dans leur chambre est ouverte.

Le mystère de la tablette

À quelques mois de son procès pour meurtre, Benoit Cardinal évoque d’autres souvenirs assez précis du soir où Jaël a été tuée dans une requête déposée en cour pour obtenir des renseignements auprès de Facebook.

Il laisse entendre qu’une tablette électronique aurait été volée la nuit des événements. Il soutient avoir remarqué la disparition de l’appareil après avoir repris connaissance, alors qu’il l’avait branché à côté du lit plus tôt dans la soirée, peut-on lire dans un document déposé en cour. L’accusé voulait ainsi démontrer la présence d’une adolescente du centre jeunesse qui était en fugue au moment des événements.

La jeune fille, dont l’identité est protégée par une ordonnance du tribunal, a témoigné lors du procès s’être fait offrir la tablette par l’accusé quelques jours avant le meurtre.

Benoit Cardinal voulait obtenir des renseignements informatiques pour lui permettre de vérifier la position géographique de la tablette entre le 9 et le 18 janvier, période durant laquelle l’adolescente prétend l’avoir eue en sa possession.

La demande de l’accusé a finalement été rejetée par la juge Johanne St-Gelais, qui a d’ailleurs qualifié d’« invraisemblable » son témoignage à ce sujet.

« Le Tribunal ne peut prêter foi à son témoignage, notamment lorsqu’il déclare avoir remarqué la disparition de la tablette, après avoir repris connaissance, à la suite de l’agression. Dans la chambre, les stores sont fermés. La pièce est plongée dans le noir et il fait nuit. Le requérant vient de subir une attaque violente et son attention est portée sur la disparition d’une tablette », note la magistrate.

Période sombre

À l’hôpital, Benoit Cardinal confie également aux policiers vivre une période sombre. Il leur explique avoir fait une dépression deux ans auparavant et avoir eu des idées suicidaires à la suite de sa récente perte d’emploi, le 10 janvier. Selon les notes des policiers, à un certain moment, Benoit Cardinal aurait demandé qu’on le tire. Benoit Cardinal soutient avoir pris la décision de quitter ses fonctions parce qu’il a « assez donné ». Le jour des événements, il mentionne qu’il devait passer des entrevues d’embauche. Jamais il ne fait mention aux policiers que son départ est lié à des allégations d’inconduites à l’égard des adolescentes de l’unité où il travaillait. Le jour même, Benoit Cardinal passe de témoin à suspect. Il est d’abord accusé de meurtre non prémédité, mais après avoir obtenu de nouveaux éléments de preuve, la Couronne dépose finalement une accusation de meurtre prémédité.

Le jury ignore également que Benoit Cardinal a tenté d’être remis en liberté en attendant son procès. Il était même prêt à porter un bracelet électronique pour être géolocalisé en tout temps.

Une de ses cousines était prête à l’héberger chez elle et à assumer les coûts de l’installation et les frais liés au dispositif le temps que Benoit Cardinal fasse une demande d’aide sociale.

« Je me suis renseigné, je suis admissible à l’aide sociale pour un montant minimum de 690 $ par mois. »

La femme était aussi prête à cautionner 50 000 $ pour sa remise en liberté. « Elle risque tout ce qu’elle possède pour me laisser une chance. Je suis heureux de la confiance qu’elle m’accorde », a fait valoir l’accusé devant le tribunal.

Benoit Cardinal a dit s’être senti « brisé », « démoralisé » et avoir eu des idées noires lors de son arrivée en détention. « Considérant ce qui est arrivé […] je venais de tout perdre, mes enfants, ma femme, mes amis, toute, pour moi ma situation était complètement terminée », a-t-il souligné.

L’homme soutient être très stressé derrière les barreaux puisque la cohabitation avec les autres détenus de son unité n’est pas toujours facile. « Il y a de l’agressivité, de la violence, il y a toujours quelque chose qui se passe. Il y a beaucoup de tension, de stress, ce qui n’aide pas au niveau émotionnel », indique-t-il.

Les avocats de l’accusé ont plaidé que cette tension était par ailleurs exacerbée par la pandémie de COVID-19 ainsi que l’importance pour Benoît Cardinal d’avoir un suivi médical puisqu’un kyste au cerveau a été découvert lors de son hospitalisation à la suite des événements. Or, la Couronne a relevé que l’accusé avait refusé de subir une chirurgie lorsque les médecins le lui ont proposé.

Puisqu’il fait face à l’accusation la plus grave du Code criminel, Benoit Cardinal avait le fardeau de démontrer que sa détention n’est pas nécessaire.

« Le crime reproché est grave. La preuve dont dispose la poursuivante est sérieuse. [Benoit Cardinal] risque une longue période d’incarcération s’il est déclaré coupable », a souligné la juge St-Gelais.

La magistrate n’a pas été rassurée par le témoignage de l’accusé, qui a raconté avoir reçu des informations concernant la situation psychologique d’un témoin. Elle a d’ailleurs conclu qu’il y a une « probabilité de condamnation sérieuse » et par conséquent a jugé que son incarcération était nécessaire pendant les procédures.

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