Une petite dose de vaccin… et d’amour pour un couple d’aînés de Sherbrooke

Madeleine Labrie et Marc-André Gosselin devant leur résidence la Seigneurie du carrefour, à Sherbrooke
Photo: Lisa-Marie Gervais Le Devoir Madeleine Labrie et Marc-André Gosselin devant leur résidence la Seigneurie du carrefour, à Sherbrooke

« Ça te dérangerait-tu qu’on s’appelle en FaceTime ? C’est plus agréable de se voir. » Madeleine Labrie, 85 ans, manipule son iPad et le Messenger de Facebook aussi bien qu’elle devait jadis maîtriser le téléphone et le clavier dans son travail de réceptionniste. Confinée depuis un an avec son beau Marc-André Gosselin de maintenant 91 ans, qu’elle a rencontré à l’université du 3e âge, elle ne manque pas une occasion de faire des rencontres ou de se divertir… à l’écran, COVID-19 oblige.

« Depuis le début de la pandémie, on n’a pas pu faire grand-chose d’autre que de marcher dans les corridors et dehors autour », dit la sympathique dame, que ses petits-enfants et arrière-petits- enfants surnomment affectueusement « Grand-Mado ». « La deuxième vague, ça va mieux. La première vague a été plus difficile, tout était nouveau. »

Madeleine Labrie et Marc-André Gosselin ont donc été plus qu’heureux d’apprendre que c’était à leur tour de recevoir le vaccin, une opération ayant été organisée vendredi aux Seigneuries du Carrefour de Sherbrooke pour les quelque 260 résidents. Ils ont eu la bonne nouvelle en même temps qu’un cœur en chocolat et une petite carte de Saint-Valentin qui leur avaient été distribués la veille. Comme une petite dose d’amour avant celle du vaccin. « Maintenant, la pandémie, on va la prendre mieux, parce qu’on sait qu’on s’en va sur l’autre bord », a lancé M. Gosselin, le sourire aux lèvres.

Si la vaccination allait bon train sur le territoire du CIUSSS de l’Estrie — 10 000 résidents de CHSLD et travailleurs de la santé avaient été vaccinés jusqu’ici —, une légère inquiétude s’était installée lorsque les opérations ont été stoppées le 21 janvier dernier, faute de doses. « On n’était pas trop inquiets, mais on se demandait vraiment quand ça allait arriver. Quand on a eu la nouvelle avant-hier, on était tellement soulagés », explique Lucie Brosseau, directrice de la résidence pour retraités, qui appartient au groupe Chartwell.

Forte d’une campagne de vaccination pour la grippe à l’automne, l’équipe des soins était apparemment bien préparée, et tout un plan de match avait été élaboré pour que personne ne se croise et que les mesures sanitaires soient respectées. Le vaccin a été administré dans le corridor, devant la porte de chacun des appartements à des aînés fin prêts, à qui on avait demandé de mettre un chandail à manches courtes. « Ça s’est très bien passé. En deux heures, tout était fini », ajoute Mme Brosseau.

L’espoir renaît

Pour Madeleine Labrie, le vaccin fait renaître l’espoir des soupers de couples à la salle à manger de la résidence, des soirées de bingo entre amis, des promenades autour du lac des Nations, de la reprise des visites de la famille. « Avant, on avait beaucoup d’activités, on faisait beaucoup de danse en ligne et, là, tout s’est arrêté », explique-t-elle. Pour son amoureux, le plus difficile a été de devoir cesser le billard. « J’avais mes chums, on se voyait là. J’étais tellement déçu quand ça a fermé. »

Mais les deux tourtereaux ne sont pas du genre à s’apitoyer. M. Gosselin, un ancien boucher qu’on devine gastronome, met religieusement à jour la liste d’épicerie et continue d’aller toutes les semaines faire les courses avec l’une de ses filles. Quant à Mme Labrie, elle dit s’être créé d’autres loisirs. « Je suis en train de finir un casse-tête, j’ai l’iPad, j’ai tricoté 15 foulards pour les donner… j’ai trouvé autre chose pour garder le moral », dit la dame, les yeux pétillants et rieurs.

L’autre jour, son petit-fils, qui vit à Amsterdam, lui a même fait visiter un musée par FaceTime. « Je disais à Marc-André : “regardons ce qu’on a et pas ce qu’on n’a pas”. On a un passé, mais on vit dans le présent. On a l’âge qu’on a et on a la chance d’avoir chacun une famille avec qui on est bien », dit, philosophe, celle qui a aussi travaillé comme intervenante en santé mentale.

Des leçons d’amour

« Il est tellement beau quand il déjeune, ça n’a pas de bon sens. » Madeleine Labrie promène son iPad dans la cuisine, où son valentin, tout coquet, est attablé en robe de chambre et tablier devant le copieux déjeuner qu’il s’est préparé. « Marc-André me reconnaît moins les cheveux longs », dit-elle, en s’excusant de ne pas avoir pu prendre de rendez-vous chez le coiffeur avant la semaine suivante. « On s’arrange toujours pour être beaux, pour être fiers. »

C’est l’un des petits secrets de la vie de couple, avec la communication, bien entendu. « On se respecte comme on est. On discute et on se dit quand on n’est pas bien une journée et si on peut être là pour l’autre ou pas. » Passer du temps chacun de son côté est aussi très sain, croit-elle. « Quand on fait nos activités, on a plus de choses à se raconter. Je trouve ça important dans un couple qu’on ne soit pas toujours ensemble », ajoute-t-elle, en disant s’être laissé courtiser pendant sept ans avant d’emménager avec son amoureux. « J’aime le voir partir au billard ou faire un tour, il se met toujours beau. Il revient et on se donne les nouvelles. »

Ces dernières années, la santé de M. Gosselin s’est fragilisée en raison d’une maladie pulmonaire et il se déplace à l’aide d’un déambulateur. « Je disais récemment à Marc-André : “ce qui me manque de nous deux, c’est de te prendre la main quand on marche, d’être main dans la main avec toi” », raconte sa douce moitié, en disant se reprendre avec des câlins. « On n’a plus la même vie, mais à 91 et 85 ans, on a tellement profité de tout ! Et l’amour est toujours là. C’est ça qui compte. »

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