Flot de visiteurs en zone orange à Saint-Sauveur

Alors que le Québec enregistre des records de nouvelles infections à la COVID-19 et que la plupart des bars et restaurants du sud du Québec ne peuvent plus accueillir de clients, les établissements de Saint-Sauveur surchauffent. Le maire de ce village des Laurentides, situé à 45 minutes de Montréal, exige des barrages policiers pour endiguer le flot de touristes des zones rouges.

En traversant la frontière invisible tracée par le gouvernement du Québec délimitant la zone d’alerte maximale vers le nord, le touriste d’un week-end n’est accueilli par aucun panneau particulier. En dépit des doléances d’un grand nombre de ses citoyens, la municipalité de Saint-Sauveur est la destination la plus accessible aux Montréalais qui ne peuvent réprimer leur envie de manger à l’intérieur au restaurant. Trop accessible, même, de l’avis de son maire.

« Je demande au gouvernement du Québec de légiférer, de nous aider, nous, Saint-Sauveur. Soit en instaurant des barrages, ou en permettant aux policiers de la Sûreté du Québec d’émettre des contraventions à ceux des zones rouges qui viennent dans nos restaurants », implore Jacques Gariépy, dans un entretien avec Le Devoir.

Samedi, sa ville à la frontière de la zone orange a une nouvelle fois été prise d’assaut par des touristes des zones rouges qui n’ont pas été freinés par le bilan des autorités de santé publique, selon lequel un sommet de 2031 infections a été ajouté aux statistiques québécoises, même si certains cas dataient du jour précédent. Dimanche, pas moins de 1691 nouveaux cas de COVID-19 avaient été déclarés dans la province en 24 heures.

Ici, c’est tout le temps plein. Les gens de l’extérieur portent en général leur masque. Je suis content qu’ils viennent encourager nos commerces.

 

« Si le gouvernement ne nous aide pas, ce n’est qu’une question de temps avant que tout soit fermé. Je trouve que c’est de la facilité, de dire on laisse aller Saint-Sauveur jusqu’à tant que ça devienne rouge », se désole le maire, selon qui la rue principale n’est fréquentée la fin de semaine « seulement que par les gens de zones rouges, de Montréal, Laval, etc. ». 

Lors du passage du Devoir, samedi soir, la quasi-totalité des établissements affichaient complet pour le souper. Certains restaurants, qui peuvent toujours asseoir jusqu’à six clients par table en zone orange, suggèrent de réserver jusqu’à trois semaines à l’avance. Faute d’avoir eu cette clairvoyance, une clientèle étonnamment nombreuse tentait sa chance en déambulant d’un restaurant à l’autre dans la soirée froide de décembre.

« On est tannés d’être enfermés tout le temps, ça fait un peu différent. C’est difficile, avec tout ça, depuis un bout de temps. J’aurais aimé manger en dedans, parce que ça fait longtemps qu’on n’a pas fait ça. Si ce n’est pas possible, on va prendre en take-out et manger à l’hôtel », expliquait Marco Langlois, refoulé au restaurant Au Charbon, complet pour la soirée. Il avait fait le voyage de Repentigny avec sa conjointe pour passer le week-end au pied des quelques pentes déjà ouvertes aux skieurs.

À force de persévérance, il était encore possible de trouver une table pour deux sans réservation, a constaté Le Devoir. À Saint-Sauveur, serveurs et préposés au bar s’entendent pour dire que l’achalandage est exceptionnel pour la saison. Au passage, un serveur avoue que sa clientèle régulière est « assez frustrée » de la foule de touristes de la zone rouge. « Je suis sûr qu’on va devoir fermer nous aussi si ça continue de même », conclut-il, lucide.

C’est de valeur, c’est nous qui allons payer pour ça. Bien vite, on ne pourra plus faire de ski, on ne pourra plus rien faire.

 

Les difficultés se sont poursuivies en soirée pour les clients les moins prévoyants qui désiraient boire un verre dans un lieu clos, surtout s’ils tenaient à le faire dans un environnement respectueux des consignes sanitaires. Devant la porte du bar Salazar, rue Principale à Saint-Sauveur, un employé a assuré qu’il veille à ce que le masque soit porté et qu’une distance entre les clients soit maintenue. Un bref coup d’œil à l’intérieur a permis de constater que sa mission était un échec. Seulement quelques centimètres séparaient les gens accoudés au bar, sans barrière de Plexiglas, alors que des clients éméchés se promenaient à leur guise sans masque dans le petit établissement.

