Du Sénégal à Rimouski, d’un fleuve à l’autre

Chaque année le Cabaret de la diversité nomme un jeune ambassadeur du vivre-ensemble.
Photo: Mathieu Gosselin Chaque année le Cabaret de la diversité nomme un jeune ambassadeur du vivre-ensemble.

L’émotion du Rimouskois d’adoption Lenine Nankassa Boucal était palpable dans sa voix lorsqu’il a répondu à notre appel. Le lauréat 2020 au volet régional du prix Charles-Biddle partage avec nous le parcours qui l’a amené à adopter le Bas-Saint-Laurent comme son coin de pays depuis six ans.

Les pantalons retroussés aux mollets, les pieds dans l’eau, l’entrepreneur social d’origine sénégalaise adore se promener au bord du fleuve pour dénicher de belles roches en compagnie de sa fille. Le 21 octobre dernier, sa promenade fut davantage ensoleillée après qu’il eut été nommé lauréat 2020 du prestigieux prix Charles-Biddle, octroyé depuis dix ans par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) en collaboration avec l’organisme Culture pour tous afin de récompenser l’apport, l’implication, l’engagement et le rayonnement de personnes immigrantes dans leur communauté.

Photo: Michel Dompierre Lenine Nankassa Boucal

Instigateur du Mois de l’histoire des Noirs au Bas-Saint-Laurent et fondateur du Cabaret de la diversité à Rimouski, M. Boucal est au cœur de nombreux projets qui visent à favoriser l’effervescence culturelle et à promouvoir l’immigration en région, le vivre-ensemble et les rapprochements interculturels. « Au-delà de nos différences, le Cabaret de la diversité se veut une invitation à s’ouvrir à l’autre et à revenir à l’essence de nos êtres », souligne-t-il.

Ayant grandi dans des campements militaires au Sénégal, il dit avoir été un rassembleur depuis son jeune âge. « Je cognais à toutes les portes aux campements pour amasser des sous, car nous aimions faire des partys entre enfants et je voulais pouvoir acheter du jus et des friandises pour tous. »

Choisir d’y rester

À l’âge de 26 ans, il débarque au Québec en pleine tempête de neige. « Je n’oublierai jamais le 17 décembre 2007, car j’ai vécu un gros choc thermique ! » lance M. Boucal, qui a fait plusieurs arrêts à travers la province avant d’avoir le coup de foudre pour la ville de Rimouski et y déposer ses valises en 2014 grâce au réseau Place aux jeunes en région.

« Je suis né près du fleuve Casamance, au sud du Sénégal, donc le fleuve Saint-Laurent réveille en moi des souvenirs d’enfance ; il y a des choses qui s’oublient difficilement dans la vie. Le fleuve fait partie de mon identité ; alors pour moi, arriver ici ce fut comme rentrer à la maison », nous confie-t-il.

Michel Lagacé, président de la Table régionale des élus municipaux du Bas-Saint-Laurent et préfet de la MRC de Rivière-du-Loup, salue l’implication de M. Boucal au rayonnement du territoire de Rimouski-Neigette depuis son arrivée. « Sa nature optimiste, son goût intense du vivre-ensemble et sa préoccupation pour qu’on arrive à mieux définir la société qu’on souhaite pour les prochaines décennies en font sa marque de commerce. »

M. Lagacé souligne la volonté du ministère de l’Immigration de soutenir les MRC en région afin d’atteindre leurs objectifs d’immigration. « L’apport des communautés culturelles est primordial pour le développement de nos territoires », affirme-t-il.

Chaque année le Cabaret de la diversité nomme un jeune ambassadeur du vivre-ensemble. « Il est important de laisser derrière nous des enfants suffisamment sensibilisés à un monde d’amour et de tolérance. Quand ils nous demanderont ce que notre génération a fait pour aplanir les herbes de la leur, ou bien on va baisser la tête ou bien on va leur dire fièrement que, même si nous n’avons pas tout réussi, nous avons essayé », affirme M. Boucal.

L’arbre qui rassemble

Le Cabaret chapeaute une série d’activités qui promeuvent l’inclusivité et la pleine participation des nouveaux arrivants et des minorités ethnoculturelles dans la région de Rimouski-Neigette, dont l’Arbre à palabres, événement qui promeut la littérature francophone d’ici et d’ailleurs en collaboration avec le Salon du livre de Rimouski. « On ne peut pas demander aux Québécois de s’ouvrir aux autres cultures sans demander aux immigrants de s’intéresser à la culture québécoise. Il faut que les bottines suivent les babines ! » lance-t-il.

Robin Doucet, directeur général du Salon du livre de Rimouski depuis 25 ans et co-organisateur de l’Arbre à palabres, se souvient vivement de sa première rencontre avec le jeune Sénégalais. « Un heureux hasard a voulu que Nankassa et moi soyons associés ensemble au dîner de jumelage organisé par le réseau Place aux jeunes en région de Rimouski-Neigette afin d’intéresser les personnes immigrantes à venir s’y installer. »

Un échange qui mènerait à une collaboration depuis quatre ans. M. Doucet souligne en outre que c’est à partir de l’arrivée de l’Université de Québec, de l’Institut maritime du Québec et plus tard de l’Institut Maurice-Lamontagne que la ville de Rimouski a commencé à accueillir des gens venant d’autres horizons. « C’était un bonheur pour moi de les voir arriver pour enrichir notre région et notre culture. Jusqu’au début des années 1970, on ne demandait pas aux gens à Rimouski d’où ils venaient, car tout le monde venait d’ici ! »

M. Boucal tenait à prolonger son discours sur l’immigration et l’intégration en région à travers son premier film documentaire Autrement d’ici, réalisé en 2019. « On parle plus souvent des échecs de l’immigration en région, alors qu’il y a de très belles histoires à succès qui méritent d’être racontées pour inspirer les nouveaux arrivants et les institutions. »