Meurtre de Jaël Cantin: la première policière arrivée sur les lieux a figé en voyant la scène

Le meurtre de Jaël Cantin est survenu le 16 janvier 2020 à Mascouche.
Photo: Marie-France Coallier Archives Le Devoir Le meurtre de Jaël Cantin est survenu le 16 janvier 2020 à Mascouche.

Des données brutes extraites du cellulaire de Benoit Cardinal révèlent qu’il a eu plusieurs conversations téléphoniques avec un numéro de téléphone associé au motel Mascouche, là où l’adolescente de 16 ans qui était en fugue dit que l’accusé lui a payé une chambre du 10 au 12 janvier 2020.

Ces informations — contenues dans le registre d’appels fourni par Vidéotron à la suite d’une ordonnance de la cour — ont été dévoilées au jury mercredi à la reprise du procès du père de six enfants accusé du meurtre prémédité de sa conjointe Jaël Cantin.

Selon le registre, trois appels ont eu lieu le 10 janvier entre l’accusé et le motel Mascouche, 14 communications se sont déroulées le 11 janvier et 4 ont été dénombrées le 12 janvier.

Or, la plupart de ces communications ne figurent pas dans le rapport d’extraction réalisé sur le cellulaire de Benoit Cardinal. « Dans le rapport d’extraction, le 10 et le 11 janvier 2020, on ne voit aucune communication ni entrante ni sortante, ni SMS, dans le téléphone de Benoit Cardinal », a mentionné l’enquêteur Mathieu Boulianne de la Sûreté du Québec devant la juge Johanne St-Gelais de la Cour supérieure.

Le rapport d’extraction avait été présenté au jury il y a deux semaines par l’enquêteur Jacques Darisse du module technologique de la SQ. Celui-ci avait expliqué que le logiciel utilisé par le corps de police pour extraire des informations d’un téléphone cellulaire permet de récupérer des éléments supprimés par l’usager. « Mais pas tous », avait-il précisé.

Une mise en scène ?

L’existence de ces appels avec le motel Mascouche tend à confirmer certains éléments du témoignage de l’adolescente, qui avait été contre-interrogée de manière très étroite par l’avocat de la défense Me Louis-Alexandre Martin il y a deux semaines. La jeune femme — dont l’identité est protégée par une ordonnance de la cour — avait notamment raconté que Benoit Cardinal l’avait fait dormir dans le coffre de sa voiture la nuit du 9 janvier 2020, alors qu’elle venait de fuguer du centre jeunesse.

Le lendemain, l’accusé l’avait conduite au motel Mascouche, avait-elle dit. C’est cette même adolescente qui avait rapporté au jury que Benoit Cardinal lui avait confié avoir trois plans pour tuer sa conjointe : faire croire à un suicide, la pousser dans les escaliers ou feindre une invasion de domicile.

Au palais de justice de Joliette mercredi, l’enquêteur Boulianne a confirmé que les premiers policiers arrivés sur la scène de crime la nuit du 16 janvier 2020 avaient été informés qu’il s’agissait d’une invasion de domicile.

Les techniciens en scène de crime n’ont toutefois décelé aucune trace de pas dans la neige à l’arrière de la résidence située sur le chemin des Anglais à Mascouche. « Et avec les constatations que j’avais, c’est clair qu’il n’y a pas eu d’entrée forcée dans cette résidence, parce qu’il y a aucune trace d’effraction ou de bris à quelques fenêtres ou portes que ce soit », a ajouté l’enquêteur chargé de fouiller la scène de crime.

Aucune trace de bousculade n’a non plus été trouvée dans la chambre à coucher du couple où Jaël Cantin a été tuée, a poursuivi Mathieu Boulianne. « La télé n’était pas tombée, un cadre accoté sur un mur était encore là, le lit était au fond à l’endroit vraisemblable où il se trouve. »

Une policière figée

En début de journée, à la reprise du procès qui avait été interrompu plusieurs jours en raison de la COVID-19, deux policiers du Service de police de Mascouche étaient venus témoigner. La policière Catherine Harel a raconté avoir été la première policière à entrer dans la chambre à coucher du couple à la suite de l’appel logé au 911. « J’ai figé, a-t-elle dit au jury. C’était la première fois que je voyais une scène de la sorte. »

La policière a mentionné avoir vu la victime de 33 ans gisant au sol près de son lit. « Son visage était tuméfié. […] Il y avait du sang un peu partout sur son visage, son cou. Ses cheveux baignaient dans le sang », s’est-elle rappelée.

Catherine Harel a alors pris quatre photos de la scène, dont une photo de Jaël Cantin avant que son corps ne soit déplacé par les ambulanciers et une photo de Benoit Cardinal qui était couché au sol, visage contre le plancher, près de l’entrée de sa chambre à coucher.

La policière a mentionné avoir effectué avec son partenaire des manœuvres de réanimation sur Jaël Cantin, notamment à l’aide d’un défibrillateur cardiaque. Quelques minutes plus tard, les ambulanciers sont arrivés sur les lieux et ont pris le relais pour tenter de sauver la victime.

Alors que plusieurs premiers répondants se trouvaient dans la chambre à coucher du couple située au sous-sol, la policière Harel a ouvert une fenêtre pour aérer la pièce. C’est par cette fenêtre que le chat de la famille a plus tard pénétré dans la maison, alors que la scène de crime était sécurisée.

L’agent Joey Paquette — qui fait partie du deuxième duo de policiers arrivé sur les lieux —, a par la suite expliqué que Benoit Cardinal, 34 ans, n’avait aucune blessure apparente lorsqu’il a été trouvé couché au sol la nuit du meurtre. Du sang était sur le plancher près de lui. L’agent Paquette l’a alors questionné. « Il n’est pas capable de me répondre. Il tremble énormément. […] Il hurle de douleur », s’est-il souvenu.

Interrogés par l’avocat de la défense Me Louis-Alexandre Martin, les deux témoins ont tour à tour expliqué en contre-interrogatoire que leur priorité à ce moment était de porter assistance aux victimes et non de protéger la scène de crime.

Au courant de la journée du 16 janvier 2020, le statut de Benoit Cardinal est passé de celui de victime à suspect. La poursuite cherche à démontrer que l’ex-éducateur en centre jeunesse avait planifié le meurtre de la mère de ses six enfants. Benoit Cardinal a plaidé non coupable.

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