Un septième féminicide en six semaines au Québec

Une septième femme est morte sous les coups de son conjoint en moins de six semaines au Québec. Rebekah Harry a succombé à ses blessures mardi après avoir été hospitalisée pendant plusieurs jours. Arrêté sur les lieux du crime et accusé de voies de fait graves, son conjoint pourrait faire face à de nouvelles accusations.

« Elle était un rayon de soleil. Elle était toujours joyeuse et souriante », se rappelle Amanda Allison, une grande amie de la femme de 29 ans.

« Elle était une mère fantastique. C’était ça sa principale priorité : son fils. Elle parlait toujours de lui comme étant son meilleur ami. »

La nuit du drame, Amanda se rappelle avoir envoyé un message à Rebekah aux alentours de 1 h 30 du matin. « Elle avait publié une vidéo cute de [son conjoint] Brandon qui riait. Je lui ai écrit que j’étais contente de la voir heureuse. Elle a pris le message, mais ne m’a jamais répondu. »

 

Pendant l’hospitalisation de Rebekah, ses amis et sa famille ont prié sans relâche pour qu’elle s’en sorte, souligne Amanda. « Elle a un grand groupe d’amis qui l’adorent et qui se sont littéralement rassemblés à l’extérieur de l’hôpital pour chanter, danser et prier pour que son cerveau reprenne vie. »

Le suspect dans cette affaire, Brandon McIntyre, a été arrêté dans un appartement de la rue des Oblats, à LaSalle, où se trouvait le couple samedi dernier. L’homme de 32 ans, qui cumule plusieurs antécédents judiciaires, était devant le tribunal mardi et a aussi été accusé de bris de condition dans un autre dossier. Il demeure détenu jusqu’à son retour en cour vendredi. Au moment de l’audience, le décès de sa conjointe n’avait pas encore été confirmé.

« Une autopsie a été demandée pour permettre de déterminer la cause exacte du décès de la femme », indique l’agent Raphaël Bergeron du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Vigilance

Devant la hausse des cas de violence conjugale dans les dernières semaines, le SPVM a lancé un appel à la vigilance sur les réseaux sociaux. « En cette période de pandémie, plusieurs personnes peuvent être privées de leur réseau de soutien habituel. Nous avons tous un rôle à jouer face à cette violence et nous devons la dénoncer », mentionne le corps de police.

À Québec, le premier ministre a promis d’aller de l’avant avec les 190 recommandations du Comité d’experts sur l’accompagnement des victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale. « J’en fais personnellement une priorité et je vais m’assurer qu’on agisse », a soutenu François Legault.

Pressé par tous les partis d’opposition, il a laissé entendre que le prochain budget démontrera l’engagement du gouvernement québécois pour lutter contre la violence conjugale.

 

« On a tous été choqués de voir à répétition ces femmes subir de la violence, c’est un problème qui est grave et tout le monde doit en faire plus, à commencer par le gouvernement », a-t-il noté un peu plus tôt, lors du point de presse sur l’état de la pandémie.

Il a notamment parlé d’ajouter des places dans les maisons d’hébergement et de mieux financer les ressources d’aide, autant pour les femmes que pour les conjoints violents. « Il y a une société à changer, de l’éducation à faire, qui va donner des résultats peut-être juste à moyen terme ; alors, à court terme, on veut s’assurer que les personnes qui ont besoin d’un endroit physique, qu’elles puissent y avoir accès », a-t-il indiqué.

Des gestes concrets

« Les solutions, on les connaît. Elles sont à notre portée », a rappelé au Devoir Élizabeth Corte, l’ancienne juge en chef à la Cour du Québec, qui a coprésidé le Comité d’experts. La vaste majorité des 190 recommandations contenues dans le rapport du comité, déposé en décembre dernier, avaient déjà été soumises au gouvernement par le passé, mentionne-t-elle.

« Ça fait tellement longtemps [que ça traîne]. Avec une petite mesure à la fois, on ne prendra jamais le dessus. Pour vraiment avoir un impact sur la problématique de la violence conjugale, il faut que l’intervention soit concertée, coordonnée, forte et imputable. »

Pour y parvenir, affirme-t-elle, un secrétariat qui aurait pour mission de s’assurer que les recommandations en matière de violence conjugale et sexuelle voient bel et bien le jour doit être créé. « Sinon, on a de la difficulté à avoir un leadership fort pour qu’une série de mesures coordonnées soient mises en place. »

Parmi ces mesures qui doivent trôner au haut de la liste : la mise en place de cellules de crise à la grandeur du Québec. « Ça doit faire au moins cinq ans que le gouvernement a reçu cette recommandation. Maintenant, il faut que ça aboutisse », déclare Mme Corte.

