Piqûre de rappel pour l’Alberta, principale émettrice de GES

En Alberta, le pétrole demeure un secteur au pouvoir d’influence très important.
Photo: Dan Barnes Getty Images En Alberta, le pétrole demeure un secteur au pouvoir d’influence très important.

L’Alberta est la province qui émet le plus de gaz à effet de serre au pays. Si le Canada veut tenir ses promesses quant à l’Accord de Paris, signé il y a cinq ans, la province de l’Ouest devra sérieusement entamer sa transition énergétique. La volonté politique, ici, sera cruciale.

« L’effort national passe par les provinces, notamment l’Alberta », déclare Marc Lacrampe, consultant en ingénierie et en gestion des affaires à Calgary. Dans le cadre de l’Accord de Paris de 2015, le Canada a souscrit deux principaux engagements : atteindre une réduction de 30 % de ses émissions de gaz à effet de serre en 2030 et arriver à zéro émission nette en 2050.

Cependant, si le Canada s’est bel et bien engagé à réduire son impact environnemental, une dissonance demeure entre le discours national et la performance albertaine.

Selon le gouvernement fédéral, cette province a enregistré une hausse de 18 % de ses émissions de gaz à effet de serre, soit 232 millions de tonnes en 2005, puis 273 millions de tonnes en 2018.

L’Alberta a une place prépondérante dans les émissions de gaz nationales, avec une croissance élevée en comparaison des autres provinces. Rien d’étonnant quand la volonté politique pour entamer sa transition énergétique et diversifier son économie est absente.

Le pétrole, un secteur d’influence

En Alberta, le pétrole demeure un secteur au pouvoir d’influence très important. « Il représente 25 % du PIB de l’Alberta, soit environ 83 milliards de dollars », explique Marc Lacrampe.

Depuis les années 2000, le secteur pétrolier a connu une croissance régulière dans le marché de l’emploi. Sur une population d’environ 4,1 millions d’habitants, « cela représente une main-d’œuvre de près de 130 000 emplois en 2017. Ce secteur est très sensible à la fois sur les plans économique, environnemental (pour les émissions de l’Alberta) et politique, notamment pour les gouvernements provinciaux (Alberta et Saskatchewan) », résume le consultant.

 
L’Alberta a enregistré une hausse de ses émissions de gaz à effet de serre de 18% entre 2005 (232 millions de tonnes) et 2018 (273 millions de tonnes). Elle tient une place prépondérante dans les émissions nationales.

En effet, Jason Kenney, premier ministre de l’Alberta, mise en bonne partie sur l’investissement de l’argent du contribuable dans le projet Keystone XL (1,5 milliard) afin de préserver la confiance des gens qui l’ont élu. Le secteur pétrolier est un argument phare en période d’élection pour ceux qui y croient encore, et pour avoir bâti leur existence tout entière autour de ce secteur. 

Diversification et volonté politique

Pourtant, les grands investisseurs internationaux, comme BlackRock, le plus grand gestionnaire d’actifs au monde, The Hartford, l’entreprise d’assurance américaine, ou encore la banque centrale suédoise, se désengagent du pétrole albertain à cause de la conscience croissante pour l’impact environnemental.

Les conservateurs voient qu’ils ne pourront pas toujours faire l’impasse sur la transition énergétique. « C’est vrai, même chez Jason Kenney, il y a une sorte de double discours. La préoccupation environnementale, il la voit monter et sait qu’elle devient incontournable », analyse Frédéric Boily, professeur et spécialiste de la politique canadienne et québécoise au Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta.

Cependant, changer les mentalités d’un modèle économique sans volonté politique, « c’est comme vouloir détourner un pétrolier en mer : ça prend du temps à cause du poids gigantesque. Ici, le poids est politique et économique », note Marc Lacrampe.

Rappelons que l’Alberta et la Saskatchewan avaient mené une action à la Cour suprême afin de contester l’imposition de la taxe carbone par Ottawa. En février 2020, la Cour d’appel de l’Alberta avait même conclu que la mesure n’était pas constitutionnelle.

En attendant, le gouvernement de l’Alberta indique que la contribution totale du secteur pétrolier et gazier de la province représente 43 % des émissions de gaz à effet de serre de la province.

Une évolution économique douloureuse

Sur le plan économique, les dommages collatéraux sont déjà perceptibles. Des personnes se retrouvent au chômage, un passage difficile à contrôler et douloureux pour la population. Le 25 novembre, la compagnie Imperial Oil Ltd, basée à Calgary, a licencié environ 200 de ses 6000 employés au Canada.

Imperial est détenue à majorité par le géant américain de l’énergie ExxonMobil Corp, qui a déclaré en octobre réduire sa main-d’œuvre mondiale en supprimant 14 000 emplois.

Malgré des atouts sérieux et mal exploités dans les énergies renouvelables (éolien, solaire) ainsi que dans d’autres secteurs d’activité, comme l’intelligence artificielle ou encore la production de miel, la transition ne pourra se faire sans une volonté politique claire.

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