2020 dans l’œil de Renaud Philippe

Les photographes posent un regard très personnel sur l’actualité. Nous avons demandé à Renaud Philippe de choisir les meilleures photos de son année. De rencontres intimistes en évènements électrisants, voici sa sélection.

1 10 août | Six jours après la double explosion survenue dans le port de Beyrouth, la capitale libanaise peine à se relever. Plus de 200 personnes ont perdu la vie et 6500 autres ont été blessées. Une partie du centre-ville a été complètement anéantie et des centaines de milliers de personnes se sont retrouvées à la rue. Envoyé sur place avec la journaliste Magdaline Boutros, le photographe Renaud Philippe constate l’ampleur des dégâts. De ce séjour dans les ruines, il se souvient surtout de sa rencontre avec cette dame, propriétaire d’un immeuble dans le quartier Mar Mikhael, juste en face du port. « Je l’ai rencontrée un matin très tôt dans un stationnement. On a beaucoup discuté et elle m’a invité chez elle pour me montrer l’ampleur des dégâts. La maison était très affectée et la dame semblait désespérée en nous racontant le moment de l’explosion », se rappelle-t-il. Renaud Philippe Le Devoir
2 11 août | La double explosion à Beyrouth a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Les jours suivants, la colère ambiante est palpable. Malgré la démission du gouvernement, les Libanais prennent la rue tous les jours pour demander des changements. Un soir, une cérémonie à la mémoire des victimes commencée dans le calme finit par faire place à la rage et au désespoir alors que certains manifestants jettent des pierres, tirent des feux d’artifice, ou incendient des voitures. Un homme seul dans la nuit près du parlement, devant un feu, le drapeau du Liban entre les mains, attire alors l’attention de Renaud Philippe. « Cette photo, je l’aime parce qu’elle montre vraiment ce sentiment de rage que beaucoup vivaient après l’explosion et qu’on ressentait jour après jour à Beyrouth. » Renaud Philippe Le Devoir
3 26 juin | De passage au Brésil dans le cadre de son travail, Renaud Philippe décide de se rendre au cimetière Vila Formosa dans la périphérie de São Paulo, l’un des plus grands d’Amérique latine. Depuis des semaines, des pelles et des pelleteuses creusent sans cesse de nouvelles tombes pour enterrer les nombreux morts dans ce pays parmi les plus touchés par la pandémie de COVID-19. « Se rendre là, ç’a été une grosse claque dans la face. Il y avait un line-up pour enterrer les morts. On prend un cercueil, on le met en terre, on le recouvre, la famille dépose une fleur, et hop, au suivant. Comme ça, du matin au soir », confie le photographe, encore secoué d’avoir pu assister à une telle scène. Renaud Philippe Le Devoir
4 23 mai | Fin mai, la température se réchauffe tranquillement au Québec. La région du Bas-Saint-Laurent se prépare à accueillir de nombreux touristes cette année, la pandémie ayant annulé la plupart des voyages à l’étranger. À Sainte-Luce, près de Rimouski, Renaud Philippe croise André Doré au bar laitier Ashini sur la route 132 Ouest. « C’était un monsieur très sympathique, un local. Derrière sa visière, il racontait ne pas trop s’inquiéter de l’arrivée massive de touristes de Montréal ou de Québec, plus touchés par la pandémie », se souvient le photographe, trouvant que cette image d’un résident, crème glacée à la main, visière au visage, représentait bien l’idée qu’on se fait de vacances en temps de pandémie. Renaud Philippe Le Devoir
5 1er avril | À son tour, le Canada est frappé de plein fouet par la pandémie de COVID-19. Les citoyens sont appelés à rester chez eux et à limiter leurs contacts pour freiner la propagation du virus. Son voyage au Brésil annulé, Renaud Philippe prend alors la route fin mars dans le but de documenter pendant trois semaines cette période historique. Il part de Québec, seul avec sa voiture, et se dirige vers l’ouest du pays en s’arrêtant dans différentes provinces. Début avril, il est à Regina en Saskatchewan et décide de photographier cette rue vide et silencieuse qu’il emprunte. « Ça avait comme un petit air de Far West. Cette photo, c’est le vide, le silence, le malaise. Tout ça à la fois », décrit-il. Renaud Philippe Le Devoir