Guilbault déplore le traitement réservé à une adolescente

«Le travail d’enquête sur des crimes aussi odieux est complexe et délicat, c’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles nous avons lancé une vaste réflexion sur la réalité policière», ajoute le cabinet de la vice-première ministre.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Le travail d’enquête sur des crimes aussi odieux est complexe et délicat, c’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles nous avons lancé une vaste réflexion sur la réalité policière», ajoute le cabinet de la vice-première ministre.

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, trouve « déplorable » ce qui est arrivé à l’adolescente Érika Vincent, qui a dénoncé dans les pages du Devoir vendredi le traitement que lui a fait subir l’enquêteur de la Sûreté du Québec chargé de sa plainte pour agression sexuelle.

« Nous sommes très sensibles à l’accompagnement des victimes qui ont le courage de dénoncer », indique Amélie Paquet, attachée de presse de la ministre dans une réponse envoyée par courriel vendredi. Le cabinet de la ministre encourage la jeune femme à porter plainte en déontologie policière si elle se sent lésée. « Le travail d’enquête sur des crimes aussi odieux est complexe et délicat, c’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles nous avons lancé une vaste réflexion sur la réalité policière », ajoute le cabinet de la vice-première ministre.

De son côté, Alexandre Leduc, député de Québec solidaire, s’est dit « triste » pour ces femmes qui doivent « revivre une deuxième expérience traumatisante » lors du dépôt de leur plainte. « Je trouve ça inacceptable que l’on mette en doute les allégations des femmes », dit-il en entrevue au Devoir. « On ne ferait jamais ça, poser des questions comme ça, pour les autres types de crimes. »

Alexandre Leduc dit comprendre qu’il faut du temps pour « changer une culture institutionnelle », mais il estime qu’il est « minuit moins une » pour faire ces changements.

Il recommande davantage de formation pour les policiers et des sanctions pour ceux qui auraient de tels comportements. Il estime également qu’il serait temps de systématiser le fait de permettre aux victimes d’être accompagnées lors de leur déposition. « Peut-être même que certains agents de police qui sont moins diplomates — pour être poli — changeraient leur comportement s’il y avait un autre témoin devant eux », plaide M. Leduc.

« Clairement, il y a un manque de formation », réagit à son tour la députée Isabelle Melançon du Parti libéral.

Aucun élu du Parti québécois n’était pas disponible vendredi pour commenter le dossier.

Plainte non retenue par le DPCP

Le Devoir rapportait vendredi l’histoire d’Érika Vincent, 17 ans, qui aurait été victime d’une agression sexuelle au mois d’août, en banlieue de Québec. « [L’enquêteur] m’a demandé si je trouvais [mon agresseur] attirant, s’il pouvait être mon genre même s’il était plus vieux. Il m’a demandé si j’avais eu une éjaculation féminine, si j’avais eu du plaisir quand il me violait », dénonçait la jeune femme.

Sa plainte n’a pas été retenue par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), faute de preuve, rapportait la jeune femme. Et ce, même si elle avait passé un examen médico-légal à l’hôpital.

[L’enquêteur] m’a demandé si je trouvais [mon agresseur] attirant

 

Le DPCP a décliné la demande d’entrevue du Devoir vendredi, nous renvoyant à la directive qui encadre l’exercice du pouvoir discrétionnaire d’intenter ou non une poursuite. « Au surplus, si une demande de révision de la décision devait être adressée, ce dossier sera toujours actif et il ne serait pas indiqué de le commenter publiquement », répond la porte-parole Audrey Roy-Cloutier.

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