Sur les traces d’immigrants en Abitibi

José Médiavilla est un enseignant à la retraite originaire de l'Espagne. Il est arrivé en Abitibi-Témiscamingue en août 1969 et il est maintant ouvreur de sentiers.
Photo: Capture d'écran Facebook José Médiavilla est un enseignant à la retraite originaire de l'Espagne. Il est arrivé en Abitibi-Témiscamingue en août 1969 et il est maintant ouvreur de sentiers.

La question germe depuis quelques mois en Abitibi-Témiscamingue. En pleine pandémie, comment intégrer les néo-Témiscabitibiens au tissu social local, alors qu’il est interdit de se rencontrer ? La Mosaïque interculturelle, organisme qui accueille les immigrants à Rouyn-Noranda, a voulu y répondre dans un documentaire présentant l’histoire de neuf immigrants de la région. Voilà une façon de « sensibiliser au racisme, sans nommer le phénomène », croit le directeur, Valentin Brin.

C’est ainsi qu’a démarré la production du court métrage Des chemins à faire, présenté depuis mercredi dernier sur la page Facebook de l’organisme.

Quand on lui commande ce documentaire, le réalisateur Dominic Leclerc trouve l’idée « vertigineuse » et « pleine de pièges ». Il décide alors de faire de l’Abitibi elle-même le personnage principal et de la placer au cœur du film afin de tisser des liens entre les différents récits.

« Du moment où les gens habitent un territoire et le choisissent, c’est déjà un point de rencontre », explique-t-il. La nature devient même un « sous-texte poétique » à ses yeux. « La forêt, c’est un lieu mixte. Ce n’est pas de la monoculture. La forêt, si elle vit bien, c’est parce qu’elle est mixte et qu’elle est hétérogène. »

Qu’ils viennent de l’Algérie, du Congo, du Danemark ou de la France, les protagonistes du court métrage sont tous profondément enracinés dans leur milieu. « La forêt que j’ai ici en arrière, c’est ma forêt », témoigne l’une d’entre eux.

José Médiavilla, un intervenant du film, raconte comment il transforme le paysage du coin. C’est lui qui trace des sentiers pédestres tout autour de Rouyn-Noranda. À force d’y passer et de baliser le secteur, « c’est devenu la piste à José », dit-il en souriant à la caméra. En réalité, plusieurs sentiers autour du chef-lieu de l’Abitibi-Témiscamingue sont l’œuvre récente de nouveaux arrivants.

Pour sa part, Marta Saenz de la Calzada, d’origine espagnole, raconte comment elle a été accueillie par le milieu des arts de la scène. De son aveu même, son accent rehausse l’intérêt des contes qu’elle déclame sur scène. « Ce qui était handicap est devenu vertu. »

À travers le portrait de ces personnalités, « on veut casser les stéréotypes », résume Valentin Brin.

Des « moteurs » pour la région

Au fil Des chemins à faire, les récits que livrent les personnes à l’écran viennent aussi montrer que l’itinéraire vers l’Abitibi-Témiscamingue peut être semé d’embûches. « Je n’ai pas voulu non plus que tout soit parfait », dit Dominic Leclerc. « De montrer que les histoires ne sont pas toutes parfaites, ça montre aussi que c’est humain. »

Ces personnes représentent toutefois des « moteurs » pour la région, affirme Valentin Brin. Elles travaillent dans toutes sortes d’industries et redéfinissent l’idée qu’on peut se faire de l’immigrant. « C’est possible de s’intégrer à Rouyn-Noranda même si on n’est pas de la région. » Avec ces témoignages, l’équipe de La Mosaïque interculturelle veut tirer vers le haut les discussions sur l’immigration internationale. « En voyant l’espèce de levée de boucliers, “nous ne sommes pas racistes”, c’est comme si ça finit par avoir un message contraire », mentionne le réalisateur du film. « Ça fait ressortir des préjugés qui existent quand même dans la société. […] De savoir que chaque personne a une histoire à raconter, c’est une preuve d’ouverture qui s’installe. »

Il rappelle que l’Abitibi est ouverte à la colonisation depuis moins de 100 ans. La région offre donc beaucoup d’espace pour réécrire sa propre histoire. « [En Abitibi-Témiscamingue], tu as vraiment le sentiment de participer à quelque chose. Tu fais partie du développement. Et je crois que les immigrants qui viennent ici le ressentent », souligne Dominic Leclerc, lui-même originaire de la région.

Fier de son coin de pays, il mentionne que ses propres aïeuls venaient d’ailleurs. « Dans les années 1940-1950, Rouyn-Noranda était la deuxième ville québécoise parmi les plus cosmopolites après Montréal ! »

Ce reportage bénéficie du soutien de l'Initiative de journalisme local financé par le gouvernement du Canada.