Plus de peur que de mal chez Ubisoft

Un camion blindé est visible près de l'entrée de l'immeuble abritant les locaux d'Ubisoft Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Un camion blindé est visible près de l'entrée de l'immeuble abritant les locaux d'Ubisoft Montréal.

Des employés d’Ubisoft et leurs proches ont eu toute une frousse vendredi. Le bureau montréalais de l’entreprise a été pris d’assaut par le Groupe tactique d’intervention du SPVM, appelé sur place pour une prise d’otage. Mais au terme de cette vaste opération policière, « aucune menace n’a été détectée » et tous les occupants ont été évacués, sains et saufs.  

Selon plusieurs médias, il s’agirait d’un malheureux canular. Une thèse que refuse toutefois de confirmer publiquement le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). L’enquête sur cet événement dont les images ont fait le tour du monde suit son cours, a-t-on simplement fait savoir.

« Mon copain est de retour à la maison », glisse au bout du fil Estelle Pelland, soulagée. Son conjoint, Serge Pothier, est à l’emploi d’Ubisoft comme coordonnateur. En ce « vendredi 13 digne de 2020 », il s’est retrouvé au cœur de l’action, bien malgré lui.

Un peu avant 14 h, un collègue en télétravail l’informe, lui et des collègues, qu’une opération policière se déroule près de leurs bureaux. Croyant qu’il s’agit d’une blague, personne ne réagit sur le coup. Mais rapidement, un autre employé les rejoint pour les presser de monter sur le toit et se mettre à l’abri.

Une fois sur le toit, certains consultent les nouvelles sur leur téléphone et parlent alors d’une possible prise d’otages. La tension monte d'un cran. « On a pris conscience de la menace », relate Serge. Si l’image d’un tireur dans l’édifice lui a traversé l’esprit, il confie n’avoir jamais eu peur pour sa vie.

Les employés sont restés là pendant plus de deux heures, avant d’être pris en charge par deux membres de l’équipe tactique. « Ils sont arrivés et nous ont demandé de mettre nos mains dans les airs ou sur notre tête », se remémore le jeune coordonnateur.

Ils ont été évacués par petits groupes de 25 personnes environ. Des autobus de la STM garés dans un stationnement de la rue Saint-Dominique ont été mis à leur disposition pour se réchauffer et reprendre leurs esprits. Les policiers, en quête d’indices, les ont questionnés. Les services d’intervenants psychosociaux leur ont aussi été offerts.  

Au terme de la journée, le directeur général d’Ubisoft Montréal, Christophe Derennes, s’est dit soulagé du dénouement des événements, saluant l’intervention « rapide, efficace et professionnelle » du SPVM. « Nous sommes de tout cœur avec nos collègues et amis qui étaient présents au studio. Ils sont tous sains et saufs, c’est l’essentiel. Ils ont été exemplaires dans une situation extrêmement difficile », a-t-il indiqué dans un communiqué.

Opération d’une rare ampleur

Les policiers ont commencé à prendre d’assaut le boulevard Saint-Laurent, à l’angle de la rue Saint-Viateur dans le quartier Mile-End, aux alentours de 14 h. Un pan important du quartier a été bouclé par les forces de l’ordre.

Pendant que des dizaines d’agents postés dans les rues avoisinantes gardaient les nombreux curieux à distance, des membres du Groupe tactique d’intervention du SPVM sont débarqués. Plusieurs ambulances ont aussi été dépêchées sur place.

Bianca Desjardins était aux premières loges quand les policiers sont arrivés sur les lieux. La jeune femme venait déposer son copain en voiture sur son lieu de travail, la pizzeria Saint-Viateur.

« Ils nous ont demandé d’évacuer ou de nous abriter dans le bâtiment le plus proche », a-t-elle raconté au Devoir. Les forces de l’ordre ont rapidement bouclé le secteur avec des rubans pour tenir les passants et les curieux à distance.

Martin Blais travaillait à la galerie familiale devant Ubisoft lorsqu’une policière armée est arrivée vers 13 h 30 pour lui dire de ne pas sortir et de verrouiller les portes. « Les policiers ont fait du porte-à-porte dans les commerces autour, visiblement, ils cherchaient quelqu’un », avait-il constaté.

Guillaume Laroche, lui, était en train de poser le tapis d’hiver dans l’entrée d’un immeuble voisin lorsque la policière, main sur son arme, lui a intimé de rester à l’intérieur et de se barricader. Il est monté sur le toit de son immeuble où il a vu défiler lui aussi les forces policières.

« Un de nos clients venait de sortir de la boutique lorsqu’on l’a vu revenir en courant pour nous dire qu’il y avait des policiers avec des armes. On ne comprenait pas trop ce qui se passait », témoignait de son côté Naomie Hadida, de la Lunetterie Voskins.

Nicolas Verge a une amie qui travaillait dans les bureaux d’Ubisoft au moment où une possible prise d’otage a été rapportée en début d’après-midi. Tout de suite, il a communiqué avec son amie, qui l’a rassurée. « Elle disait qu’elle était barricadée et qu’elle se sentait relativement en sécurité », a-t-elle raconté en entrevue.

« Sur les médias sociaux, on voit des affaires, des gens qui disent de ne pas écrire ou de ne pas téléphoner parce que ça peut faire sonner le téléphone. On imagine tous le pire. Mais elle nous a confirmé par la suite qu’elle était toujours en sécurité et que la police arrivait vers elle, ce qu’elle considérait être une bonne nouvelle. Elle a envoyé un emoji de prières, alors on comprenait que ce n’était pas encore terminé, mais qu’au moins, ce bout-là était fait. »

Avec Jessica Nadeau et Améli Pineda

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des personnes sont escortées par des agents du groupe d'intervention tactique à l'extérieur du périmètre bouclé par la police.