Ces cellules, qui regroupent l’ensemble des intervenants en violence conjugale dans une région donnée, permettent de tisser un filet de sécurité autour de la victime. Le Comité d’examen des décès liés à la violence conjugale formé par le bureau du coroner, qui a lui aussi déposé son rapport en décembre, recommandait également l’élargissement de ce mécanisme de gestion du risque à l’ensemble des régions du Québec.

« La clé du succès, c’est que les acteurs des différents secteurs [policiers, intervenants, milieu de la santé] travaillent en concertation, mentionne Me Stéphanie Gamache, qui a présidé le comité d’examen. On est rendu là. Sinon, les acteurs travaillent en silo et ça ne fonctionne pas. »

Me Gamache et l’ancienne juge Corte réclament également que le Service d’évaluation des conjoints violents au stade de la mise en liberté provisoire soit utilisé de manière plus proactive dans toutes les régions du Québec. Le Devoir révélait mardi que cet outil visant à protéger les victimes n’a été utilisé que 52 fois depuis 2018. « Sans brimer les droits [du prévenu] et la présomption d’innocence, ce service doit être utilisé, insiste Me Gamache. Et ça nécessite une participation active de tous les acteurs judiciaires. C’est à ce niveau qu’il y a une problématique. »

Besoin d'aide?

Si vous êtes victime de violence conjugale, vous pouvez contacter SOS Violence conjugale au 1 800 363-9010.

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3 commentaires
  • Romain Gagnon - Abonné 24 mars 2021 07 h 14

    La solution est thérapeutique et non juridique

    Sept féminicide en six semaines, c’est presque autant que dans une année normale au Québec, par exemple, huit en 2019. Voilà la preuve que la COVID affecte sérieusement la santé mentale.

    En temps normal, 2.4 hommes se suicident par jour au Québec à la suite d’une rupture amoureuse. Cela ferait donc 100 hommes. Je serais bien curieux d’obtenir des statistiques fraiches à ce sujet afin de savoir si ce nombre de suicides a également augmenté d’un facteur de sept tout comme celui des féminicides.

    Un homme sans antécédant criminel qui en vient à tuer la femme qu’il aime souffre d’une dangereuse dépression. Il ne faudrait pas naïvement croire qu’imposer des conditions de remise en liberté plus strictes empêchera un homme dans cette condition psychologique précaire de passer quand même à l’acte. La solution n’est donc pas juridique. Elle est thérapeutique. L’homme qui tue souffre. Et il a besoin d’aide psychologique. C’est la seule véritable solution afin de prévenir autant les féminicides que les suicides. Ostraciser davantage les hommes et faire davantage fi de leur présomption d’innocence ne fera que jeter de l’huile sur le feu.

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 24 mars 2021 08 h 26

    Les femmes meurent...assassinées

    les conjoints assassinent ...et, lâchement, se zigouillent (en entraînant parfois des enfants avec eux )
    Les politiciens palabrent toujours ... La Justice.patine et... tourne en rond.. Voilà où nous en sommes encore aujourd'hui, en 2021.
    Aujourd'hui, où le Ministre du Budget Finances chaussera...une tradition stupide ...des souliers en cuir verni (wow) devant les caméras. Et, on nous fera accroire encore que "tout va bien aller"..
    Sept féminicides en six semaines au Québec.! titrent les journaux. Les programmes d'évaluation des conjoints violents...sont toujours
    en évaluation!?%$/?& disent les autres. Les énarques $$$$$$$$ de l'État n'étant pas d'accord sur le coût des souliers du Ministre . Tout doit attendre...mis sur la glace.de la Justice qui patine...et tourne toujours en rond.
    Six femmes tuées par leur conjoint en six semaines. La septième ...par le conjoint de sa fille... assassinée.
    Silence...! On tourne à l'Assemblée nationale.aujourd'hui. C'est le Budget...!

  • Gérard Kacza - Inscrit 24 mars 2021 09 h 34

    BELLE MENTALITE !

    Finalement, vous êtes adepte au dicton arabe qui énonce : "Bats ta femme tous les jours, si tu ne sais pourquoi, elle, elle doit le savoir !".
    Vous faites montre d'une mentalité abjecte, vous cautionnez les hommes féminicides en avançant entre autres, le fait que "L’homme qui tue souffre.". C'est ça, et comme on dit en France (au Québec, je ne sais pas) : "Et mon cul c'est du poulet ?". Cette formulation populaire signifie en l'occurrence, qu'il faut arrêter d'innocenter les assassins au nom de préceptes philosophiques et métaphysiques du style que vous revendiquez "L’homme qui tue souffre.".
    Et si je veux être aussi acerbe que vous, M. Gagnon, je dirais qu'il faudrait vous supprimer des forums, tout comme la ville minière de Gagnon qui a été rasée de la carte en chépu quelle année, en 1985 ?

    Je suis étonné que "Le Devoir" ait publié votre commentaire vous cautionnant de la sorte.

    (Commentaire venant de France)