2020 dans l’oeil de Valérian Mazataud

Les photographes posent un regard très personnel sur l’actualité. Nous avons demandé à Valérian Mazataud de choisir ses meilleures photos de l’année. De rencontres intimistes en évènements électrisants, voici sa sélection.

1 5 mai | « Mamie » tentait une nouvelle fois de sortir à l’extérieur du CHSLD Émile-McDuff, où elle réside. Les infirmières Kim Gingras et Lara Gohier lui demandent de regagner sa chambre, car elle ne peut sortir de la zone rouge. « Elles étaient très gentilles, très humaines. Elles n’étaient pas du tout agacées ou fatiguées de devoir faire face à ça », se rappelle Valérian Mazataud. Le photographe a tenu à visiter un CHSLD au début de la pandémie, ce que lui a permis l’établissement de Repentigny. « Au Québec, on ne voyait aucune photo qui venait de l’intérieur des CHSLD ou des hôpitaux, contrairement à d’autres pays, comme les États-Unis, l’Italie ou la France », dit-il. Il garde surtout le souvenir du stress qui l’habitait lors de sa visite, au cours de laquelle il a dû respecter diverses consignes en plus d’enfiler une combinaison pour réduire les risques de propagation du virus. Valérian Mazataud Le Devoir
2 2 juin | Nous sommes au début du mois de juin. Quelques jours plus tôt, George Floyd a trouvé la mort à l’intersection de la 38e Rue et de l’avenue Chicago à Minneapolis, aux États-Unis. Depuis son décès — le énième d’un Afro-Américain aux mains de policiers —, des citoyens affluent pour venir y déposer des gerbes de fleurs, des dessins et des messages. « En journée, il y avait un côté très festif », se rappelle Valérian Mazataud. Le soir du 2 juin, des dizaines de manifestants se réunissent tout près, certains prenant la parole au micro. Vient finalement le tour de l’homme sur la photo, le doyen de la foule. Au fil de son discours, la foule s’agenouille, certains brandissant le poing. « Il y a quelque chose de très frappant de voir cet homme avec son bâton, qui a quasi l’air d’un prophète, et tous les gens autour qui lui portent révérence. Ça donne une imagerie guerrière, sans être violente. » Valérian Mazataud Le Devoir
3 8 septembre | La Monument Avenue de Richmond, aux États-Unis, a changé de visage depuis la mort de George Floyd. Les dizaines de statues en hommage aux confédérés ont été retirées par le maire. Il reste toutefois celle du général Robert Lee, sous le contrôle de l’État. « On marchait le long de l’allée et je photographiais les monuments déboulonnés. Puis, j’ai vu au loin cette statue-là, que j’ai reconnue avec tous les graffitis », raconte Valérian Mazataud. Sur le terrain de basketball à côté, Dann Tavius Hickman, un Afro-Américain de 27 ans, faisait quelques paniers. Le photographe a couru pour éviter que la photo ne lui glisse entre les doigts. Il aura finalement été capable d’encapsuler dans une photo saisissante l’essence d’un Sud américain à la croisée des chemins. Valérian Mazataud Le Devoir
4 20 janvier | « C’est rare d’avoir quelque chose d’aussi frappant pour représenter la sécheresse », dit Valérian Mazataud. Cet océan de pierre craquelé est en fait un réservoir d’eau, le réservoir Nqweba, dans la région de Karoo, en Afrique du Sud. À sec depuis bientôt deux ans, il approvisionnait en eau potable les quelque 36 000 habitants de la ville de Graaff-Reinet. En parcourant ce désert à pied, on peut encore voir des poissons, morts bien sûr, coincés dans les crevasses. Plusieurs milliers ont déjà été ramassés, car ils dégageaient une odeur nauséabonde. L’accès à l’eau potable est encore plus difficile qu’à l’époque de l’apartheid, en Afrique du Sud, en raison d’une gestion des ressources défaillantes et d’une période de sécheresse historique. Valérian Mazataud Le Devoir
5 22 mai | Au plus fort de la crise sanitaire au printemps, un hôpital de campagne de la Croix-Rouge a vu le jour dans un aréna de LaSalle, à Montréal. « Je suivais une petite équipe médicale. En sortant d’une tente, je suis tombé sur cette scène, le genre de chose auquel tu ne t’attends pas du tout », commente Valérian Mazataud. Il immortalise ainsi Shirley Marie, une patiente venant de remporter son combat contre la COVID-19. Sa santé étant encore chancelante, une infirmière doit l’aider à se coiffer. Un « geste d’une grande douceur », qui tranche avec le décor et la gravité de la situation. Valérian Mazataud Le Devoir