Un campement de fortune inquiète des résidents du ​Plateau-Mont-Royal

Le campement de fortune rassemble plusieurs personnes autochtones en situation d’itinérance.
Photo: Zacharie Goudreault Le Devoir Le campement de fortune rassemble plusieurs personnes autochtones en situation d’itinérance.

Interventions policières récurrentes, déchets qui s’accumulent, nuisances sonores : le quotidien de plusieurs résidents du Plateau-Mont-Royal a été chamboulé par l’émergence d’un campement de fortune où se rassemblent plusieurs personnes autochtones en situation d’itinérance, a constaté Le Devoir.

En février, la Ville de Montréal avait épaulé le RÉSEAU de la communauté autochtone à Montréal afin de permettre l’ouverture d’une halte-chaleur de jour près de la station de métro Mont-Royal. Celle-ci a ainsi pris forme sur un ancien stationnement situé à côté du Centre de services communautaires du Monastère et de plusieurs rues résidentielles. Il s’agit d’un terrain que la Ville de Montréal a acquis en 2017.

Puis, le 31 mars, cette halte-chaleur a dû être démantelée en raison d’un manque de ressources humaines pour « gérer un projet d’une telle ampleur » plus longtemps, indique au Devoir le gestionnaire de projets au RÉSEAU, Alexandre Huard-Joncas.

Afin d’assurer une période de transition pour la quinzaine d’itinérants qui bénéficiaient de cette ressource depuis deux mois, où on leur offrait notamment des repas, des intervenants de l’organisme Exeko ont continué de se rendre sur place au cours des trois dernières semaines afin de leur offrir du soutien psychosocial et de référencement.

« Le plan de transition a fait en sorte de diminuer peu à peu les services offerts sur place », explique la directrice des programmes autochtones à Exeko, Jani Greffe Bélanger. Le mandat de l’organisme sur place a ainsi pris fin vendredi.

Photo: Zacharie Goudreault Le Devoir La police a été appelée sur place vers 10 h 30.

« Il devrait y avoir une tente. Ils auraient dû la laisser », soupire Steven Blake, en référence à la halte-chaleur démantelée. Lors du passage du Devoir, samedi avant-midi, M. Blake était réuni avec plus d’une dizaine d’autres personnes sur ce site, où l’on peut apercevoir quelques tentes.

Un peu avant 10 h, l’ambiance était festive et la bière coulait à flots sous fond de musique pop sortant de haut-parleurs. Puis, la police a été appelée sur place vers 10 h 30 après qu’un homme ait été blessé près du site. Les policiers sont ensuite allés faire un tour sur le campement pour discuter avec certaines personnes en situation d’itinérance.

D’ailleurs, dans les derniers jours, « la police est venue à plusieurs reprises » sur ce site, confie Sylvie Lamer, une résidente du secteur. « Ça crève le cœur de voir tout ça », ajoute la dame.

Des résidents inquiets

Sur le sol, près de ce petit campement, des déchets s’amoncellent, parmi lesquels on retrouve des canettes de bière et des morceaux de verre.

« On a perdu toute quiétude, on a perdu en propreté et on a perdu en sentiment de sécurité », déplore au Devoir Marilyne Pires, qui demeure dans une ruelle tout près du campement avec ses deux enfants et son mari.

« Il y a des parents qui nous ont dit que leurs enfants ne voulaient plus passer par ici pour aller prendre le métro et il y a beaucoup de gens qui nous ont dit qu’ils ont délaissé ce chemin parce qu’ils ne se sentent pas en sécurité », note pour sa part Mme Lamer.

Photo: Zacharie Goudreault Le Devoir Marilyne Pires, au centre, en compagnie de son conjoint Émilien Beucler et de leurs deux enfants.

Après avoir acheminé plusieurs courriels à l’arrondissement, Marilyne Pires a lancé dans les derniers jours une pétition dans laquelle elle interpelle directement le maire du Plateau-Mont-Royal, Luc Rabouin. Samedi soir, celle-ci avait recueilli 80 signatures. « Ce qu’on veut, c’est vraiment de trouver une solution durable pour ces gens-là, mais pas ici », lance-t-elle.

Cohabitation sociale

Or, cet endroit a justement été ciblé par des initiatives communautaires afin de répondre à un besoin au sein de la communauté itinérante autochtone de Montréal. Des travailleurs sociaux continuent d’ailleurs de se déplacer régulièrement sur le site pour offrir leur soutien aux sans-abri, indique la conseillère d’arrondissement du district De Lorimier, Josefina Blanco.

