Meurtre de Rosalie Gagnon: sa mère dit avoir été forcée de quitter la Maison Marie-Rollet

La mort de la petite Rosalie Gagnon avait ému tout le Québec en avril 2018.
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne La mort de la petite Rosalie Gagnon avait ému tout le Québec en avril 2018.

Audrey Gagnon a livré jeudi un récit très différent de celui du personnel de la Maison Marie-Rollet sur les circonstances de son départ de la résidence et du soutien qu’elle y a reçu, quelques jours avant qu’elle tue son enfant.

La jeune mère, qui a témoigné depuis la prison de Joliette, a assuré qu’elle n’avait pas eu le choix de quitter la résidence le soir du 12 avril 2018. « Elles m’ont dit que j’allais devoir quitter avec ma fille », a-t-elle raconté lors des audiences du coroner sur le décès de la petite Rosalie.

Ces derniers jours, l’ancienne directrice du centre et une intervenante avaient affirmé que la décision du départ avait été prise d’un commun accord.

Mme Gagnon a aussi nié avoir menacé de mort l’une des intervenantes avant son départ, comme cette dernière l’avait rapporté dans son témoignage.

Quatre heures de marche sous la pluie

La jeune femme âgée de 25 ans a également soutenu que le personnel ne l’avait pas aidée à trouver un hébergement de remplacement ce soir-là. On lui aurait aussi refusé de l’aide quand elle a quitté vers 22 h. « Je leur ai demandé pour avoir un billet d’autobus parce que des fois, ils en donnaient et ils ont pas voulu », a-t-elle dit. « Je n’avais pas d’argent, juste ma carte de débit, alors j’ai décidé de marcher. »

Il lui a fallu marcher quatre heures sous la pluie avant d’arriver chez l’ami qui avait offert de l’héberger, a-t-elle affirmé. De son propre aveu, l’appartement en question était insalubre et inadéquat pour un enfant. La jeune femme qui a déjà vécu dans la rue a même comparé l’appartement à un « squat ».

L’ami en question est devenu rapidement son « copain », a-t-elle expliqué, mais il « n’aimait pas les enfants » et tolérait mal les pleurs de sa fille, lui criait après. La situation s’est détériorée et, le soir du 18 avril, Audrey Gagnon a assassiné son enfant à l’arme blanche.

« J’étais extrêmement dépressive, anxieuse et désespérée », a-t-elle dit à propos de son état d’esprit ce jour-là. « Tout allait mal et j’étais vraiment désespérée. Je savais plus quoi faire, j’étais très triste pour ma fille, je voyais qu’elle n’était pas bien, ça n’allait vraiment pas. »

Mensonges

Audrey Gagnon a par ailleurs confirmé qu’elle consommait du cannabis, tous les jours, à la fin de son passage à la Maison Marie-Rollet, ce que soupçonnait le personnel sans pouvoir le prouver.

Elle a aussi reconnu qu’elle s’était rendue un soir dans un dépanneur, alors que sa fille dormait seule dans la résidence, au-delà de la zone où elle pouvait l’entendre dans le moniteur.

La jeune femme a en outre reconnu avoir menti quand l’intervenante l’avait confrontée à ce sujet : « Je ne voulais pas qu’elle le dise à la DPJ, que je perde ma fille et qu’elle vive ce que j’ai vécu dans ma jeunesse. »

Audrey Gagnon a passé les six premières années de sa vie dans des familles d’accueil ; elle a confié avoir été agressée à cette époque. Suivie par un psychiatre depuis l’adolescence, elle avait reçu un diagnostic de trouble de personnalité limite (TPL) en plus d’un trouble de stress post-traumatique (TSPT).

Rappelons qu’en mars 2020, Audrey Gagnon a été condamnée à la prison à vie pour le meurtre de son enfant. Le bureau de la coroner cherche maintenant à voir quelles leçons tirer de cette tragédie et si certains signes avant-coureurs auraient dû être pris davantage au sérieux.

La maison Marie-Rollet et la DPJ se renvoient la balle

Jeudi après-midi, c’était au tour de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de se faire interroger sur son apparent manque de célérité dans le dossier.

Au lendemain de son expulsion de la Maison, le vendredi 13 avril, personne ne savait où se trouvaient Audrey Gagnon et sa fille, incluant la DPJ qui tentait en vain de la joindre.

La coroner s’est notamment montrée surprise que l’intervenante de la DPJ ait quitté pour la fin de semaine sans alerter son superviseur ou des policiers.

À plusieurs reprises, depuis le début des audiences, la coroner Géhane Kamel a rappelé aux intervenants qu’ils ne cherchaient pas seulement une jeune femme, mais aussi l’enfant qui se trouvait avec elle.

Le témoignage de l’intervenante de la DPJ a aussi mis en évidence le manque de communication entre l’organisme et la maison Marie-Rollet. Des tares qui, selon un rapport de 2019 de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse (CDPJ), ont fait en sorte que la petite Rosalie n’a pas été protégée comme elle aurait dû l’être.

En fin de journée, l’avocate de la maison Marie-Rollet a toutefois laissé entendre que l’intervenante de la DPJ avait sa part de responsabilités. « Êtes-vous consciente que les personnes qui ont un trouble de personnalité limite (TPL) ça peut être problématique ? », a-t-elle demandé. « En avez-vous informé l’intervenante [de la Maison Marie-Rollet] ? ».

Les audiences doivent se terminer vendredi avec les recommandations des uns et des autres, incluant Audrey Gagnon, sur les leçons à tirer de ce terrible drame.

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