Hébergement pour les femmes: «Le réseau est saturé»

Manon Monastesse, directrice générale de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, tiendra lundi une conférence de presse avec les représentantes des partis d’opposition à Québec pour interpeller le gouvernement sur les besoins criants des établissements d’hébergement.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Manon Monastesse, directrice générale de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, tiendra lundi une conférence de presse avec les représentantes des partis d’opposition à Québec pour interpeller le gouvernement sur les besoins criants des établissements d’hébergement.

Depuis le début de la pandémie, les maisons d’hébergement pour femmes font face à une augmentation fulgurante des demandes pour des services externes. En cette Journée internationale des droits des femmes, elles lancent « un signal d’alarme » et revendiquent l’aide du gouvernement pour « consolider le réseau » et aider les femmes dont les besoins sont de plus en plus complexes.

« Le réseau est saturé, notre taux d’occupation est de 97 % », affirme d’emblée Manon Monastesse, directrice générale de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, qui tiendra lundi une conférence de presse avec les représentantes des partis d’opposition à Québec pour interpeller le gouvernement sur ces enjeux.

Il manque de places pour les femmes qui cherchent un hébergement, mais il manque également d’intervenants pour aider celles qui ont besoin de soutien et d’accompagnement, note Mme Monastesse. Ainsi, la demande pour ce qu’elle appelle les « services externes » a été « multipliée par dix » depuis le début de la pandémie.

« Il faut consolider le réseau actuel afin d’être capables d’engager plus d’intervenants pour les services externes, de répondre encore mieux aux besoins des femmes et des enfants. Il faut être capables de développer nos services. »

Depuis le début de la pandémie, les comités de logement constatent une plus grande détresse des femmes ; ça semble être très marqué, que ce soit à Montréal, à Québec ou ailleurs  

 

Si, dans certains cas, ces services externes sont complémentaires, c’est, pour d’autres, une solution de rechange à l’hébergement. « La pandémie est un terreau fertile pour les conjoints violents, puisque la première chose que ceux-ci vont généralement faire, c’est d’isoler la conjointe de sa famille, de ses amis, de ses collègues et de son réseau, rappelle Mme Monastesse. Depuis que tout le monde est confiné, ils ont une emprise totale sur elles, qui n’arrivaient plus à nous contacter pour demander un hébergement. On a vu nos taux d’hébergement chuter,jusqu’à 50 % dans certains cas. Ça a remonté depuis, mais ça fluctue. »

D’autres ne se sentaient pas à l’aise d’aller dans des maisons d’hébergement en raison de la pandémie, craignant d’y attraper le virus. « C’est pour ça que les femmes ont demandé beaucoup plus de services externes », note la directrice générale.

Au-delà de la violence conjugale

Les besoins sont beaucoup plus complexes et vont bien au-delà de la violence conjugale, précise Manon Monastesse. « La violence conjugale, c’est juste la pointe de l’iceberg ; derrière ça, il y a des victimisations extrêmement importantes. »

Elle rappelle que les maisons d’hébergement n’accueillent pas seulement des femmes victimes de violence conjugale. Il y a celles qui sont victimes de crimes d’honneur, des aînées qui se font violenter par des membres de leur famille, des femmes victimes de traite ou de mariages forcés, etc.

Les directions des maisons d’hébergement voient de plus en plus de femmes à statut précaire, qui se sont fait promettre un parrainage par un homme. D’autres arrivent mariées avec des hommes qui les utilisent comme esclaves sexuelles. « Plus les années passent, plus on se retrouve avec des situations complexes », affirme Mme Monastesse.

Maisons de deuxième étape

Les maisons de deuxième étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale demandent, elles aussi, de nouvelles places pour héberger celles qui sont en danger de violence conjugale post-séparation.

« On évalue que 8 % des femmes victimes de violence conjugale sont toujours en grave danger à la sortie d’un hébergement d’urgence et ont besoin de passer en maison d’hébergement de deuxième étape », écrit l’Alliance dans un communiqué de presse rendu public dimanche. « Malheureusement, le taux de refus des demandes admissibles est de 75 % à Montréal et de 37 % dans les régions où le service existe. Nous osons espérer que le ministère de la Santé débloquera rapidement les 106 nouvelles places en maison de 2e étape en attente d’approbation depuis un an et demi. »

C’est la première de huit mesures proposées par l’Alliance afin de prévenir les féminicides en contexte conjugal.

« Prisonnières de leur logement »

Il n’y a pas que les maisons d’hébergement qui réclament de l’aide pour les femmes en matière de logement. Dimanche, le Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ) demandait lui aussi de nouvelles mesures pour soulager celles qui sont « prisonnières de leur logement » en raison de la situation sanitaire actuelle.

La violence conjugale, c’est juste la pointe de l’iceberg ; derrière ça, il y a des victimisations extrêmement importantes

 

« Depuis le début de la pandémie, les comités de logement constatent une plus grande détresse des femmes ; ça semble être très marqué, que ce soit à Montréal, à Québec ou ailleurs », note Marjolaine Deneault, porte-parole de l’organisme. Elle remarque une « violence sous toutes ses formes », qu’elle soit conjugale, entre colocataires ou psychologique. « On sent qu’il y a une situation d’urgence, qu’il n’y a pas de porte de sortie pour ces femmes-là. »

Selon le RCLALQ, le prix des loyers, qui a explosé ces dernières années, pousse les femmes violentées à rester dans un environnement dangereux pour elles. L’organisme demande un gel des loyers et des mesures de contrôle pour éviter l’explosion des prix sur le marché locatif. « Si les femmes peuvent avoir accès à des logements abordables, elles oseront davantage quitter un logement [où elles vivent de la violence], affirme Mme Deneault. Malgré le fait que ces mesures bénéficieront à l’ensemble des ménages locataires, elles sont essentielles pour assurer la sécurité des femmes locataires. »

 

À voir en vidéo