Meurtre de Jaël Cantin: Benoit Cardinal voulait régler ses problèmes financiers, plaide la Couronne

«Le lendemain du meurtre, Benoit Cardinal avait un million de dollars en poche [il était l’unique bénéficiaire de la police d’assurance-vie de sa conjointe], il était débarrassé de Jaël Cantin et il avait la garde exclusive de ses enfants», a résumé l’avocate au palais de justice de Joliette.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «Le lendemain du meurtre, Benoit Cardinal avait un million de dollars en poche [il était l’unique bénéficiaire de la police d’assurance-vie de sa conjointe], il était débarrassé de Jaël Cantin et il avait la garde exclusive de ses enfants», a résumé l’avocate au palais de justice de Joliette.

Tuer Jaël Cantin devait permettre à Benoit Cardinal de régler ses deux « soucis principaux » : sa relation difficile avec sa conjointe et ses problèmes financiers. C’est ce qu’a fait valoir mercredi la procureure de la Couronne Me Caroline Buist dans sa plaidoirie finale au procès de l’homme de 35 ans accusé du meurtre prémédité de la mère de ses six enfants.

« Le lendemain du meurtre, Benoit Cardinal avait un million de dollars en poche [il était l’unique bénéficiaire de la police d’assurance-vie de sa conjointe], il était débarrassé de Jaël Cantin et il avait la garde exclusive de ses enfants », a résumé l’avocate au palais de justice de Joliette.

Me Buist a souligné au jury que l’accusé se trouvait dans un état de désespoir profond peu avant la nuit du 16 janvier 2020 au cours de laquelle Jaël Cantin, 33 ans, a été battue à mort dans sa résidence de Mascouche. Benoit Cardinal ne pouvait s’en sortir qu’en se suicidant ou en tuant la victime, a-t-elle soutenu.

Devant la juge Johanne St-Gelais de la Cour supérieure, Me Buist a rappelé que l’éducateur en centre jeunesse vivait depuis plusieurs mois d’importantes difficultés financières. Dans les jours précédant le drame, il avait perdu son emploi, il était talonné par des agences de recouvrement et il tentait d’obtenir rapidement des prêts en ligne.

« Il souffrait personnellement et il souffrait aussi de sa relation avec Jaël Cantin », a ajouté la procureure. Benoit Cardinal avait songé à se séparer, mais il était préoccupé par le fardeau financier que représenterait une pension alimentaire pour six enfants, a-t-elle poursuivi.

L’adolescente au cœur du procès

Face à un mur, l’homme a alors mis à exécution les plans qu’il avait fomentés pour tuer sa conjointe, a argué Me Buist. Des plans qu’il avait confiés à une adolescente de 16 ans avec qui l’accusé entretenait un lien de confiance. Le témoignage de cette adolescente — dont l’identité est protégée par une ordonnance du tribunal — est au « cœur » du procès, a rappelé l’avocate.

L’adolescente avait déclaré au jury que Benoit Cardinal lui avait détaillé ses trois plans pour tuer sa conjointe et « la faire souffrir autant qu’elle [l’a] fait souffrir » : simuler un suicide, la pousser dans l’escalier pour ensuite la frapper à la tête ou faire croire à une invasion de domicile au cours de laquelle il serait lui aussi blessé.

Me Buist a rappelé au jury que tout juste avant le meurtre, deux enfants qui se trouvaient dans la résidence de Mascouche ont rapporté avoir été réveillés par une chicane dans l’escalier. Ces témoins disent avoir entendu Jaël Cantin crier « tu aurais pu me tuer » à l’endroit de son conjoint. Selon ce qu’ils ont rapporté, Benoit Cardinal s’est défendu d’avoir sciemment bousculé sa conjointe en disant avoir glissé dans les marches.

Face au jury, l’avocate a soutenu que l’accusé a plutôt « essayé son deuxième plan, mais ça ne s’est pas passé comme prévu ». Il a donc repris ses esprits et a déployé son troisième plan : faire croire à une invasion de domicile.

« Laisser une porte [extérieure] ouverte, dire aux enfants que le monsieur est parti, être couché par terre avec une blessure [à l’arrivée des secours], c’était ça le plan de M. Cardinal et c’est ça qu’il a mis à exécution cette nuit-là. »

Un intrus ?

L’avocat de la défense, Me Louis-Alexandre Martin, a par la suite présenté une tout autre théorie au jury en suggérant qu’un intrus a pu commettre le crime.

Me Martin a rappelé qu’une enfant témoin du meurtre a d’abord dit à un enquêteur avoir vu une troisième personne dans la chambre à coucher de Jaël Cantin et Benoit Cardinal au moment où la femme de 33 ans se faisait assassiner. Au cours du procès, cette enfant est revenue sur sa déclaration en disant avoir « halluciné » en ce qui concerne la présence d’un intrus.

« Qu’est-ce qui est le plus fiable, a lancé Me Martin à l’adresse du jury. Ce qu’elle a dit quelques heures après les événements alors que sa mémoire était fraîche ou ce qu’elle dit un an et deux mois plus tard alors qu’elle témoigne après avoir su que les policiers ont arrêté [Benoit Cardinal] et qu’elle a parlé [de l’événement] à plusieurs personnes ? »

Les observations de cette enfant « devraient faire en sorte de soulever un doute raisonnable sur l’identité de la personne qui a tué Jaël Cantin », a déclaré l’avocat de l’accusé.

Celui-ci a aussi répété à plusieurs reprises que « la scène de crime n’est pas incompatible avec la thèse de la défense selon laquelle un tiers était présent ». Bien que ce ne soit que l’ADN de la victime et de l’accusé qui a été trouvé sur la scène de crime, ce ne sont pas toutes les taches de sang qui ont été prélevées et analysées, a relevé Me Martin.

L’avocat a aussi attaqué la crédibilité de l’adolescente de 16 ans — qui résidait dans le centre jeunesse de Laval où travaillait l’accusé —, ainsi que la fiabilité de son témoignage. « C’est possible qu’elle ait eu toutes les informations en main relativement aux trois plans avant de donner sa déclaration aux policiers le 21 février 2020 », a-t-il soutenu. L’adolescente avait entendu aux nouvelles que l’hypothèse de l’invasion de domicile avait été envisagée la nuit du 16 janvier 2020 et que Benoit Cardinal avait été blessé. Et la jeune femme a mentionné qu’il était « possible » qu’un enquêteur lui ait parlé de la chicane dans l’escalier avant d’enregistrer sa déclaration.

L’avocat a terminé sa plaidoirie en rappelant les principes de présomption d’innocence et de doute raisonnable. « Si vous avez des doutes, ayez-les aujourd’hui, a-t-il dit aux membres du jury. Pour Benoit Cardinal, il n’y a pas de lendemain. »

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