Le «petit paradis» nord-côtier d’un restaurateur d’origine sénégalaise

Assane Sakho, propriétaire du restaurant Chez Omer à Sept-Îles
Photo: Courtoisie Assane Sakho, propriétaire du restaurant Chez Omer à Sept-Îles

Le passage de Sept-Îles en zone jaune le 26 mars prochain fait le bonheur d’Assane Sakho, propriétaire du restaurant Chez Omer. La pandémie lui donne du fil à retordre depuis un an, mais il se débrouille pour garder en vie son établissement dans son « petit paradis » nord-côtier.

« Les gens par ici ne parlent que de ça en ce moment, ils ont hâte de retrouver leur famille et de pouvoir respirer un peu plus librement », raconte le restaurateur sénégalais, originaire de la Casamance.

Celui-ci peut d’ores et déjà accueillir des clients — la région a basculé en zone orange le mois dernier —, à condition toutefois de respecter le maximum de deux personnes par table. Dans son vaste local de 240 places, ce n’est pas trop un problème. Mais sa clientèle d’affaires le midi n’est plus au rendez-vous comme avant, se désole-t-il.

Pour M. Sakho, l’assouplissement des mesures sanitaires est comme une bouffée d’air frais, qui arrive d’ailleurs à point nommé. « Les pêcheurs se préparent à descendre à la pêche d’ici quelques jours. On est très contents parce qu’on va pouvoir suggérer notre inventaire de fruits de mer. »

Le coup de foudre

Propriétaire de son restaurant depuis 2018, M. Sakho caressait pourtant le rêve de devenir designer de mode dans sa jeunesse. « Mon père, très conservateur, voulait que j’étudie quelque chose de “sérieux”, donc il m’a inscrit à l’université au Maroc », explique l’homme de 50 ans.

Diplômé en marketing au début des années 1990, il rejoint une partie de sa famille en France avant de plier bagage pour le Québec. « Je suis venu pour prendre soin de mon oncle qui était malade », confie celui qui a rencontré l’amour en sol québécois quelques années après son arrivée.

« J’ai rencontré ma femme, originaire de la Côte-Nord, grâce à un ami sénégalais qui était son coloc à Québec. À l’époque, je travaillais en marketing et elle étudiait en gérontologie à l’Université Laval », raconte M. Sakho, qui a échangé des vœux avec sa douce moitié en 1997.

L’homme tenait à avoir des enfants sur la Côte-Nord, épris de la région après une première visite pour rencontrer ses beaux-parents. « Ma femme avait quitté quelques années auparavant, préférant les grandes villes, mais nous nous sommes entendus pour revenir nous installer pendant un an ou deux », dit-il.

Mine de rien, le couple qui a aujourd’hui deux filles âgées de 16 et 22 ans, y habite toujours, un quart de siècle plus tard. « J’aime vivre ici, les gens sont gentils, c’est mon petit paradis ! » lance le restaurateur.

Issu d’une grande famille de 35 enfants, Assane Sakho avoue s’ennuyer parfois de ses frères et sœurs, et de ses amis d’enfance. « Mais je réalise aussi que mes racines sénégalaises se sont diluées », fait valoir celui qui n’a pas mis les pieds dans son pays natal depuis bientôt 15 ans.

« La dernière fois que j’y suis allé, j’avais projeté d’y rester longtemps, mais je m’ennuyais tellement de Sept-Îles que j’ai voulu écourter mon voyage ! »

Du marketing à la restauration

« Comme le travail de bureau avec un horaire 9 à 5 ne me convenait pas, j’ai fait le saut en restauration à Québec puis sur la Côte-Nord », se souvient M. Sakho. D’abord embauché Chez Omer comme aide-gérant, il devient co-propriétaire du restaurant vers 2011, puis propriétaire unique en 2018.

Depuis son arrivée dans l’équipe, M. Sakho entretient une relation d’amitié avec le fondateur et ex-propriétaire de l’établissement depuis 2004, Omer Lapierre, qu’il considère comme un mentor. « Il m’a donné beaucoup de conseils, il m’a beaucoup aidé. »

« Assane se débrouille très bien, il connaît ça et il s’occupe très bien de ses affaires », lance de son côté M. Lapierre. L’homme d’affaires de 83 ans se dit heureux de voir le restaurant qu’il a démarré en 1991 toujours ouvert. « C’est le fun de voir ça. »

S’il est passionné par son métier, M. Sakho n’a pas toujours eu parcours facile depuis qu’il a pris les rênes du restaurant. « La première année, on a eu un feu au deuxième étage qui nous a obligés de fermer pendant trois semaines. C’était un coup dur, mais on s’est retroussé les manches pour passer à travers, les employés nous ont beaucoup aidés », soutient celui qui a vu la COVID-19 frapper à sa porte quelques mois plus tard.

« Les premières semaines au début de la pandémie ont été très difficiles, mais grâce à l’aide salariale et aux prêts du gouvernement, ainsi qu’au soutien de la Société d’aide au développement des collectivités (SADC) Côte-Nord, on a pu s’en sortir. On a acquis des dettes, oui, mais sans les prêts, on aurait déclaré faillite », précise M. Sakho.

Faire face à l’adversité

Si le restaurant a dû initialement adapter son menu pour offrir des mets pour emporter, tels que des pizzas et des ailes de poulet, M. Sakho a été surpris de constater que sa clientèle exigeait les plats traditionnels qu’elle appréciait tant dans la salle à manger.

« Nos clients demandaient nos plats de poisson, de viande et de fruits de mer, mais nous n’étions pas préparés du tout. On livrait nos mets dans les mêmes assiettes que nous utilisions au restaurant, les couvrant de papier d’aluminium », raconte M. Sakho, disant se fier au civisme de ses clients pour rapporter les assiettes au restaurant après utilisation. « Ce n’était pas pratique du tout, avoue-t-il en riant, mais je ne me voyais pas servir des bons plats de filet mignon et de fruits de mer dans des assiettes en aluminium ! »

« Les livraisons et les take out nous ont sauvé la vie, nous avons eu une réponse extraordinaire ! On était une petite équipe, mais tout le monde a aidé pour y arriver. Ma grande fille de 22 ans nous aide encore beaucoup aujourd’hui », dit M. Sakho avec fierté, précisant qu’actuellement ses quinze employés sont de retour au travail.

M. Sakho reconnaît la chance qu’il a de se trouver dans une zone moins touchée par la COVID-19. Contrairement à des restaurateurs en zone rouge, il a vu ses ventes augmenter en raison du nombre de visiteurs dans la région l’été dernier.

« Je peux dire que nous avons eu une très bonne année, bien que nous enregistrions une baisse d'environ 15 % des ventes depuis le début de la pandemie. Toutefois, je pense à mes confrères qui sont en zone rouge qui n’ont pas eu la même chance, leur situation est déplorable. Je crois que quand on se compare, on se console », note-t-il.