Benoit Cardinal aurait agressé sexuellement 9 adolescentes du centre jeunesse

Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Le SPL a décidé de ne pas déposer d’accusations dans le dossier des agressions sexuelles commises sur les adolescentes du centre jeunesse après que Benoit Cardinal a été accusé de meurtre prémédité.

Au moment où Jaël Cantin a été tuée, Benoit Cardinal faisait l’objet d’une enquête du Service de police de Laval (SPL) pour des agressions sexuelles qu’il aurait commises sur neuf adolescentes du centre jeunesse où il travaillait.

En raison d’une ordonnance de non-publication émise par la juge Johanne St-Gelais de la Cour supérieure, ces informations ne pouvaient être dévoilées avant que le jury — qui doit trancher sur l’accusation de meurtre prémédité — soit confiné.

D’après des informations recueillies par Le Devoir, le SPL a décidé de ne pas déposer d’accusations dans le dossier des agressions sexuelles commises sur les adolescentes âgées de 13 à 17 ans après que Benoit Cardinal a été accusé du meurtre prémédité de la mère de ses six enfants, survenu le 16 janvier 2020.

Si le jury déclare Benoit Cardinal coupable de la plus grave accusation du Code criminel, il écopera automatiquement d’une peine de prison à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.

Dans un jugement rendu avant l’ouverture du procès, la juge St-Gelais avait statué que toutes les informations qui « tendent à démontrer que l’accusé a une propension à mentir » ou « qu’il est une mauvaise personne » ne devaient pas être présentées au jury. Celui-ci doit uniquement se prononcer sur les faits entourant l’accusation de meurtre prémédité.

Il est à noter que les allégations contenues dans cet article n’ont pas été prouvées en cour.

Relation d’autorité

Dans un témoignage livré à l’enquêteur Gino Coulombe du SPL le 21 février 2020, une adolescente de 16 ans — à qui Benoit Cardinal aurait fait part de ses trois plans pour tuer sa conjointe — a déclaré avoir eu à plusieurs reprises des relations sexuelles avec l’accusé.

Elle était « consentante », a-t-elle expliqué. Mais, en vertu du Code criminel, une personne mineure ne peut consentir à des activités sexuelles avec un partenaire qui est en situation de confiance ou d’autorité vis-à-vis d’elle.

L’adolescente — dont l’identité est protégée par une ordonnance du tribunal — a indiqué avoir rencontré Benoit Cardinal vers la fin de septembre 2019, alors qu’elle résidait dans le centre jeunesse de Laval où travaillait l’accusé.

« Au début […], je le voyais comme un père pour moi », a mentionné la jeune femme, qui souffre d’un TDAH, d’un trouble de l’attachement, d’un trouble de personnalité limite et d’un trouble de l’anxiété.

En octobre 2019, Benoit Cardinal a proposé à l’adolescente de l’accompagner faire des courses pour le centre jeunesse au Bulk Barn, une épicerie en vrac. L’éducateur a avisé d’autres intervenants de cette sortie. « Finalement, bien, ses intentions […], c’était pas ça », a rapporté l’adolescente à l’enquêteur Coulombe.

L’éducateur, alors âgé de 33 ans, s’est plutôt rendu dans un stationnement près du métro Cartier avec sa Dodge Caravan. Il a embrassé l’adolescente, puis l’a fait basculer à l’arrière du véhicule, où les sièges avaient été baissés et des couvertures, installées. « C’était déjà tout planifié [d’avoir une relation sexuelle] », a raconté l’adolescente.

Celle-ci a mentionné que Benoit Cardinal avait même acheté à l’avance des provisions au Bulk Barn, pour qu’ils puissent les rapporter au centre jeunesse.

L’éducateur a alors demandé avec insistance à l’adolescente de garder le silence. « Il m’a dit : “Je veux juste pas que tu en parles, je veux pas perdre ma job, je veux pas te perdre toi.” »

La jeune femme a indiqué avoir eu par la suite environ six ou sept relations sexuelles avec l’accusé, pour qui elle dit avoir développé des sentiments. Ces relations sexuelles ont toutes eu lieu au centre jeunesse : dans la chambre à coucher de l’adolescente, dans le bureau des éducateurs et dans un vestiaire.

Dans son témoignage sous serment livré à l’enquêteur Coulombe, l’adolescente a également mentionné que Benoit Cardinal allait régulièrement la réveiller le matin en lui faisant des attouchements sexuels. « Il rentrait dans la chambre, il me touchait, puis tout, puis après ça, bien, il ressortait comme si de rien n’était. » Le père de six enfants aurait agi de la sorte à l’endroit de l’adolescente à une cinquantaine de reprises.

