La STM ouvre une enquête sur une intervention musclée dans le métro

Dans un communiqué publié lundi matin, la STM soutient que les images ne montrent pas l’intégralité de l’événement et ne révèlent pas les éléments qui ont mené à l’intervention.
Photo: Valérian Mazataud Archives Le Devoir Dans un communiqué publié lundi matin, la STM soutient que les images ne montrent pas l’intégralité de l’événement et ne révèlent pas les éléments qui ont mené à l’intervention.

La Société de transport de Montréal (STM) a ouvert une enquête sur la force utilisée par ses inspecteurs pour tenter de maîtriser une personne noire à la station Jean-Talon samedi. Des images relayées sur les réseaux sociaux font état d’une intervention musclée et ont été qualifiées de « troublantes » par la mairesse Valérie Plante.

La courte vidéo diffusée pendant la fin de semaine montre deux inspecteurs du métro tentant d’immobiliser au sol une personne qui crie et se débat. On voit un inspecteur lui asséner des coups. D’autres usagers du métro tentent d’intervenir.

Raph K. Yoyo dit avoir été témoin de la scène. Il n’en revient pas de la force utilisée par les agents lors de l’intervention. « Il n’y a rien qui justifie qu’on lui ait donné des coups au visage », a-t-il estimé au Devoir.

Refus d’obtempérer

Dans un communiqué publié lundi matin, la STM soutient que les images ne montrent pas l’intégralité de l’événement et ne révèlent pas les éléments qui ont mené à l’intervention.

Selon la société de transport, tout a commencé quand des inspecteurs ont aperçu une personne franchir les tourniquets de la station Jean-Talon sans payer. Cette dernière aurait refusé de collaborer et de s’identifier lorsque les agents l’ont interpellée.

Après discussion, la personne aurait pris la fuite et les inspecteurs l’auraient rattrapée et auraient tenté de l’immobiliser. La personne aurait mordu les inspecteurs à plusieurs reprises, « causant des blessures qui ont requis des soins d’urgence », soutient la STM.

La STM a indiqué que la Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) porterait des accusations de voies de faits causant des lésions. La STM a ouvert une enquête interne afin d’analyser le déroulement des événements et l’usage de la force par ses inspecteurs.

Sur Twitter, la mairesse Plante a qualifié de « troublantes » les images de l’intervention qui ont été partagées sur les réseaux sociaux. « Une enquête commence aujourd’hui pour faire la lumière sur ce qui s’est passé », a-t-elle précisé.

Enquête indépendante demandée

« Comment peut-on frapper quelqu’un pour 3,50 $ quand on représente l’autorité ? », se demande Theodros Wolde, président du chapitre de LaSalle de l’organisme ACORN Canada, qui a dénoncé la force utilisée par les agents contre une personne qui se trouvait au sol.

Pour Fo Niemi, directeur général du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), cet événement n’est pas sans rappeler le cas de Juliano Gray, un homme noir qui, en mars 2019, avait lui aussi fait l’objet d’une intervention musclée de la part des agents du métro à la station Villa-Maria. « Une chose est claire, il faut avoir une enquête approfondie là-dessus , insiste-t-il. Il ne faut pas répéter l’expérience de Juliano Gray. Il faut une enquête objective et impartiale. On ne peut plus se fier à une enquête de la STM concernant ses propres agents. »

L’événement a été évoqué par le conseiller indépendant Marvin Rotrand lors de l’assemblée virtuelle du conseil municipal lundi. L’élu s’est inquiété des pouvoirs dont disposeront les inspecteurs lorsqu’ils obtiendront le statut de constables spéciaux et qu’ils pourront utiliser les pistolets à impulsion électrique. « La STM a un problème de confiance auprès du public. Un grand nombre de Montréalais croient que les clients noirs sont ciblés par les inspecteurs et qu’une force excessive est souvent utilisée », a-t-il dit.

« Ce sont des images fort troublantes, a convenu le conseiller Alex Norris, président de la Commission de la sécurité publique. Ce ne sont pas le genre d’images que l’on souhaite voir au sein de notre réseau de transport en commun. Il faut que la lumière soit faite le plus rapidement possible sur cet incident. »

Le statut de constables spéciaux, qui entrera en vigueur en juillet, fera en sorte que les inspecteurs seront alors assujettis à la Loi sur la police et se retrouveront sous l’autorité du Commissaire à la déontologie policière. Le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) pourra aussi mener des enquêtes sur des événements les impliquant.

Alex Norris a précisé que le président du conseil d’administration de la STM, Philippe Schnobb, ainsi que les dirigeants de la société de transport avaient été convoqués par la Commission de la sécurité publique pour discuter de l’encadrement des nouveaux pouvoirs qu’auront les inspecteurs. Un rapport sera rédigé avant la prochaine assemblée du c.a. de la STM le 5 mai prochain, a souligné M. Norris.

De son côté, la Fraternité des constables et agents de la paix de la STM s’est portée à la défense de ses membres. Son président Kevin Grenier a indiqué que les inspecteurs avaient tenté pendant 20 minutes de désamorcer la situation avant l’altercation. « Bien sûr que les images, qui sont loin de refléter l’ensemble de l’intervention, peuvent paraître troublantes. Mais ce qui est encore plus troublant, c’est que des agents ayant fait leur travail soient mordus à trois reprises jusqu’au sang et doivent être hospitalisés pour avoir fait leur boulot », a-t-il expliqué par voie de communiqué.

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