Mamadi Camara demande la résidence permanente

Arrivé au Québec il y a quatre ans avec un statut d’étudiant étranger, Mamadi III Fara Camara, 31 ans, craint que son statut devienne précaire, puisqu’il est actuellement incapable de reprendre ses études.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Arrivé au Québec il y a quatre ans avec un statut d’étudiant étranger, Mamadi III Fara Camara, 31 ans, craint que son statut devienne précaire, puisqu’il est actuellement incapable de reprendre ses études.

Mamadi III Fara Camara demande au ministre fédéral de l’Immigration d’user de son pouvoir discrétionnaire pour lui donner la résidence permanente. L’étudiant montréalais, qui a passé six jours en prison à cause d’une erreur sur la personne, souhaite ainsi régulariser son statut pour pouvoir faire sa vie au Canada auprès de sa conjointe et de ses enfants à naître.

Arrivé au Québec il y a quatre ans avec un statut d’étudiant étranger, l’homme de 31 ans craint que son statut devienne précaire, puisqu’il est actuellement incapable de reprendre ses études. « Ç’a été difficile pour moi de revenir dans ma chambre d’études, d’ouvrir mes documents et de recommencer [comme s’il ne s’était rien passé]. Je suis encore sous le choc, c’est très traumatisant pour moi », a confié M. Camara lors de son passage à l’émission Tout le monde en parle, dimanche soir.

Jusqu’au 28 janvier dernier, il travaillait sans relâche sur le mémoire qu’il doit déposer au mois de mai. « La détresse et le choc vécus à la suite de son arrestation et de son accusation font en sorte qu’en ce moment, ce n’est psychologiquement pas possible pour lui de poursuivre ses plans », explique son avocat en immigration, Me Guillaume Cliche-Rivard en entrevue avec Le Devoir.

Selon l’avocat, le cauchemar vécu par M. Camara peut justifier une intervention du ministre fédéral de l’Immigration, Marco Mendicino.

« On parle d’un homme brillant, qui a des bourses d’études, qui avait des projets qui se sont effondrés du jour au lendemain. Peut-on lui permettre de se concentrer sur son mieux-être, de souffler un peu, sans craindre de se retrouver sans statut ? » demande Me Cliche-Rivard. Le chargé de laboratoire à Polytechnique Montréal n’était pas en état de nous accorder une entrevue, a expliqué son avocat.

C’est sur les ondes de Radio-Canada qu’il est revenu pour la première fois dimanche sur cette journée cauchemardesque où il s’est retrouvé à être le principal suspect de la violente attaque contre le policier Sanjay Vig. Il a raconté avoir été perçu comme un « monstre » à son arrivée en prison, une image qui détonne avec l’homme décrit par son entourage. « Mes activités [se résument] à quitter la maison pour aller à la Polytechnique, donner mes cours et faire ma recherche », a-t-il expliqué.

Des questions en suspens

Dans les jours suivant la libération de M. Camara, le premier ministre Justin Trudeau a qualifié la situation de « cas troublant ». « Plusieurs questions se posent, notamment aux différentes autorités impliquées dans cette affaire, a-t-il commenté. Il faut faire toute la lumière sur ce qui s’est passé. »

Le cabinet du ministre Mendicino a réitéré qu’il faudra obtenir « des réponses claires sur ce qui s’est passé », mais n’a pas commenté la demande qui lui a été adressée. « En raison des lois sur la protection de la vie privée, nous ne pouvons pas commenter un cas spécifique […] Chaque cas fait l’objet d’une étude approfondie, et aucune décision n’est prise à la légère », a indiqué Alexander Cohen, attaché de presse du ministre Mendicino.

Une demande a également été transmise à la ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration du Québec, Nadine Girault, afin de lui demander d’utiliser elle aussi son pouvoir discrétionnaire pour délivrer un certificat de sélection à M. Camara.

« Cette demande doit d’abord être traitée par le gouvernement fédéral. C’est une fois que le gouvernement fédéral [aurait répondu] favorablement à la demande de Monsieur Camara que nous, au ministère de l’Immigration, nous serions en mesure de délivrer un certificat de sélection », a indiqué Flore Bouchon, attachée de presse de la ministre Girault.

Me Cliche-Rivard convient que son client aurait pu déposer une demande de prolongation de son statut d’étudiant étranger, mais gagner du temps n’est pas la solution pour permettre à M. Camara de se soigner, estime-t-il. « Il a passé six jours en prison dans les conditions qu’on connaît, sans parler à sa famille et en subissant la pression populaire. M. Camara ne va pas bien, et la moindre des choses, c’est de lui permettre de se concentrer sur son rétablissement », insiste l’avocat.

Enquêtes en cours

Près de trois semaines après la violente agression de l’agent Vig, le véritable agresseur est toujours en liberté. Un poste de commandement a été déployé à LaSalle au début du mois de février près d’un stationnement où la voiture volée par le suspect aurait été retrouvée. Le SPVM n’a depuis communiqué aucune nouvelle information relative à l’enquête en cours.

Québec a annoncé la semaine dernière que le travail du SPVM ayant mené à l’arrestation et à l’accusation de M. Camara sera scruté en détail par le juge Louis Dionne. L’enquête, qui débutera le 22 février prochain, s’échelonnera sur une période maximale de cinq mois et mènera au dépôt d’un rapport.

Le Directeur des poursuites criminelles et pénales a aussi annoncé qu’une enquête sur le traitement judiciaire du dossier de M. Camara sera menée, et il espère pouvoir également confier le mandat au juge Dionne.

Il se peut toutefois que ces rapports ne soient pas entièrement rendus publics. La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a précisé qu’ils le seront « dans la mesure où il sera possible de le faire sans nuire à une enquête policière ou à d’éventuelles poursuites judiciaires ».

M. Camara et sa famille se sont d’ailleurs dits déçus et auraient préféré que ces enquêtes prennent la forme d’une enquête publique. M. Camara, qui a accepté les excuses du chef de police Sylvain Caron, n’a pas tourné la page pour autant et étudie toujours la possibilité d’intenter une poursuite civile.

Avec Lisa-Marie Gervais

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1 commentaire
  • Marie Nobert - Abonnée 16 février 2021 12 h 04

    Sanjay Vig est un raciste fini, etc.

    La «table est mise» et c'est la «dernière Cène». Bon retour parmi «nous» (peuple inclusif), cher vous (lui, «ze victime») Uber... Vous n'étiez pas au téléphone portable lors de l'Interpellation du policier raciste, profileur, etc. Non!? Donc, Sanjay Vig est un con de première catégorie. Congédiement requis. Plein cauchemar. Misère. Il cause pour «sa cause» le «petiot»(!) sous «caméra» (ouille!). Misère bis. Pour le reste, je me garde une (très grande) réserve. Bon retour au pays de «votre fraternité» inconditionnelle. Ça va aller! Nous sommes loin de «Guantanamo», n'est-ce pas? À moins d'un autre «montage en épingle», on n'en «fera pas tout un fromage». (!) Limites atteintes.

    JHS Baril