Le grand patron de Radio-Canada s’excuse après un voyage en Floride

Le vice-président principal de Radio-Canada a expliqué s’être rendu en décembre à Miami pour la première fois depuis le début de la pandémie afin de «régler des affaires concernant une propriété» qu’il y possède depuis «plusieurs années».
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Le vice-président principal de Radio-Canada a expliqué s’être rendu en décembre à Miami pour la première fois depuis le début de la pandémie afin de «régler des affaires concernant une propriété» qu’il y possède depuis «plusieurs années».

Le grand patron de Radio-Canada, Michel Bissonnette, a fait son mea culpa jeudi après avoir séjourné sous le soleil de la Floride en décembre. Il a ainsi fait fi des consignes de la Santé publique et de celles du diffuseur public envers ses employés, ce que dénonce le syndicat.

« Dans la mesure où il était fortement recommandé aux Canadiens d’éviter les séjours à l’étranger, je comprends la réaction que mon séjour suscite, j’en suis sincèrement désolé et je m’en excuse auprès des employés et des citoyens », a réagi le principal intéressé par voie de communiqué jeudi.

La société d’État n’entend pas sanctionner Michel Bissonnette, qui a toujours la confiance de la présidente-directrice générale, Catherine Tait.

Le vice-président principal de Radio-Canada a expliqué s’être rendu en décembre à Miami pour la première fois depuis le début de la pandémie afin de « régler des affaires concernant une propriété » qu’il y possède depuis « plusieurs années ». Il est resté en Floride du 2 au 27 décembre, où il y a fait du télétravail pendant deux semaines et pris 10 jours de vacances.

« Pendant mon séjour, je n’ai fréquenté aucun restaurant ni aucun commerce », a-t-il insisté dans son communiqué, ajoutant avoir suivi « à la lettre » la quarantaine obligatoire de 14 jours et les règles sanitaires à son retour à Montréal. « Mis à part un membre de sa famille qui est allé le rejoindre pendant une semaine, M. Bissonnette n’a été en contact avec personne d’autre durant son séjour », a précisé de son côté le porte-parole de Radio-Canada, Marc Pichette.

Ottawa recommande depuis mars aux Canadiens d’éviter tout voyage non essentiel à l’extérieur du pays et impose aux voyageurs de respecter une quarantaine obligatoire de 14 jours à leur retour. CBC / Radio-Canada recommande aussi à ses employés de s’abstenir de voyager à l’étranger pour des raisons personnelles.

Michel Bissonnette n’a pas souhaité accorder d’entrevue aux médias.

Un « manque de jugement »

Le séjour en Floride de celui qui dirige l’ensemble des services de programmation en langue française du diffuseur public a d’abord été rapporté par le National Post jeudi matin. Cette nouvelle survient environ un mois après la médiatisation d’allers-retours de la grande patronne de la société d’État Catherine Tait entre Ottawa et New York.

Mme Tait a traversé la frontière à deux reprises depuis mars pour s’occuper de son mari malade, avait justifié CBC / Radio-Canada en décembre. Le conseil d’administration, au courant de cette situation, s'était aussitôt rangé derrière la présidente-directrice générale.

« Aller prendre soin de son condo en Floride, ce n’est pas la même chose. Il y a un problème », commente au bout du fil le président du Syndicat des travailleuses et des travailleurs de Radio-Canada, Pierre Tousignant. À ses yeux, le séjour de Michel Bissonnette n’est rien de moins qu’« un sérieux manque de jugement » et un manquement à son devoir d’exemplarité.

M. Tousignant souligne qu’un mélange de colère et d’incrédulité habite actuellement ses membres. Sans aller jusqu’à exiger sa démission, il demande à tout le moins des explications. « On veut savoir ce qu’il est allé faire là et pourquoi il a décidé d’y aller en pleine crise sanitaire », note celui qui trouve insuffisants les détails fournis par M. Bissonnette.

Le président du syndicat estime également que ce séjour est la preuve d’un « double traitement » entre les employés et les hauts dirigeants. En ces temps de télétravail, il rappelle que la société d’État impose à tous ses travailleurs de rester à moins de 3 heures de son lieu de travail. Une consigne que n’a pas respectée le vice-président et qui a pourtant coûté un contrat à une employée ayant décidé de déménager en Gaspésie, relève-t-il.

« Si c’était un chef d’antenne ou une journaliste vedette, il se serait passé quoi ? On peut supposer que ça n’aurait pas été accepté. »

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