« Ici, c’est tout le temps plein. Les gens de l’extérieur portent en général leur masque. Je suis content qu’ils viennent encourager nos commerces », soutient Jeffrey Guénette, rencontré à l’extérieur du débit de boissons. Il se dit surtout choqué que des résidents en zone orange, comme lui, ne peuvent visiter leur famille en zone rouge.

Au fil de la soirée, un certain chaos a entouré les établissements les plus populaires. Vers 20 h, l’entrée du resto-bar le Saint Sau a été obstruée par un groupe d’une vingtaine de personnes, dont plusieurs de la région de Montréal, séparé en sous-groupes de six pour feindre de respecter la consigne.

« Qu’est-ce qu’on fait de mal ? C’est ma fête, et j’ai perdu beaucoup d’argent en fermant mon entreprise en zone rouge », disait Guillaume Tardif, piqué au vif par des questions sur ses plans pour la soirée.

Une présence policière était bien visible tout au long de la nuit, samedi. La Sûreté du Québec n’avait toutefois aucune opération ou arrestation à déclarer, le lendemain.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir

Église et salles de sport remplies

Le dimanche matin, la rue Principale de Saint-Sauveur s’est réveillée de sa gueule de bois avec d’autres files d’attente, pour les restaurants de déjeuners cette fois. Le spa du Manoir Saint-Sauveur n’accepte toutefois plus les clients d’un jour, tout comme le Gym Saint-Sauveur, depuis au moins une semaine. « Nos clients à 20 $ pour un jour respectaient moins les règles que nos membres habituels », explique-t-on à l’accueil, d’un ton désolé.

Même la messe, permise en zone orange, a rempli l’église de Saint-Sauveur. Avec un banc condamné sur deux, pour permettre la distanciation physique, les derniers fidèles à entrer devaient écouter le sermon debout, tout à l’arrière. C’en était trop pour Louise Reyneart, intervenante sociale à la retraite, qui a jugé le risque trop élevé et a quitté le service religieux.

« On manque encore d’information. Il y a tellement eu d’ambiguïté du gouvernement à savoir ce qu’on a le droit de faire ou de ne pas faire », dit-elle, comprenant les résidents des zones rouges qui font le voyage déconseillé dans sa ville.

Les paroissiens rencontrés sur le parvis sont tous résidents des environs. Heureux de rester en zone orange, ils pestent contre les Montréalais qu’ils voient envahir leur rue Principale.

« C’est de valeur, c’est nous qui allons payer pour ça. Bien vite, on ne pourra plus faire de ski, on ne pourra plus rien faire », disait Mario Thibodeau. « Allez voir les centres d’achat, ça magasine, là ! Nous, les locaux, on ne sort plus », a ajouté son épouse, Chantal Côté.

Le bureau du ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a renvoyé les questions du Devoir au ministère, qui n’a pas répondu à temps pour la publication de cet article. Selon le site Internet du gouvernement du Québec, les déplacements à partir de la zone rouge sont non recommandés, mais pas interdits, vers les zones vertes, jaunes ou orange, tout comme à l’extérieur du Québec.

La courbe des cas refuse de fléchir

Le Québec a dépassé le plateau des 150 000 cas de COVID-19 depuis le début de la pandémie, avec 1691 nouveaux cas recensés dimanche dans la province. Si l’on se fie aux graphiques quotidiens de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), ce bilan se classe au deuxième rang parmi les plus fortes augmentations quotidiennes depuis l’arrivée du virus en sol québécois. L’INSPQ indique aussi que le nombre de cas actifs s’élève désormais à 14 323.
 

