Les craintes autour du vaccin persistent chez les Autochtones, selon un panel d’experts

Cette peur serait due à leur «insécurisation» face au système de santé, ainsi qu’aux «traumatismes profonds transgénérationnels».
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Cette peur serait due à leur «insécurisation» face au système de santé, ainsi qu’aux «traumatismes profonds transgénérationnels».

La vaccination doit vite être promue au sein des communautés autochtones qui ont peur, selon des experts réunis en panel jeudi.

L’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) a tenu une table ronde virtuelle sur le thème « Les Premières Nations face au système de santé ».

Cinq experts, dont les médecins Stanley Vollant et Amir Khadir, étaient invités à commenter principalement la situation de la COVID-19 chez les Premières Nations.

Bien organisées face au coronavirus, modèle de réussite au Canada, les communautés autochtones du Québec nourrissent toutefois d’énormes craintes face à la vaccination.

Cette peur serait due à leur « insécurisation » face au système de santé, ainsi qu’aux « traumatismes profonds transgénérationnels », a avancé la panelliste Jolianne Ottawa, infirmière atikamekw de Manawan.

Elle a souligné au passage que les membres des Premières Nations s’abreuvent des réseaux sociaux et laissé entendre que cela pourrait contribuer au problème.

Pourtant, la vaccination est le « nerf de la guerre », a rappelé le Dr Vollant, surtout pour une population qui montre des indices de vulnérabilité importants.

Le médecin d’origine autochtone, qui œuvre à l’Hôpital Notre-Dame, à Montréal, a invité le gouvernement du Québec à prioriser la vaccination des Premières Nations, car « le pire est à venir », prévient-il.

Il a raconté jeudi avoir déjà eu à faire un choix entre deux patients. « Je vois le désastre de la COVID. »

« Hier, j’ai décidé de laisser mourir quelqu’un de 92 ans parce qu’il n’y avait plus de place aux soins intensifs. J’ai laissé de la place pour que quelqu’un de 50-60 ans soit réanimé. »

Les participants se sont également inquiétés du manque d’hébergement dans les communautés pour accueillir du personnel en renfort, si la situation venait à se détériorer.

Le principe de Joyce

Dans un deuxième temps, ils ont abordé l’enjeu du racisme systémique dans le réseau de la santé, rappelant que l’une des leurs, Joyce Echaquan, avait subi une mort atroce à l’Hôpital de Joliette.

Le « principe de Joyce » a heureusement commencé à opérer concrètement dans les hôpitaux, s’est félicité le docteur et ex-politicien Amir Khadir.

Il a cité en exemple le cas récent d’un aîné autochtone qui, dans les dernières heures de sa vie, avait pu être entouré d’une dizaine de personnes de sa communauté qui lui ont administré les derniers rituels.

La table ronde de jeudi était la troisième en trois mois, les deux premières ayant porté sur les médias et les municipalités. Un quatrième webinaire, sur le développement économique, est prévu en février.

Ces initiatives découlent du Plan d’action sur le racisme déposé par l’APNQL en septembre dernier. Elles visent à provoquer la discussion dans le but ultime d’éradiquer le racisme envers les Autochtones.

L’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador est un organisme régional politique qui regroupe 43 chefs des Premières Nations au Québec et au Labrador.

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