Histoires de familles confinées

Marianne Waltz (à gauche) vit avec son conjoint et ses deux enfants dans leur maison bigénérationnelle à Saint-Lucien, une municipalité d’environ 1800 âmes, à la campagne. On la voit ici en compagnie de sa mère et de sa fille.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Marianne Waltz (à gauche) vit avec son conjoint et ses deux enfants dans leur maison bigénérationnelle à Saint-Lucien, une municipalité d’environ 1800 âmes, à la campagne. On la voit ici en compagnie de sa mère et de sa fille.

Des dizaines de milliers de Québécois doivent chaque jour s’isoler à la maison, après avoir passé un test de dépistage de la COVID-19. L’attente du résultat peut être longue, inquiétante. Lorsque la COVID-19 se propage dans une famille, le confinement paraît interminable. Il devient cauchemardesque lorsque le test de dépistage se perd dans la machine. Le Devoir vous présente l'histoire de deux familles. 

Marianne Waltz

Tout a commencé le 14 octobre. Le fils de Marianne Waltz subit un test de dépistage à la COVID-19, parce qu’un élève de son groupe, en cinquième secondaire, est atteint de la maladie. Son diagnostic tombe. Il est positif. « C’est là que la valse des dépistages, du confinement et le branle-bas de combat a débuté », raconte sa mère.

Marianne Waltz est propriétaire d’un bistro végétarien et végétalien à Drummondville. Elle ferme immédiatement la cuisine de son restaurant, qui offre des plats pour emporter (la MRC de Drummond est alors en zone rouge).

Elle s’isole avec son conjoint et ses deux enfants dans leur maison bigénérationnelle à Saint-Lucien, une municipalité d’environ 1800 âmes, à la campagne. Sa mère de 68 ans reste dans ses quartiers. Fiston, lui, s’installe seul au sous-sol, ce qui fait plutôt son affaire.

« On est privilégiés parce que mon garçon n’a pas eu de symptômes graves, souligne Marianne Waltz. Seulement des maux de gorge et de tête, et la perte de l’odorat. »

Jusqu’ici, tout va bien. Enfin, pas tout à fait. L’entrepreneure s’inquiète de l’avenir de son bistro, qui devra demeurer fermé pendant l’isolement. « Mes employés ont perdu leur travail, dit-elle. Vont-ils rester ou pas ? J’ai décidé de continuer de payer une employée à temps plein. Je ne peux pas me permettre de la perdre. »

Le retour à la normale est prévu le 28 octobre. À condition qu’aucun autre membre de la famille ne contracte la COVID-19. Mauvaise nouvelle. Le 22 octobre, c’est au tour de la fille de Marianne Waltz d’apprendre qu’elle est atteinte de la maladie. « Elle a eu deux jours de mal de tête et de mal de gorge, mais pas trop intense », dit sa mère.

Il faut toutefois repartir à zéro le compteur de la quarantaine. Dix jours dans le sous-sol pour sa fille ; 14 jours d’isolement pour Marianne, sa mère et son conjoint, toujours négatifs selon le dernier test de dépistage.

Le temps est long. Mais la famille comprend bien l’importance de s’isoler. Marianne Waltz essaie de voir le côté positif de la situation. « Quand on lance une entreprise, on a zéro vacance, dit-elle. En ce moment, le corps peut se reposer. Mais ça continue de spinner dans la tête. »

On est privilégiés parce que mon garçon n’a pas eu de symptômes graves, seulement des maux de gorge et de tête, et la perte de l’odorat

Son garçon finit par retourner à l’école. Après le premier jour de classe, coup de théâtre. « Son groupe a été de nouveau retiré, dit Marianne Waltz. Un autre élève a reçu un résultat positif à la COVID-19. » La classe passe à l’enseignement virtuel pour les deux prochaines semaines.