Cette dernière se dit toutefois consciente des enjeux de cohabitation avec le voisinage que pose ce campement. « On est déjà en train de rechercher des pistes de solutions », assure la conseillère. Pour ce faire, elle compte notamment miser sur des rencontres avec les résidents du secteur et les itinérants qui occupent cet ancien stationnement.

Photo: Zacharie Goudreault Le Devoir

« La relation avec le voisinage n’est jamais facile. Il faut essayer d’établir une bonne relation avec la communauté et les voisins. C’est important d’avoir une communication et de l’ordre, surtout lorsqu’il y a des problèmes qui sont là. Mais la réalité, c’est que la ville est pour tout le monde », soulève au Devoir la directrice générale du refuge Projets Autochtones du Québec (PAQ), Heather Johnston.

Alexandre Huard-Joncas invite d’ailleurs lui aussi les résidents du secteur à prioriser la communication entre toutes les parties pour trouver des solutions à cet enjeu.

« On invite les gens à s’inscrire dans ce type d’initiative au lieu d’écrire des pétitions pour déplacer les personnes autochtones », laisse-t-il tomber.

3 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 26 avril 2021 05 h 31

    Ce n'est pas le bon endroit pour s'installer et...

    attirer l'attention des "décideurs" et de leurs copains. Westmount et Outremont "en haut"... il y a de biens beaux parcs dans ces bouts là... La butte à Québec à de belles pelouses bien tondues... Même chose pour les parcs entourants les hôtels de ville, et autres édifices gouvernementaux de tous types... Oups! il y aussi de biens grands et beaux stationnements autour de ces édifices... Ils ne seront pas contents contents ces décideurs là - ni le petits copains - et demanderont rapidement une intervention musclée des forces de l'ordre... mais si le "peuple" persiste... Ils devront cesser la langue de bois et les arguties en tous genres pour régler le tout par une législation adaptée...

    Quand je mentionne législation adptée, une référence à ce que la ville de Berlin avait pendant quelques années avant que la Cour fédérale de l'État l'invalide pour cause qu'une telle législation municipale ne pouvait être légale car ce type de législation est du ressort exclusif des Lans (Land = province). La règlement/législation de Berlin (la ville) avait été mise en place pour empêcher l'explosion des coûts en loyer, les expulsions de tous types, de spéculations immobilières, etc. Et CELA MARCHAIT...

    Donc, si le GV-Q se traîne les pieds, c'est uniquement parce que cela fait son affaire... et les villes (en particulier les grandes) aussi. Taxes de ventes, taxes de bienvenues, taxes "scolaires", rôles fonciers en +++, etc. Sans omettre les divers impôts et frais divers (toujours plus élevés) de ceux qui vivent des transactions...

  • Ginette Couture - Abonnée 26 avril 2021 09 h 40

    Itinérance

    Pourquoi les villes, où se trouve le plus grand nombre d'itinérants, même avec certaines ressources communautaires, n'ont pas songer à installer de petites roulottes, ou même de petites maisons, telles que documentées en Belgique et ailleurs, afin de soulager ces personnes qui doivent coucher dans des tentes et subir les assauts des policiers ? Pourquoi ne pas prévenir le manque de loyers et de services sanitaires en créant un village dans la ville, tel que le firent les gitans durant des siècles à travers l'Europe. L'itinérance, ou le nomadisme, ne fait-il pas partie de certains peuples. Alors pourquoi ne pas soutenir, par des moyens appropriés (roulottes et minimaisons) la vie de ces gens... Les couts financiers seront de toutes façon inférieurs à l'hospitalisation, à la souffrance et à l'abandon de nos concitoyens en itinérance...
    Gérald Tremblay, Saint-Léandre.

  • Ginette Couture - Abonnée 26 avril 2021 10 h 13

    Suite itinérance de Gérald Tremblay

    Concernant les minimaisons: L’idée existe déjà à l’étranger. À Portland et Seattle, ce sont même des villages entiers de tiny houses à destination des publics précaires qui ont éclos ces dix dernières années, dans la foulée de la crise des subprimes. À Berlin, des architectes en imaginent aussi pour loger des réfugiés ou des victimes de la hausse des prix de l'immobilier.

    En Belgique, il s’agit de la première initiative du genre. Mais elle pourrait très vite être complétée par d’autres puisque la ministre bruxelloise du Logement Céline Frémault a débloqué un million d’euros pour la construction de "logements modulaires, légers et innovants".