Le Noël des travailleurs agricoles du Québec

Les agences de recrutement international de main-d’œuvre FERME et Arimé estiment qu’environ 5000 travailleurs étrangers œuvrant dans les secteurs agricoles (laitier, porcin, avicole, serres et emballage maraîcher) passeront cette année l’hiver au Québec.
Photo: Courtoisie Les agences de recrutement international de main-d’œuvre FERME et Arimé estiment qu’environ 5000 travailleurs étrangers œuvrant dans les secteurs agricoles (laitier, porcin, avicole, serres et emballage maraîcher) passeront cette année l’hiver au Québec.

Rassembler sa famille à l’occasion d’une vidéoconférence durant le temps des Fêtes, ce n’est pas une nouvelle tradition pour des milliers de travailleurs agricoles, COVID-19 ou pas.

Bien que la majorité des travailleurs accomplissent leur saison entre les mois de mai et la mi-décembre, d’autres côtoient le Noël blanc du Québec chaque année en vertu de contrats de 12 ou 48 mois consécutifs du Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET).

Les agences de recrutement international de main-d’œuvre FERME et Arimé estiment qu’environ 5000 travailleurs étrangers œuvrant dans les secteurs agricoles (laitier, porcin, avicole, serres et emballage maraîcher) passeront cette année l’hiver au Québec. Trois d’entre eux nous racontent comment ils vivront le temps des Fêtes cette année, à plus de 5500 kilomètres de leurs êtres chers.

Le cœur lourd

Parents de trois enfants de 6 à 17 ans, les Guatémaltèques Rosi Chajón et Rodolfo López auraient souhaité pouvoir rentrer chez eux pour passer les Fêtes avec leurs enfants autour d’un feu de camp. « La veille de Noël, les enfants s’amusent autour du feu après le repas et on allume ensemble des feux d’artifice en attendant minuit », raconte la mère de famille de 34 ans, sur un ton nostalgique.

Photo: Courtoisie Les Guatémaltèques Rosi Chajón et Rodolfo López

« Je devais rentrer à la maison en octobre dernier à la fin de mon contrat avec la ferme maraîchère où j’ai travaillé cette année, mais le patron de mon mari m’a offert un emploi dans son entreprise », explique la travailleuse originaire de Sacatepequez. Après avoir obtenu un nouveau permis, elle a commencé à travailler chez le producteur de miel à Saint-Benoît avec son mari, quelques semaines plus tard. « Nous nettoyons et nourrissons d’abord les animaux de la fermette chaque matin et ensuite, nous réalisons des tâches diverses liées aux abeilles autour de l’usine. »

Rosi est reconnaissante de cette occasion de travail, mais elle a le cœur lourd de rester loin de ses enfants pendant encore un an. « On prend des décisions difficiles afin de pouvoir leur offrir un meilleur avenir, car la situation économique au Guatemala est ardue », déplore-t-elle. Elle souligne que les enfants sont entre bonnes mains chez leur grand-mère, mais ils trouvent la situation difficile. « Mon fils cadet de 13 ans est le plus affecté, il a beaucoup pleuré lorsque je lui ai dit que je ne pouvais pas rentrer chez nous avant novembre 2021 », nous confie-t-elle.

Ensemble, mais loin de leurs enfants

« Avant d’amener ma femme travailler ici, on ne pouvait se voir que de temps à autre en raison de la pandémie », dit Rodolfo, originaire de Parramos, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de la capitale Guatemala. « Maintenant, on vit sous le même toit, on fait les courses, on travaille et on cuisine ensemble. Tout ce qui nous manque, ce sont nos enfants. »

Venu en tant que travailleur agricole au Canada pour la première fois en 2006, le père de famille a œuvré durant huit ans jusqu’à maintenant en signant des contrats de 12 ou 48 mois consécutifs, ce qui lui a permis d’être avec sa famille trois ou quatre semaines par année. « Comme nous avons maintenant des contrats à long terme tous les deux, nous explorons les possibilités qui s’offrent à nous afin de faire venir nos trois enfants du Guatemala », dit le père de famille, qui avoue son attachement à la ferme apicultrice où il travaille depuis deux ans.

« Le propriétaire de l’entreprise nous apprécie beaucoup et nous souhaitons pouvoir y rester pendant encore plusieurs années. On aimerait toutefois pouvoir obtenir la résidence pour toute notre famille. »

Rosi et Rodolfo passeront Noël ensemble dans le logement qu’ils occupent ensemble au sous-sol d’un bâtiment de la ferme. Ils partageront le traditionnel punch aux fruits chaud guatémaltèque et passeront un bon moment avec leurs enfants en ligne. « C’est tout ce que nous pouvons faire pour le moment », lâche-t-elle.

Un premier Noël blanc

Anibal Guitz en est quant à lui à sa cinquième saison en tant que travailleur agricole temporaire dans une entreprise maraîchère de Sainte-Clotilde-de-Châteauguay. Lorsqu’il est arrivé au Québec en juin dernier, le contremaître à l’emballage, originaire de Tecpán au Guatemala, prévoyait d’y rester six mois, comme chaque année, puis de rentrer ensuite retrouver sa femme Elvia.

Toutefois, la COVID-19 a modifié ses plans. La suspension temporaire des activités de l’agence de recrutement au Guatemala en raison de la pandémie a compliqué la réembauche des trois employés qui travaillent à la serre pendant l’hiver. Le patron a donc offert à trois des travailleurs déjà en poste, dont Anibal et son frère Noé, de prolonger leur contrat jusqu’en novembre 2021.

« C’est dur d’être loin de la famille aussi longtemps, surtout pour mon frère et pour mon collègue, qui ont des enfants », concède le jeune travailleur de 28 ans. Au total, ils auront travaillé trois saisons d’affilée. « Ce n’est pas facile, mais le besoin économique nous pousse à le faire. »

M. Guitz passera son premier Noël blanc cette année au Québec. Il nous dévoile le menu qui sera concocté chez les travailleurs pour le réveillon : punch aux fruits chaud et tamales guatémaltèques (papillotes de pâte de maïs farcie à la viande dans une feuille de bananier, cuite à la vapeur). « En vérité, c’est mon frère et mon ami qui prépareront les tamales. Moi, je leur passerai les ingrédients ! » rigole-t-il.

À minuit tapant, heure du Guatemala, Anibal prévoit de joindre sa femme et sa famille par vidéo. « Noël loin d’eux ne sera pas la même chose cette année, mais on sera heureux d’au moins pouvoir se voir. »

La fête des travailleurs annulée

« Depuis 2008, nous organisons un dîner du jour de l’An pour rassembler les travailleurs agricoles, mais en raison de la COVID-19, nous ne pourrons pas le faire cette année malheureusement », se désole Michel Pilon, coordonnateur du Réseau d’aide aux travailleurs et travailleuses migrants agricoles du Québec à Saint-Rémi, dans la Montérégie. Il souligne que chaque année, une cinquantaine de travailleurs assistaient aux dîners des Fêtes organisés à Saint-Rémi, à Valleyfield et à Saint-Eustache.

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