Une poursuite abusive de 930 millions de Guillaume Carle contre des médias rejetée

M. Carle reproche aux médias visés par la poursuite une « diffusion planétaire » des propos prétendument diffamatoires à son endroit, qui lui auraient fait perdre 255 millions de dollars en contrats.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir M. Carle reproche aux médias visés par la poursuite une « diffusion planétaire » des propos prétendument diffamatoires à son endroit, qui lui auraient fait perdre 255 millions de dollars en contrats.

Visé par des reportages d’enquête, le grand chef autoproclamé Guillaume Carle a vu sa poursuite de 930 millions de dollars contre Radio-Canada, La Presse et le journal Le Droit, entre autres, être déclarée abusive et rejetée par un tribunal de Gatineau.

Dans sa décision datée de mercredi dernier, la juge de la Cour supérieure Carole Therrien a sévèrement critiqué Guillaume Carle, qui se présente comme grand chef national de la Confédération des peuples autochtones du Canada. Ce dernier aurait abusé de la procédure « de manière excessive, déraisonnable et [qui] détourne les fins de la justice en limitant la liberté d’expression », en plus d’exiger un montant « exorbitant et aléatoire » en dommages, tranche la juge.

M. Carle a été l’objet de nombreux reportages, entre juin et novembre 2018, exposant les activités douteuses de sa Confédération, comme la distribution de cartes prétendant à un statut d’indien, des prétendus tests ADN prouvant à quiconque des origines autochtones ou encore ses démêlés avec l’Autorité des marchés financiers.

Il a ensuite mis sa menace à exécution en poursuivant en diffamation une longue liste de défendeurs, comprenant non seulement le diffuseur public et les médias La Presse, Le Droit, TVA, la station 93,3 FM à Québec, mais aussi les autorités autochtones de la Nation huronne-wendat, Kitigan Zibi, et Kahnawake, qui prenaient la parole dans les reportages. Une simple internaute qui a partagé sur sa page Facebook un article de CBC le concernant a aussi été visée par l’action en justice.

M. Carle leur reproche une « diffusion planétaire » des propos prétendument diffamatoires à son endroit et qui lui auraient fait perdre 255 millions de dollars en contrats. Il réclamait, en plus, 675 millions pour atteinte à sa réputation et dommages moraux, punitifs et exemplaires.

Guillaume Carle a fait preuve de mauvaise foi, peut-on lire dans le jugement, en comparant l’oppression dont il dit être victime à celle vécue par des personnages historiques, comme le chef Pontiac, Louis Riel, Nelson Mandela ou Martin Luther King. Une allusion aux fours crématoires, utilisés durant la Shoah, n’a pas plu à la juge. « Ces comparaisons sont abusives et hors de toute proportion avec la présente situation, même si les prétentions de diffamation s’avéraient. »

Les quelques éléments de preuve présentés « sont à leur face même invraisemblables », indique-t-elle, notamment la prétention de faire entendre des témoins du Vatican, des Nations unies et d’Amérique du Sud.

Les juges ont le pouvoir de déclarer une poursuite irrecevable ou abusive lorsque celle-ci est manifestement mal fondée, ou qu’elle détourne le système judiciaire afin de limiter la liberté d’expression d’autrui dans le contexte de débats publics. Il n’a pas été possible pour Le Devoir de joindre M. Carle, mardi.

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