Mamadi III Fara Camara a eu «très peur», raconte son avocat

Faussement accusé de tentative de meurtre, Mamadi III Fara Camara (au centre) a retrouvé sa liberté mercredi à la suite d’un important revirement de situation.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Faussement accusé de tentative de meurtre, Mamadi III Fara Camara (au centre) a retrouvé sa liberté mercredi à la suite d’un important revirement de situation.

Après avoir été accusé à tort de tentative de meurtre contre un policier, Mamadi III Fara Camara, encore ébranlé, tente de se reposer auprès de sa famille. Ne sachant pour l’heure s’il poursuivra le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), il espère obtenir réparation après cette mésaventure qui soulève des questions de profilage selon plusieurs élus.

« Pour l’instant, M. Camara veut prendre son temps. On sera là pour l’épauler s’il veut aller de l’avant avec quelque chose, mais pour l’instant il prend du repos », mentionne Me Cédric Materne, qui représente celui qui a été faussement montré du doigt comme étant l’agresseur du policier Sanjay Vig.

Au lendemain du retrait des accusations contre lui, M. Camara n’a pas souhaité s’adresser aux médias. Son avocat souligne cependant que l’homme de 31 ans, dont la conjointe est enceinte de jumeaux, est encore choqué par les événements. « D’un côté, il y a la détention, mais il y a aussi la façon dont il a été dépeint [publiquement]. Ce n’est pas facile pour lui de voir tout ce qui a été dit alors que ce n’était pas lui le bon suspect », explique Me Materne.

C’est rongé par la peur et dans une totale incompréhension que le chargé de laboratoire à Polytechnique a passé plusieurs jours en détention, clamant son innocence, lui qui se serait visiblement trouvé au mauvais endroit, au mauvais moment.

« Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il n’y avait aucune preuve directe, la preuve était circonstancielle. On parle de témoignages de témoins, qui ont décrit une agression, les cheveux du suspect, le manteau », souligne son avocat. « Nous lui avions parlé pendant sa détention et il avait très peur, il ne comprenait pas ce qui se passait », ajoute-t-il.

Profilage ?

Jeudi, plusieurs élus se sont ouvertement demandé si Mamadi Camara a été victime de profilage racial. « La question se pose, a notamment soutenu la cheffe libérale Dominique Anglade. Mais il faut aller au fond des choses pour avoir les réponses à toutes ces questions, et il faudra qu’il y ait réponse à cette question-là ».

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a aussi estimé que « la population est en droit de se poser des questions » sur l’incidence du profilage dans ce dossier, alors que la Ligue des Noirs du Québec y voit clairement une affaire de « discrimination systémique ».

« Troublée » par ce dossier, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a rappelé que de « récents travaux en matière de profilage racial nous font constater la prévalence constante de ce phénomène » dans les actions des forces de l’ordre.

Mais le directeur du SPVM, Sylvain Caron, a rejeté tout lien fait entre le profilage et la mauvaise aventure de M. Camara. « On n’est pas dans une situation de profilage, mais d’enquête criminelle, a-t-il soutenu. Il y a des faits, des observations, des témoins, qui nous ont amenés à procéder à des gestes. Alors on est loin d’une situation de profilage racial présentement. »

Homme sans histoire

L’agent Vig a été sauvagement attaqué le 28 janvier dernier après avoir intercepté un automobiliste sur le boulevard Crémazie, en bordure de l’autoroute Métropolitaine à Montréal. M. Camara est bel et bien celui qui a été arrêté par le policier, mais contrairement à ce qui a été avancé par les autorités, il n’a pas été l’auteur de l’altercation, mais plutôt un des témoins de celle-ci.

« M. Camara leur a dit qu’il n’était pas la personne qu’ils cherchaient. Ce qu’on lui reprochait ne correspondait pas avec le profil de M. Camara, qui est un homme qui n’a pas d’antécédents judiciaires, une personne au doctorat, une personne calme. Ça ne fonctionnait pas, mais ils l’ont quand même arrêté et accusé », souligne son avocat, Me Materne.

La version du SPVM voulait qu’un automobiliste intercepté relativement à une infraction au Code de la sécurité routière s’en soit pris physiquement à un policier dans le secteur de Parc-Extension. Le SPVM rapportait « une altercation lors de laquelle le policier aurait été désarmé et blessé », mais ne pouvait préciser s’il avait été atteint par un projectile.

M. Camara a été arrêté après avoir lui-même alerté le 911. Il clamait son innocence depuis le début. C’est finalement l’analyse plus poussée d’une vidéo d’une caméra du ministère des Transports qui a mené à l’arrêt des procédures contre le Montréalais.

Dans l’immeuble de huit logements où demeure M. Camara, les voisins s’expliquent mal comment ce futur père de famille, étudiant à Polytechnique, a pu vivre ce cauchemar. « Les policiers sont débarqués ici et ils nous ont tous questionnés. À un certain moment, on m’a même demandé si j’avais vu l’arme », a confié un des voisins de M. Camara, qui a requis l’anonymat par crainte de représailles.

Avec Guillaume Bourgault Côté, Jeanne Corriveau et Marco Bélair-Cirino

M. Camara a dit [aux policiers] qu’il n’était pas la personne qu’ils cherchaient. Ce qu’on lui reprochait ne correspondait pas avec le profil de M. Camara, qui est un homme qui n’a pas d’antécédents judiciaires, une personne au doctorat, une personne calme. Ça ne fonctionnait pas, mais ils l’ont quand même arrêté et accusé

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2 commentaires
  • Mathieu Lacoste - Inscrit 5 février 2021 10 h 33

    « on est loin d’une situation de profilage racial présentement » (Sylvain Caron , directeur du SPVM)



    On vous croit !

  • Gilles Théberge - Abonné 5 février 2021 10 h 34

    Comment se fait-il que le policier qui a été désarmé n'ait pas vu son assaillant, et ne fasse pas la différence entre lui et monsieur Camara...? Comment se fait-il qu'il n'ait pas vu l'auto rouge d'une marque indéfinie que le policiers recherchent? L'auto de monsieur Camara est-elle de la même couleur ? Il y a des questions et un ensemble de situation équivoques dans cette affaire. Il y a bien d'autre questions qui se posent naturellement auxquelles la police d'habitude est assez rapide à répondre.

    Tout ça sent mauvais. C'est loufoque et la moutarde commence à me monter au nez avec les réponses évasives de la police !