Suspension

Huit autres adolescentes du centre jeunesse ont rapporté aux policiers de Laval avoir été victimes de comportements inappropriés de la part de Benoit Cardinal.

Des extraits du dossier d’employé de Benoit Cardinal au CISSS de Laval mentionne que la mère d’une adolescente a formulé une plainte le 25 décembre 2019.

Le lendemain, l’accusé a appris de manière verbale qu’il était suspendu de son poste d’éducateur spécialisé et qu’une enquête administrative avait été déclenchée pour faire la lumière sur les allégations. Le jury n’a pas été mis au courant de l’existence de cette enquête ni de la nature des allégations visant Benoit Cardinal.

Plusieurs collègues du centre jeunesse qui ont témoigné au procès ont toutefois rapporté au jury la grande détresse dans laquelle l’accusé était plongé dans les heures ayant suivi sa suspension. Des textos entre Benoit Cardinal et Jaël Cantin — qui n’ont pas non plus été présentés au jury — démontrent que cette suspension a créé de vives tensions dans le couple, qui était déjà aux prises avec d’importantes difficultés financières.

Le 28 décembre au matin, Jaël Cantin, informée par un tiers, a reproché à son conjoint de ne pas lui avoir dit qu’il avait été suspendu. « Te parler de quoi esti / chu pas au courant de rien », lui a répondu Benoit Cardinal.

Plus tard en matinée, l’homme a été rencontré par son employeur. Le père de six enfants a alors reçu une lettre confirmant sa suspension. « Ta raison jviens detre suspendu », a-t-il alors écrit à sa conjointe. « Tu le savais déjà », lui a-t-elle répondu.

Toujours par textos, l’accusé a assuré à plusieurs reprises à sa conjointe ne pas savoir pourquoi il avait été sanctionné. « Je sais que jai rien a me reprocher », a-t-il écrit le 28 décembre. À plusieurs occasions, Jaël Cantin lui a exprimé son soutien, tout en cherchant à savoir ce qui était reproché à son conjoint.

Mensonges aux policiers

D’autres documents cachés au jury démontrent que, le 9 janvier 2020, des policiers se sont rendus chez Benoit Cardinal. L’adolescente de 16 ans avec qui il entretenait une relation intime était alors en fugue du centre jeunesse.

L’accusé n’était pas chez lui. Mais, joint plus tard par téléphone par des policiers, il leur a affirmé ne pas savoir où se trouvait l’adolescente, alors qu’elle était à côté de lui, selon ce qu’a rapporté cette dernière.

En soirée, Jaël Cantin a questionné son conjoint sur la présence de policiers à leur résidence de Mascouche. « Bizarre qu’il te soupçonne de lui avoir parlé à l’extérieur du travail quand même », lui a-t-elle écrit. « Non, yont pris un guest de savoir si elle mavais contacter », a-t-il rétorqué.

Le 10 janvier 2020, Benoit Cardinal a été rencontré par son employeur pour obtenir sa version des faits et pour lui présenter les conclusions de l’enquête administrative. Il est informé que des adolescentes affirment qu’il leur a donné son numéro de cellulaire, qu’elles ont des échanges par textos avec lui et qu’il tient des propos à connotation sexuelle.

Parmi les allégations, une adolescente soutient que Benoit Cardinal lui a expliqué « comment ne pas s’étouffer en faisant une fellation ». Un texto dans lequel Benoit Cardinal a écrit à une adolescente « Je t’aime ma pitoune » a aussi été présenté à l’éducateur au cours de cette rencontre.

Dans son rapport, l’employeur a écrit que Benoit Cardinal « a menti » lors de cette confrontation des faits sur presque tous les points soulevés. Un choix lui a alors été offert : soit il était renvoyé, soit il démissionnait. Celui-ci a choisi de démissionner. Afin de respecter la décision de la juge St-Gelais, le jury a uniquement été informé que l’accusé a démissionné de son poste le 10 janvier.

Le jury n’a pas non plus été mis au courant que l’accusé a un trouble de personnalité limite, qu’il a déjà fait une dépression et qu’il a eu une relation extraconjugale en 2017.

Ses liens avec son père sont aussi rompus. Il y a quelques années, Benoit Cardinal aurait demandé à son père de l’endosser pour un prêt d’environ 25 000 $, qu’il a par la suite fait augmenter jusqu’à 73 000 $ avant de déclarer faillite, obligeant ainsi son père à rembourser ce montant.

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