Trouver refuge en maison d'hébergement, un pas vers la guérison

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les maisons d’hébergement accueillent généralement les femmes pour un séjour allant de 4 à 12 semaines.

Conservant encore les traces d’un passé violent, des milliers de femmes trouvent chaque année refuge dans l’une des maisons d’hébergement pour les victimes de violence conjugale du Québec. Elles ont tout quitté, parfois même la région où elles ont vécu toute leur vie, dans l’espoir de retrouver un peu de paix. Le Devoir est allé à leur rencontre pour témoigner de leur réalité.

« Je suis sortie de chez moi escortée par les policiers. Lorsque j’ai annoncé à mon conjoint que je partais, il s’est mis devant la porte pour m’empêcher de sortir. Il refusait de bouger », raconte Sophie*, en mimant chacun des gestes faits par son ex-conjoint le jour où elle a décidé qu’elle le quittait.

Le Devoir s’est entretenu avec cinq femmes qui ont été accueillies à la Maison d’Ariane, à Saint-Jérôme, et à la Maison L’Esther, à Laval. Pour certaines, leur présence dans ces établissements montre l’incohérence du système de justice, qui libère leur agresseur alors qu’elles craignent pour leur sécurité. Pour d’autres, il s’agit d’un tremplin vers une nouvelle vie exempte de violence.

Bien que sous haute sécurité, les maisons d’hébergement se fondent aux autres résidences du quartier. Les propriétés comprennent des chambres individuelles, certaines avec plusieurs lits, pour celles qui viennent avec leurs enfants. À l’entrée, des pièces servent de QG aux intervenantes, qui accueillent également des femmes qui n’ont pas besoin d’hébergement, mais seulement d’accompagnement.

Durant leur séjour, les femmes partageront certaines aires communes : cuisine, salle à manger, salle de jeu et salon. Des pièces sont également aménagées, avec fauteuils et ambiance zen, pour celles qui veulent lire ou se détendre.

Assise dans un coin du salon, Julie* prend la parole avec aplomb pour parler des difficultés de reconnaître la violence conjugale lorsqu’on la subit. La femme estimait jusqu’à tout récemment que son conjoint était « juste jaloux ». « Il ne m’avait jamais frappée, mais dans les derniers mois, il s’est mis à me brasser », explique-t-elle.

Sans vouloir décrire les horreurs qu’elle a subies — « ça ne sert à rien d’aller dans les détails », dit-elle calmement —, Julie raconte que, la dernière fois que son conjoint l’a « brassée », elle s’est retrouvée à l’hôpital pour une commotion cérébrale.

L’homme devra faire face à la justice, mais puisqu’il a été relâché en attendant son procès, l’entourage de Julie lui a recommandé d’aller dans une maison d’hébergement. « Je dois avouer que ça me met en colère. Nous sommes très bien accueillies ici, il y a des intervenantes pour nous en tout temps, mais je ne suis pas dans mes affaires. Je ne comprends pas pourquoi ce sont les femmes qui doivent porter le fardeau de se protéger pendant que nos ex sont en liberté et continuent leur vie comme si de rien n’était », déplore-t-elle.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «Le Devoir» s’est entretenu avec cinq femmes qui ont été accueillies à la Maison d’Ariane, à Saint-Jérôme, et à la maison L’Esther, à Laval. Pour certaines, leur présence dans ces établissements montre l’incohérence du système de justice, qui libère leur agresseur alors qu’elles craignent pour leur sécurité. Pour d’autres, il s’agit d’un tremplin vers une nouvelle vie exempte de violence.

Le meurtre de Myriam Dallaire et de sa mère, Sylvie Bisson, survenu le 1er mars dernier à Sainte-Sophie, dans les Laurentides, l’a révoltée. L’auteur présumé du double féminicide, l’ex-conjoint de Myriam, avait un lourd passé de violence conjugale. « On dirait que battre une femme, ce n’est pas assez grave pour qu’on te garde en dedans », dit Julie.

Même si la frustration l’habite par moments, elle ne regrette pas d’avoir fait confiance à son entourage. Se tourner vers une maison d’hébergement, « c’est la meilleure décision » qu’elle a prise. « Mais c’est certain que j’ai des craintes, parce que je sais qu’il va bientôt falloir que je parte d’ici et que je me trouve un logement », confie-t-elle.

Se loger en sécurité

La recherche d’un toit représente d’ailleurs un casse-tête pour les femmes, surtout lorsqu’elles ont des enfants, souligne Marie*, qui prend la parole discrètement. « C’est un stress supplémentaire », explique la mère de famille, alors que les larmes remplissent ses yeux. « Si j’étais seule, je partirais aussi dans une autre région, mais je n’ai pas envie de déraciner mes enfants. Ils ont leurs amis et leurs repères, je ne veux pas qu’ils perdent tout ça », explique-t-elle.

