Procès de Benoit Cardinal: des enfants voulaient savoir si «le méchant» avait été arrêté

 Le meurtre de Jaël Cantin est survenu le 16 janvier 2020 à Mascouche.
Photo: Marie-France Coallier Archives Le Devoir  Le meurtre de Jaël Cantin est survenu le 16 janvier 2020 à Mascouche.

Les enfants réveillés en panique la nuit où Jaël Cantin a été tuée dans sa résidence de Mascouche demandaient à répétition au policier resté auprès d’eux si « le méchant [avait] été trouvé », a révélé jeudi l’agent Yannérick Litalien-Forest au procès de Benoit Cardinal pour le meurtre prémédité de sa conjointe.

« C’était souvent la même question qui revenait : si on avait arrêté le méchant », a raconté le policier du Service de police de Mascouche lors de son témoignage. Celui-ci faisait partie des premiers agents arrivés sur le chemin des Anglais peu après 4 h 12 la nuit du 16 janvier 2020. Le père de la victime venait de faire un appel au 911. Les policiers avaient été informés à ce moment qu’il pouvait s’agir d’une violation de domicile.

Yannérick Litalien-Forest a expliqué au jury qu’à son arrivée sur les lieux, il a immédiatement porté secours à Jaël Cantin, puis a établi un périmètre de sécurité à l’extérieur de la maison. Il a également cherché des indices dans la résidence du couple afin de déterminer si un intrus se trouvait sur place.

L’agent n’a trouvé aucune trace de pas à l’extérieur et rien ne laissait croire qu’une bagarre avait eu lieu à l’intérieur. « Les bijoux étaient là [sur la commode de la chambre à coucher] », a-t-il mentionné.

Yannérick Litalien-Forest est par la suite resté environ deux heures et demie avec les six enfants, âgés de 9 mois à 11 ans. Ceux-ci avaient couru en pleine nuit chez les parents de la victime, qui résidaient à la porte d’à côté. Une ordonnance de non-publication nous interdit de divulguer toute information qui permettrait de découvrir l’identité de ces témoins mineurs.

Les enfants parlaient beaucoup, s’est souvenu l’agent. « C’était très difficile. À plusieurs reprises, quand ils me posaient des questions, j’avais les yeux pleins d’eau. J’allais m’essuyer les yeux dans le coin et je revenais comme si de rien n’était. »

Les enfants voulaient obtenir des nouvelles du couple. « Je leur dis que [Jaël Cantin] est partie à l’hôpital se faire soigner, mais je me doute [à ce moment] qu’elle est décédée… », raconte l’agent. Celui qui est lui-même père de trois enfants a été pris par l’émotion à plusieurs reprises durant son témoignage.

Ensemble

Habituellement, les témoins sont séparés à l’arrivée des policiers, a-t-il expliqué. Mais « c’était inacceptable pour moi de séparer [les enfants] », a fait valoir l’agent devant la juge Johanne St-Gelais de la Cour supérieure. « Ils venaient de vivre un événement très traumatisant. Je voulais qu’ils restent ensemble […] Certains m’ont témoigné des images qu’ils ont vues. »

Vers 7 h 40, Yannérick Litalien-Forest a dû annoncer aux parents de Jaël Cantin que leur fille était décédée. Il a d’abord éloigné Gaetan Cantin des enfants pour lui annoncer la nouvelle. Puis, celui-ci s’est isolé avec sa femme dans leur chambre à coucher pour lui apprendre le décès de leur fille de 33 ans.

« Après, ils font comme si de rien n’était [devant les enfants], s’est souvenu le policer. Ils sont très présents pour les enfants, ils répondent à leurs besoins. J’ai embarqué [avec eux]. »

Deux intervenantes en situation de crise sont par la suite arrivées. Les six enfants, les parents de Jaël Cantin et les intervenantes ont quitté un peu plus tard les lieux pour se rendre à l’hôpital Pierre-Le Gardeur. La question du transport a alors surgi, les plus jeunes enfants ne pouvant partir en ambulance sans sièges adaptés.

« J’appelle mon boss. Je lui dis : “Je vais les amener moi-même à l’hôpital. Je veux une minivan et je veux qu’ils restent ensemble” », a rapporté le policier devant le jury. C’est donc Yannérick Litalien-Forest qui a lui-même conduit les enfants à l’hôpital, où ils ont été pris en charge.

Plus d’un an après les événements, le policier a nommé chacun des enfants par leurs prénoms en salle de cour. « Je me suis occupé des enfants comme je l’aurais fait chez nous avec les miens », a-t-il dit. Les parents de Jaël Cantin étaient présents jeudi au palais de justice de Joliette pour entendre son témoignage.

Du sang sur les mains

En tout, trois policiers et deux ambulanciers ont témoigné jeudi au palais de justice de Joliette. L’ambulancier Mathieu Pitre a mentionné au jury avoir été surpris de constater que Benoit Cardinal était conscient à l’arrivée des secours.

L’homme de 34 ans était étendu par terre face au sol. Il était torse nu, portait un bas de pyjama et avait ses cheveux attachés en toque. « Quand on est couché face au sol avec le front au sol, souvent, on est très blessé ou inconscient », a-t-il précisé. Or, Benoit Cardinal avait du sang sur le visage et sur les genoux, mais pas d’importantes blessures apparentes.

Keven Chayer, lui aussi ambulancier, a par la suite expliqué que Jaël Cantin n’avait « aucune activité électrique au niveau du cœur » lorsqu’il est arrivé dans sa chambre à coucher. Les ambulanciers ont ventilé, massé et intubé la patiente, qui saignait abondamment de la tête, a indiqué M. Chayer. La femme de 33 ans, qui a été trouvée par terre à côté de son lit, est décédée d’un traumatisme à la tête causé par un objet contondant.

Le policier Steve Beaupré, de la police de Mascouche, qui a assuré une partie de la surveillance de Benoit Cardinal à l’hôpital la journée du meurtre, a dit avoir été marqué par une image. « Il avait du sang des deux côtés des mains et ses jointures étaient enflées. »

La Couronne veut démontrer que Benoit Cardinal avait planifié le meurtre de sa conjointe des 15 dernières années et qu’il a cherché à mettre en scène une entrée par effraction. L’accusé a plaidé non coupable.

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