Une voie accélérée vers la résidence permanente, sauf au Québec

À compter du 6 mai, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada commencera à accepter les dossiers de travailleurs temporaires du secteur de la santé (20 000 demandes), ceux des autres professions essentielles (30 000 demandes) et ceux d’étudiants étrangers diplômés d’un établissement canadien.
Photo: Douglas Magno Agence France-Presse À compter du 6 mai, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada commencera à accepter les dossiers de travailleurs temporaires du secteur de la santé (20 000 demandes), ceux des autres professions essentielles (30 000 demandes) et ceux d’étudiants étrangers diplômés d’un établissement canadien.

Soucieux de relancer l’économie, le gouvernement fédéral ouvre les vannes de l’immigration et donnera une chance aux personnes ayant un statut temporaire. Le ministre fédéral de l’Immigration, Marco Mendicino, a annoncé l’ouverture d’une nouvelle voie rapide permettant à 90 000 travailleurs temporaires étrangers et étudiants internationaux actuellement en sol canadien d’obtenir leur résidence permanente.

Le programme ne concerne toutefois pas les travailleurs et les étudiants se trouvant au Québec, qui est la seule province responsable de la sélection des personnes souhaitant immigrer sur son territoire.

Le ministre Mendicino a néanmoins rappelé qu’il collabore toujours étroitement avec son homologue québécoise, Nadine Girault, afin de trouver des « solutions concrètes » pour fournir tous les travailleurs et les immigrants dont le Québec a besoin. « La porte est ouverte, je suis toujours prêt pour une discussion pour la participation du Québec dans cette politique spéciale », a dit en français M. Mendicino.

Un « rôle clé »

À compter du 6 mai, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) commencera à accepter les dossiers de travailleurs temporaires du secteur de la santé (20 000 demandes), ceux des autres professions essentielles (30 000 demandes), notamment dans le domaine agricole, et ceux d’étudiants étrangers diplômés d’un établissement canadien (40 000 demandes). Certaines places seront réservées aux candidats francophones et bilingues pour donner un souffle aux communautés francophones hors Québec, a assuré le ministre Mendicino.

Pour être admissibles, les travailleurs temporaires devront avoir au moins un an d’expérience canadienne dans une profession du domaine de la santé ou d’un secteur considéré comme essentiel prévue à la liste du gouvernement. Quant aux étudiants, ils devront avoir terminé un diplôme d’études postsecondaires canadien au cours des quatre dernières années.

D’un côté, celui du fédéral, on fait tout pour faciliter et de l’autre, il y a une logique de tout compliquer

 

« Ces nouvelles politiques permettront à ceux qui ont un statut temporaire de planifier leur avenir au Canada, de jouer un rôle clé dans notre reprise économique et de nous aider à mieux reconstruire », a déclaré le ministre Mendicino lors d’une conférence de presse virtuelle. « Le message que nous leur adressons est simple : votre statut est peut‑être temporaire, mais vos contributions sont durables — et nous voulons que vous restiez. »

Avec sa nouvelle voie rapide, le Canada espère être en mesure de respecter les seuils d’immigration prévus à son plan d’immigration 2021, soit l’accueil de 401 000 nouveaux résidents permanents au pays.

Une frustration au Québec

L’annonce du gouvernement fédéral a fait bien des jaloux au sein de la communauté immigrante du Québec. Pour Thibault Camara, qui représente le groupe Le Québec c’est nous aussi, bien des gens sont déçus que la ministre Girault n’ait pas accepté la main tendue par Ottawa. « C’est un choc », a-t-il dit. Selon lui, ce refus de Québec d’emboîter le pas au gouvernement fédéral en dit long sur la façon dont le gouvernement Legault perçoit la contribution des immigrants d’ici. « C’est désolant et déroutant. On en comprend que le Québec est prêt à sacrifier son système de santé et sa relance économique rien que pour tenir ses engagements de réduire les seuils d’immigration. »

Pour Guillaume Cliche-Rivard, le président de l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration (AQAADI), ce programme fédéral vient malheureusement creuser le fossé quant à l’accès à la résidence permanente entre le Québec et le reste du Canada. Et le Québec vient encore de manquer le bateau, croit-il. « D’un côté, celui du fédéral, on fait tout pour faciliter et de l’autre, il y a une logique de tout compliquer », dit-il.

La Table de concertation des organismes au service des réfugiés et des immigrants implore le Québec de « participer à cet effort-là ». « La frustration des candidats potentiels qui vivent ici est réelle. Beaucoup vont vouloir s’installer ailleurs au Canada pour avoir accès au programme », croit son directeur, Stephan Reichhold.

Au cabinet de la ministre Girault, on s’est contenté de rappeler que le pouvoir de sélection de l’immigration du Québec, en vertu de son entente avec le fédéral, s’exerce « selon [ses] besoins et dans le respect de [sa] capacité d’accueil ». On a aussi affirmé que le gouvernement de la CAQ, dès son arrivée au pouvoir, avait modernisé le système pour répondre aux besoins économiques du Québec.

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