Une pilule contre le cancer sera en essai clinique au printemps en Alberta

«En plus d’avoir un effet contre la croissance des cellules du cancer du sein, des poumons et du colon, nous avons observé des effets spectaculaires contre la croissance des cellules du cancer du sang, y compris les leucémies et les lymphomes», expose le Dr Luc Berthiaume, chercheur au Département de biologie cellulaire à l’Université en Alberta.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «En plus d’avoir un effet contre la croissance des cellules du cancer du sein, des poumons et du colon, nous avons observé des effets spectaculaires contre la croissance des cellules du cancer du sang, y compris les leucémies et les lymphomes», expose le Dr Luc Berthiaume, chercheur au Département de biologie cellulaire à l’Université en Alberta.

Un nouveau médicament susceptible de révolutionner la vie des patients atteints d’un cancer sera testé en mai sur une soixantaine de patients à travers le pays.

Le PCLX-001. Ainsi se nomme ce nouveau médicament sous forme de gélule qui a été développé par le Dr Luc Berthiaume, chercheur au Département de biologie cellulaire à l’Université en Alberta.

« Comme le cancer est une maladie qui correspond à la dérégulation de la signalisation cellulaire, soit la communication entre les cellules, cela amène à la formation de cancers ou de tumeurs locales, via la formation de métastases [la croissance de cellules qui croissent alors qu’elles ne devraient pas] », résume le professeur originaire de Montréal.

Selon les statistiques de la Société canadienne du cancer, 228 Canadiens meurent tous les jours de ce fléau.

 

Des tests cliniques devraient débuter en mai à Edmonton, à Vancouver et à Toronto sur une soixantaine de patients rendus à un stade avancé de cancer, afin de tester l’efficacité de ce médicament.

« En plus d’avoir un effet contre la croissance des cellules du cancer du sein, des poumons et du colon, nous avons observé des effets spectaculaires contre la croissance des cellules du cancer du sang, y compris les leucémies et les lymphomes », expose Dr Berthiaume. Le spécialiste travaille depuis 25 ans dans le domaine, mais l’idée a commencé à germer voilà bientôt huit ans.

Ce médicament permet pour la première fois de cibler et d’éradiquer les cellules nocives, tout en préservant les cellules saines. Un procédé très agressif, mais qui est surtout aussi très ciblé. « C’est une médecine de précision qui cible préférentiellement les cellules cancérigènes et épargne les cellules normales. On mord juste à la bonne place, on ne mord pas partout », raconte le spécialiste.

Pour mieux évaluer l’ampleur de la découverte, « nous avons trouvé un composé qui cible les enzymes dont dépendent certains cancers », explique-t-il.

Des résultats spectaculaires

 

Pour le moment, si ce type de traitement marche mieux sur les cancers du sang que du sein, les résultats n’en sont pas moins bluffants.

« Les tests sur les souris ont démontré qu’en leur transmettant des tumeurs humaines, la prise du médicament PCLX-001 permet d’éliminer quatre sortes de cancer, ainsi que toutes les tumeurs dans tous les animaux, et ce, dans le cas des leucémies en moins de cinq jours », décrit-il.

L’avantage de cette thérapie, contrairement à la chimiothérapie, c’est qu’elle vient en forme de pilule et se fait sur une durée de 28 jours. Les patients ne sont pas obligés d’aller à l’hôpital pour subir leur chimiothérapie comme c’est le cas jusqu’à présent.

Cependant, certains effets secondaires s’accompagnent avec la prise de ce médicament, comme des problèmes de diarrhée et de déshydratation, traitables avec des médicaments classiques comme le Pepto Bismol. Si les souris ne perdent pas leur poil, il est encore trop tôt pour dire si la prise du médicament fera perdre les cheveux des patients comme avec la chimiothérapie.

Après avoir fini les tests de biosécurité sur les animaux, il ne manque plus que le feu vert de Santé Canada pour amorcer les tests sur les humains à partir de mai. John Mackey, professeur au Département d’oncologie de l’Université d’Alberta est le directeur de l’unité d’essais cliniques, sera chargé de gérer les tests sur les personnes.

Pas moins de 26 brevets ont déjà été approuvés dans 26 pays différents. Si les tests sur les patients s’avèrent concluants, après avoir testé leur efficacité et leur seuil de tolérance, des études cliniques indépendantes pourront aussi être faites, afin de voir si cela peut s’appliquer à d’autres types de cancer.

La Fondation du cancer de l’Alberta et la Fondation pour la cure du cancer ont permis de lever 8 millions de dollars dans le courant des huit dernières années. « Il nous faudrait 10 millions supplémentaires pour finir les études cliniques », conclut le Dr Berthiaume.

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