Les maisons d’hébergement accueillent généralement les femmes pour un séjour allant de 4 à 12 semaines. Certaines sont parfois dirigées vers des maisons de deuxième étape, qui accueillent les femmes présentant le plus haut risque de se faire assassiner. Les femmes peuvent y séjourner jusqu’à 18 mois. Toutefois, ce ne sont pas toutes les régions de la province qui comptent de tels établissements.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir À l’entrée des maisons, des pièces servent de QG aux intervenantes, dont fait partie Mélanie Valente, en jupe, qui accueillent également des femmes qui n’ont pas besoin d’hébergement, mais seulement d’accompagnement.

« Lorsque j’ai entendu le premier ministre dire aux hommes : “Hey, les gars, réveillez-vous”, j’ai eu envie de lui répondre : “Ouin, pis ?” » lance Julie. « Ce n’est pas avec des paroles qu’on va provoquer un changement, il faut que ça s’accompagne d’actes concrets. Il faut mettre de l’argent dans les maisons, tant que la justice continuera à remettre nos conjoints en liberté, poursuit-elle. On fait quoi, nous, si on ne se trouve pas de logement ? Bien, je vais vous le dire, il y a des chances qu’on retourne avec nos ex. »

Ève* peut en témoigner. Dans la dernière décennie, la mère de famille a tenté de quitter son conjoint à deux reprises, mais au bout de quelquessemaines, faute d’argent, elle est retournée au domicile familial. « J’avais l’impression que je n’avais pas d’autre choix. Je savais que ce n’était pas la chose à faire, mais je me disais que je devais prendre sur moi pour assurer un toit à mes enfants », mentionne-t-elle.

2700
C’est le nombre de femmes que les 43 maisons du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence ont hébergées en 2019-2020. Elles ont aussi accueilli 2200 enfants et ont offert plus de 17 500 services autresque l’hébergement, notamment des consultations externes, de l’accompagnement ainsi que du suivi post-hébergement.

Un soir, elle cherche sur le Web « centre d’hébergement pour femmes » et une lueur renaît. « Ma vie a changé le jour où je suis arrivée ici », confie Ève. « En voyant toutes les ressources d’aide, tous les outils qu’on me donne, j’ai confiance que le meilleur est à venir. »

Ève ne se fait toutefois aucune illusion : elle est consciente que des obstacles se présenteront sur son chemin. « Réussir à se loger en sécurité, ça devrait être la priorité. C’est le premier pas vers notre indépendance, celui qui nous permet de tourner la page, explique-t-elle. Je vois le découragement que certaines femmes vivent lorsqu’elles n’arrivent pas à avoir une place dans un HLM [habitation à loyer modique], ça peut être démoralisant. »

À ses côtés se tient Florence*. Elle travaille désormais dans la maison où elle s’est réfugiée à la suite d’une rupture difficile. « Ça m’a vraiment aidée à rebâtir mon estime et à comprendre le cycle de la violence pour m’en sortir. Pour moi, avoir demandé de l’aide et avoir dit que je craignais pour ma sécurité, ce n’est pas négatif, au contraire, c’est aussi un pas vers la guérison », souligne-t-elle.

Appel à l’action

Les sept féminicides survenus encontexte conjugal dans les dernières semaines doivent constituer un électrochoc pour le gouvernement, estime Chantal Arseneault, présidente du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, qui travaille à la Maison L’Esther depuis 1993.

Le nombre d’appels était déjà à la hausse pendant le confinement et les récents meurtres conjugaux ont aussi augmenté le flot d’appels. « La pandémie a eu deux effets majeurs. D’abord, les femmes qu’on reçoit ont vécu des violences vraiment vives, dont on n’avait pas été témoins aussi souvent. Ensuite, nos téléphones ne dérougissent pas », explique-t-elle.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir À la fin de leur séjour, certaines sont parfois dirigées vers des maisons de deuxième étape, qui accueillent les femmes présentant le plus haut risque de se faire assassiner.

En 2019-2020, les 43 maisons du Regroupement ont hébergé quelque 2700 femmes et 2200 enfants et ont offert plus de 17 500 services autres que l’hébergement, notamment des consultations externes, de l’accompagnement et du suivi post-hébergement.

« Comme société, il faudrait faire le choix de prendre en charge collectivement la sécurité des femmes. Les victimes de violence conjugale devraient avoir ce droit-là, de choisir l’endroit où elles se sentent en sécurité, sans craindre qu’un conjoint viole ses conditions et viennent les harceler », fait valoir Mme Arseneault.

*Un nom d’emprunt est utilisé pour protéger l’identité des personnes.

Si vous êtes victime de violence conjugale, vous pouvez contacter SOS Violence conjugale au 1 800 363-9010.

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1 commentaire
  • normand smith - Inscrit 27 mars 2021 11 h 45

    Solution

    Quand bien même que le gouvernement mettrait des centaines de millions $$$$$$ jamais il ne pourra empêcher les meurtres de malades mental ou autre je défis quiconque d'empêcher et de savoir quand quelqu'un vas saute sa coche peu être une solution pour en empêcher quelque uns ....rétablir la peine de mort aux tueurs de femmes ou d'enfants ou autre ,,,économie de plus de $$ 3millions par tueurs et un bon débarras..