Dernier rebondissement en date : le test de dépistage de Marianne Waltz, effectué jeudi, s’avère positif. « J’y goûte un peu plus que mes enfants, dit-elle, au bout du fil. C’est comme une grosse grippe. J’ai mal dans tous les muscles, les os. » À la tête et aux sinus, aussi. « C’est assez prenant », dit-elle.

Pour le moment, son conjoint et sa mère sont épargnés. « Je me suis isolée dans le chalet à côté de chez nous », dit-elle.

Malgré tout, Marianne Waltz garde espoir. Elle devrait pouvoir sortir de sa tanière dans une dizaine de jours. « C’est vraiment plate, mais au moins, je vais avoir une immunité pour trois mois. » Quant à son bistro, elle fera preuve d’imagination pour renflouer les coffres. « On va se réinventer, dit-elle. Mais on va avoir besoin de l’aide des deux paliers de gouvernement. »

Marie-Catherine Bouchard

Lorsqu’elle a subi son test de dépistage de la COVID-19 il y a dix jours, Marie-Catherine Bouchard était loin de se douter que ce simple prélèvement la plongerait dans une véritable saga.

Le 21 octobre, elle se présente à la clinique de dépistage ExpoCité, à Québec. Une amie, avec qui elle avait jasé pendant plus de 15 minutes (à distance, mais à moins de deux mètres), vient de l’informer de son diagnostic positif.

Son test effectué, Marie-Catherine Bouchard s’isole complètement de ses trois garçons et de son conjoint, dans un bureau et une chambre de la maison. Elle retire ses enfants de l’école, au cas où elle serait positive et asymptomatique. « Ils auraient pu y aller [selon les règles édictées par la Santé publique], dit-elle. Mais on n’a pas de cas dans notre école primaire. Je ne voulais pas prendre de chance. »

Télétravail, marche sur place pour se délier les jambes, repas en famille sur Facetime (maman dans le bureau, le reste de la tribu dans la salle à manger)… Marie-Catherine Bouchard attend. Aucun appel de la Santé publique.

Six jours après le dépistage, elle fait part de sa situation au Devoir à la suite d’un appel à tous sur la page Facebook du journal. Vérification faite auprès du CHU de Québec, qui procède aux analyses des tests, son prélèvement ne s’est jamais rendu au laboratoire…

Deux infirmières différentes m’ont appelée à plusieurs reprises et elles ne savaient pas que l’autre m’avait déjà appelée. Les gens travaillent en double.

 

Quatre autres personnes sont dans la même situation qu’elle, selon la Direction régionale de santé publique de la Capitale-Nationale. « Un phénomène singulier », écrit un porte-parole, qu’on ne s’explique pas, si ce n’est que « les opérations de la clinique de dépistage de Place Fleur-de-Lys étaient déménagées en bloc vers ExpoCité précisément ce matin-là ».

« Je ne suis pas fâchée, amère ou en colère, dit Marie-Catherine Bouchard. Je sais que ça peut arriver. » Elle est toutefois sidérée par les problèmes de communication entre les différents acteurs du réseau. « Deux infirmières différentes m’ont appelée à plusieurs reprises et elles ne savaient pas que l’autre m’avait déjà appelée, dit-elle. Les gens travaillent en double. » Un non-sens en temps de pandémie, ajoute-t-elle.

Lors de ses conversations avec les infirmières, Marie-Catherine Bouchard a appris que celles-ci n’avaient pas accès directement aux résultats des tests. « Le laboratoire doit basculer mon résultat dans le système dans lequel l’infirmière a accès ! Je n’en reviens pas. C’est l’équivalent du fax, mais du côté numérique. »

Marie-Catherine Bouchard a passé un deuxième de test de dépistage jeudi. Elle a reçu son résultat en 24 heures : négatif. « [Le même jour], j’ai aussi eu un échange avec une troisième infirmière qui pensait que mon isolement débutait hier », dit-elle.

La saga achève. Plus que deux jours d’isolement avant de retrouver sa vie d’antan.

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