Les témoignages de détenues à la prison Leclerc choquent les partis d’opposition

Malgré l’intervention de la protectrice du citoyen, les conditions de détention du pénitencier pour femmes de Laval se sont dégradées, selon plusieurs témoins.
Marie-France Coallier Le Devoir Malgré l’intervention de la protectrice du citoyen, les conditions de détention du pénitencier pour femmes de Laval se sont dégradées, selon plusieurs témoins.

Les partis politiques qui forment l’opposition à l’Assemblée nationale se disent tous troublés par le portrait de la prison Leclerc présenté mercredi par Le Devoir. Plusieurs témoins rapportaient, entre autres choses, des fouilles à nu abusives, des conditions sanitaires déficientes, du mépris de la part du personnel et des problèmes d’eau potable qui affectent durement les prisonnières. Au cabinet de la ministre responsable du dossier, Geneviève Guilbault, on ne commente pas la situation autrement qu’en disant poursuivre des efforts pour améliorer la situation.

Le député de René-Lévesque et porte-parole en matière de sécurité publique du Parti québécois, Martin Ouellet, se demande comment expliquer une situation pareille faite aux femmes dans cette prison québécoise. « On est en 2021, dans un pays développé. Comment est-ce que des êtres humains, des femmes, peuvent être soumis à de telles conditions, chez nous ? »

La description ressemble à une prison du tiers-monde, c’est invivable

S’il est certain que la construction d’une nouvelle prison ne réglerait pas tout, observe le député libéral Jean Rousselle, pouvoir compter sur un bâtiment en meilleur état apparaît comme une nécessité. Chemin faisant, le député Rousselle refuse de jeter le blâme aux gardiens, bien que plusieurs prisonnières les dénoncent en raison de comportements irrespectueux, déplacés ou menaçants. « Les agents font leur job, mais il faut leur donner l’assistance dont ils ont besoin pour faire leur job. Y a-t-il quelqu’un qui les écoute vraiment ? » Le député évoque lui-même sa longue carrière de policier pour observer qu’il n’y a pas assez de personnel parmi les gardiens de prison. Il réclame qu’on leur offre plus de formations, tout en évoquant la nature humaine pour expliquer certains dérapages. Dans certains cas, dit-il, « la soupape saute ».

« C’est une véritable histoire d’horreur ! » que rapporte Le Devoir, avance pour sa part Alexandre Leduc, député de Québec solidaire et responsable du dossier de la Sécurité publique. « La description ressemble à une prison du tiers-monde, c’est invivable. » Selon le député d’Hochelaga-Maisonneuve, « on juge la société à la manière dont elle traite ses prisonniers et c’est une véritable honte pour le Québec ce qui se passe dans cet établissement. »

Le député solidaire rappelle que les conditions de détention à la prison Leclerc sont en fait dénoncées depuis des années. « Si, en plus de l’endroit insalubre, le personnel est incapable d’agir avec un minimum de professionnalisme, c’est le comble. Il est temps de faire le ménage, au sens propre comme au sens figuré. »

Au sujet des prisonnières de l’établissement Leclerc, le député libéral Jean Rousselle croit qu’« il y en a qui sont peut-être irrécupérables » dans une perspective de réinsertion, mais considère « qu’on peut en remettre sur les rails ». Dans les circonstances, la prison Leclerc ne remplirait pas sa mission de voir à réintégrer ces femmes dans la société. Le député du Parti libéral invite plutôt l’État québécois à soutenir davantage des organismes communautaires spécialisés, comme la Société Elizabeth Fry du Québec.

Québec solidaire estime de son côté que « les recommandations de la Protectrice du citoyen doivent être mises en place d’urgence », considérant que « ces femmes n’ont même pas accès au strict minimum en ce moment et sont complètement privées de toutes formes de dignité humaine ».

Appelé à commenter l’enquête du Devoir, le cabinet de la ministre Guilbault affirme, dans une réponse laconique, poursuivre ses efforts, sans donner de précision à cet égard. « Le ministère de la Sécurité publique poursuit ses efforts afin d’améliorer la qualité des infrastructures et des interventions. » Le cabinet assure en outre qu’il y veille déjà. « Nous continuons de surveiller attentivement ce qui se passe à l’Établissement de détention Leclerc et collaborons avec le protecteur du citoyen lors de ses multiples visites. »

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