La province déplore également 24 décès, dont 10 survenus dans les dernières heures et 14 autres à une date antérieure. Le bilan des victimes s’établit à 7255. La situation s’est toutefois aggravée dans les hôpitaux. Les autorités rapportaient samedi 778 hospitalisations, soit 24 de plus que la veille. On comptait aussi 102 patients aux soins intensifs, soit 6 de plus que ce qui était rapporté vendredi. L’INSPQ fait aussi état de 1190 rétablissements récents, pour un total de 130 018. Les autorités affirment que 31 917 prélèvements et 32 002 analyses ont été réalisés vendredi.

La Presse canadienne


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11 commentaires
  • Joël Tremblay - Abonné 7 décembre 2020 03 h 08

    Nous devons tous et toutes être enfermé.e.s chez nous, avec un masque même chez-nous, une caméra branchée qui surveille chaque maison et chaque personne au pays

    C'est la seule façon, il faut instaurer un contrôle total sur chacune des actions de chaque personne au Québec.

    La seule raison légitime d,avoir une interaction sociale est pour aller travailler, mais seulement si c'est pour le gouvernement ou pour enrichir quelqu'un d'autre, si vous avez votre petite entreprise vous n'avez pas le droit d'ouvrir, mais votre loyer, vos assurances, votre permis d,alcool continue d'être exigé.e.s. C'est l'époque de la parfaite intégration.

    Nous réalisons finalement la destinée d'un vrai bon citoyen, sans artifices ou illusions sur une toute autre utilité de l'être humain que de faire fonctionner le système, d'en constituer un rouage. De savoir ce que nous méritons et de ne pas demander plus, de connaître notre place.

    Nous devrions nous réjouir d'enfin atteindre le dernier niveau de l'évolution humaine.

  • Caroline Deslauriers - Inscrite 7 décembre 2020 05 h 34

    Triste constat

    Je trouve assez triste cette absence de contrôle de soi et de sens des responsabilités de la part des gens qui ne peuvent s'empêcher de sortir au risque d'aggraver la contagion. Ca traduit une absence de vie intérieure et de culture, quand on a peu de ressource intellectuelle, on ne supporte pas un face-à-face avec son vide intérieur.

  • Claudia Chouinard - Inscrite 7 décembre 2020 06 h 42

    Il faut que le gouvernement agissent.

    Je vis dans cette belle MRC et oui effectivement c'est bondé de visiteur. C'est malheureux, car le gouvernement ne met pas ses culottes.
    Ils peuvent changer de zone pas interdit et pas recommander mais leurs restrictions a eux qui changent de zone sont aucunement respecter.
    Le gouvernemnt est-ils assez dupe de croire que les gens qui viennent louer des chalets dans notre région reste seulement aux chalet après leurs activités sportive. Et non, ils viennent faire les emplettes dans nos magasins, manger dans les restaurant et bar.
    Pourquoi le gouvernement n'agit pas avant qu'il soit trop tard. De plus avec leurs annulations des fête, ils viennent tous par ici louer des chalets, qui disont le peuvent accueillir bien des clients vue la capacité des chalets. Pensez-vous qu'ils vont respecter leur restriction une fois de plus alors qu'ils les respecte pas déjà.
    Il faut croire que le gouvernement regarde plutôt leurs images et le profits que la santé de nos citoyens de cette MRC. De plus c'est à la demande des maires de la région qui eux constat le problème. Les résident sont écoeurés de tout ca, faut-il manifestée pour ce faire comprendre.

  • Pierre Rousseau - Abonné 7 décembre 2020 07 h 56

    Trop tard ?

    Ici en Estrie quand nous étions en zone orange, nous avons connu le même assaut les weekends et nous avons finalement basculé en zone rouge après quelques semaines. Alors, la horde se déplace maintenant vers les Laurentides et le maire de Saint-Sauveur a des raisons de craindre que la même chose se produise chez lui.

    L'ineptie du gouvernement Legault pour protéger les zones oranges, jaunes ou vertes est incompréhensible, autrement que des velléités de ne pas indisposer ses électeurs car il aurai évidemment fallu isoler les zones rouges dès le début. Il ne l'a pas fait et il est maintenant trop tard. Le gouvernement Legault devra subir les conséquences de ses décisions, bonnes et mauvaises.

  • France Marcotte - Abonnée 7 décembre 2020 08 h 30

    Même la messe..

    «Même la messe, permise en zone orange, a rempli l’église de Saint-Sauveur....»