Plusieurs «drapeaux rouges» ont été ignorés avant la mort de Rosalie Gagnon, selon la coroner

Des animaux en peluche et des messages de soutien ont été rassemblée lors d’une cérémonie en avril 2018 à la mémoire de la petite Rosalie Gagnon, tuée par sa mère.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Des animaux en peluche et des messages de soutien ont été rassemblée lors d’une cérémonie en avril 2018 à la mémoire de la petite Rosalie Gagnon, tuée par sa mère.

Le personnel de la Maison Marie-Rollet et de la DPJ n’a pas tenu compte de plusieurs situations qui auraient dû être perçues comme des « drapeaux rouges » avant le meurtre de la petite Rosalie Gagnon, tranche la coroner Géhane Kamel dans son rapport sur le décès, rendu public mardi matin.

La consommation quotidienne de cannabis par la mère, Audrey Gagnon, est notamment passée « sous le radar » des intervenantes de la maison d’hébergement pour femmes Marie-Rollet, rapporte la coroner.

En mars 2020, Audrey Gagnon a été condamnée à la prison à vie pour le meurtre de sa fille Rosalie, survenu cinq jours après son départ de la Maison Marie-Rollet en avril 2018. Durant l’enquête menée en décembre, le bureau de la coroner cherchait à voir quelles leçons tirer de cette tragédie et si certains signes avant-coureurs auraient dû être pris plus au sérieux.

Je comprends tout à fait que les maisons d’hébergement ont besoin de cette confiance pour bâtir une relation avec les femmes, et c’est tout à leur honneur, mais le droit de l’un ne devrait jamais aliéner celui d’un enfant

 

Dans son rapport, Me Kamel dit ne pas comprendre pourquoi, lors de l’expulsion de Mme Gagnon, on n’a pas jugé bon d’appeler la police après qu’elle eut menacé de « brûler vive » une intervenante. Elle estime en outre qu’on aurait dû communiquer avec les urgences sociales ou la DPJ avant de laisser partir Audrey Gagnon avec sa fillette de deux ans sans avoir trouvé de ressources pour elle.

« Je comprends tout à fait que les maisons d’hébergement ont besoin de cette confiance pour bâtir une relation avec les femmes, et c’est tout à leur honneur, mais le droit de l’un ne devrait jamais aliéner celui d’un enfant », note Géhane Kamel dans ses constats. La DPJ aurait dû sonner l’alarme et contacter la police dès le 16 avril, lorsque l’intervenante a perdu contact avec la mère, ajoute-t-elle.

Des changements déjà en place

Le choc causé par la mort de Rosalie Gagnon a été tel dans le milieu des services sociaux que plusieurs façons de faire avaient déjà changé avant même que le rapport de la coroner soit rendu public.

La Maison Marie-Rollet s’est dotée d’une procédure claire lorsque des femmes avec enfants doivent quitter la résidence. Même chose pour la DPJ lorsqu’un enfant manque à l’appel.

Tout en qualifiant ces efforts de louables, la coroner en suggère d’autres dans ses recommandations. Ainsi, les maisons d’hébergement ne devraient jamais laisser partir des enfants sans que la DPJ en soit avisée, écrit-elle.

D’emblée, des intervenantes « pivot » devraient être désignées tant dans les ressources d’hébergement qu’à la DPJ pour assurer une meilleure communication entre les deux.

Géhane Kamel préconise aussi des rencontres systématiques avec la DPJ lorsqu’une femme arrive dans une ressource d’hébergement avec un enfant, ainsi que l’ajout de nouvelles formations.

Finalement, le ministère de la Santé devrait hausser le financement de ces organismes afin qu’ils puissent participer à certaines tables de concertation, écrit-elle.

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