Le meurtre de Rosalie Gagnon était-il «un cas d’exception»?

 La mort de la petite Rosalie Gagnon avait ému tout le Québec en avril 2018.
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne  La mort de la petite Rosalie Gagnon avait ému tout le Québec en avril 2018.

Le cas d’Audrey Gagnon était une situation d’exception et doit être considéré comme telle, selon la directrice de la maison d’hébergement Marie-Rollet, qui craint que de nouvelles mesures de contrôle nuisent aux femmes victimes de violence.

« Si on impose des contrôles, nous déplacerons le problème », a déclaré vendredi Marie-Claude Langlais à la coroner Géhane Kamel, qui examinait cette semaine le fil des événements ayant conduit au meurtre de la petite Rosalie Gagnon.

Les refuges craignent qu’on les oblige à dénoncer le moindre écart de conduite de leurs résidentes à la Direction de la protection de la jeunesse. Pourquoi ? Parce que, durant les audiences de la coroner, les intervenantes de la Maison Marie-Rollet s’étaient fait reprocher de ne pas avoir avisé la DPJ de certains comportements inquiétants de la mère de Rosalie, Audrey.

En mars 2020, Audrey Gagnon a été condamnée à la prison à vie pour le meurtre de Rosalie, survenu cinq jours après son départ de la Maison Marie-Rollet. Le bureau de la coroner cherchait à voir quelles leçons tirer de cette tragédie et si certains signes avant-coureurs auraient dû être pris plus au sérieux. Son enquête a pris fin vendredi, après cinq jours d’audience.

Contrairement à Audrey Gagnon, la majorité des femmes qui résident à la Maison Marie-Rollet sont victimes de violence conjugale, a fait remarquer Marie-Claude Langlais dans son témoignage. « Les femmes viennent en hébergement pour échapper à des mesures de contrôle, a-t-elle dit. Elles auront peur de venir chez nous [si on en impose]. »

Ne pas laisser partir les enfants

Afin d’éviter que des drames comme le sien ne se reproduisent, Audrey Gagnon a suggéré quant à elle qu’on ne laisse plus « jamais » un enfant quitter un lieu d’hébergement quand il fait l’objet d’un signalement de la DPJ.

Par la voix de son avocat, Mme Gagnon a déclaré qu’il était « inconcevable » qu’on laisse partir une mère avec son enfant sans s’assurer qu’un lien a été fait avec la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ). Sur ce point, tout le monde semblait d’accord. La Maison Marie-Rollet s’est d’ailleurs imposé de nouvelles règles à cet égard depuis la mort de Rosalie.

Audrey Gagnon a également recommandé que la collaboration entre les organismes soit resserrée et encadrée par des protocoles, un autre principe qui semble faire l’unanimité.

Mais du principe à l’exécution, la route est parfois longue. Le problème perdure depuis des années, selon Louise Riendeau, du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violences conjugales. « Plusieurs » signalements transmis à la DPJ par les maisons « ne sont pas retenus », a-t-elle dit, en soulignant que ces relations étaient à « géométrie variable » d’une région à l’autre.

À la suite de la mort de Rosalie, le ministère s’est enquis des relations entre les maisons d’hébergement et la DPJ, a-t-elle noté. Dans la région de Québec, cela a donné lieu à des changements majeurs, mais dans d’autres régions, les choses ont peu avancé, a-t-elle ajouté.

Le réseau fortement ébranlé par le drame

Les audiences ont, à cet égard, montré l’ampleur du choc provoqué par la mort de Rosalie dans le milieu des services sociaux. Vendredi, le directeur de la protection de la jeunesse de Québec, Patrick Corriveau, a décrit une série de changements faits en réaction à la mort tragique de la petite fille.

Les liens entre les maisons pour femmes et l’organisation gouvernementale ont été resserrés, et la DPJ offre maintenait davantage de formation à son personnel. Surtout, la marche à suivre est beaucoup plus limpide quand un enfant manque à l’appel, a-t-il expliqué dans une présentation qui a semblé beaucoup impressionner la coroner Kamel.

Le drame semble avoir aussi ébranlé plusieurs professionnels, surtout à la Maison Marie-Rollet, où l’intervenante attitrée au dossier d’Audrey Gagnon a quitté son poste pour changer de métier et où la directrice de l’époque a réorienté sa carrière.

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