La nomination de Bochra Manaï fait encore des vagues

Bochra Manaï, la nouvelle commissaire à la lutte contre le racisme de Montréal
Photo: Hubert Hayaud Le Devoir Bochra Manaï, la nouvelle commissaire à la lutte contre le racisme de Montréal

Les déclarations et écrits passés de Bochra Manaï soulèvent toujours un tollé chez des défenseurs de la laïcité, qui s’estiment « bafoués » après sa nomination comme commissaire à la lutte contre le racisme à Montréal. Celle-ci doit reconnaître qu’elle est allée trop loin plus d’une fois dans ses positions, jugent dans une lettre publiée jeudi une quarantaine de signataires.

« L’idée que se fait Mme Manaï du racisme et des racistes, des Montréalais et des Québécois, est qu’ils portent en eux ce dangereux stigmate du racisme, qu’elle a pour mandat de les accompagner et de les redresser sur les chemins de la tolérance et de l’acceptation de l’autre, c’est-à-dire sur le chemin de l’acceptation de l’islam radical et contre cette dangereuse loi de la laïcité », dénoncent d’une même voix d’anciens élus, professeurs, écrivains et défenseurs bien connus de la « loi 21 ».

L’ex-ministre péquiste Louise Beaudoin est à l’origine de la missive. Elle s’avoue « sceptique » quant à l’objectivité de la nouvelle commissaire, bien que cette dernière ait assuré vouloir être « rassembleuse » et miser sur le dialogue. « Comment peut-on instaurer la confiance et la crédibilité quand on refuse de reconnaître qu’on est allé trop loin en disant des choses ahurissantes ? » s’interroge-t-elle en entrevue.

La lettre — qui a aussi été signée par l’avocat du mouvement laïque québécois Guillaume Rousseau et la femme de Raïf Badawi, Ensaf Haidar — revient sur plusieurs déclarations et billets de Mme Manaï jugés inacceptables et inquiétants dans le cadre de son nouveau poste. Les signataires déplorent, entre autres, le discours « rempli d’amalgames » qu’elle a livré en avril 2019, « où elle a inscrit dans la même logique » l’adoption de la Loi sur la laïcité de l’État et les attentats de la mosquée de Québec et de celles de Christchurch, en Nouvelle-Zélande.

Mme Beaudoin a notamment été sonnée d’entendre Mme Manaï dire que le « Québec est devenu une référence pour les suprémacistes extrémistes du monde entier » pendant cette allocution filmée, alors qu’elle était porte-parole du Conseil national des musulmans canadiens.

« Les idées que Bochra Manaï avance sont extrêmes. Ce ne sont pas des points de vue d’une personne modérée », lance de son côté Evelyne Abitbol, coautrice de la lettre et ex-conseillère spéciale à la diversité culturelle à l’Assemblée nationale.

Religion et racisme

Les signataires réprouvent l’opposition de la nouvelle commissaire à la « loi 21 », mais aussi sa définition du racisme, qui ne distingue pas « la lutte contre l’islam radical, la critique de la religion et le racisme » selon eux. Ils citent pour preuve le texte de blogue Islamophobie, critique ou obsession ? écrit par Mme Manaï en 2016 pour le Huffpost Québec. Celle-ci « explique clairement que toute critique de l’islam est une forme de racisme contre les musulmans », fustigent les signataires.

« Avis donc à tous ceux qui osent dire que l’Islam, même modéré, est fondamentalement inégalitaire — comme d’ailleurs le judaïsme ou le christianisme. Ils sont, au vu de la commissaire, des racistes », ajoutent-ils.

« Si elle était restée la militante qu’elle était, je n’aurais pas de problème. Mais elle a aujourd’hui une responsabilité considérable avec ce poste », relève Louise Beaudoin, qui juge que la Ville de Montréal a été « très imprudente » avec ce choix. Mme Abitbol est pour sa part beaucoup plus tranchée : l’administration Plante a fait une erreur. Elle aurait dû nommer une personne en faveur de la laïcité, croit-elle. « La neutralité [de l’État] est le socle de la démocratie pour permettre à tous de vivre sa liberté de conscience. »

Invitées à réagir, ni la Ville de Montréal ni la nouvelle commissaire n’ont souhaité commenter la lettre. La mairesse Valérie Plante et la commissaire Manaï, en poste depuis le 18 janvier dernier, se sont déjà prononcées sur le sujet, a-t-on fait valoir.

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