L’immigration toujours plus acceptée par les Canadiens

La vision négative envers les réfugiés continue de s’estomper.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne La vision négative envers les réfugiés continue de s’estomper.

Les Canadiens se sentent à l’aise avec l’immigration « à des niveaux jamais enregistrés » en quarante ans, indique un récent rapport de l’institut Envrionics.

Le sondage effectué début septembre auprès de 2000 Canadiens révèle que 27 % des citoyens considèrent qu’il y a trop d’immigration au Canada, une statistique en baisse de 7 points de pourcentage depuis l’an dernier.

Pas moins de 84 % des Canadiens s’accordent aussi pour dire que l’immigration contribue à l’économie, un sommet jamais égalé dans l’histoire de l’Institut Environics. Dans la même veine, le nombre de Canadiens qui croient qu’« il y a trop d’immigrants qui viennent dans ce pays qui n’adoptent pas les valeurs canadiennes » descend sous la barre des 50 %, une première en quarante ans de sondage.

Andrew Parkin, le directeur de l’organisme sans but lucratif derrière ce coup de sonde, explique cette progression par « des tendances qui sont en place depuis plusieurs années maintenant ».

« On pensait peut-être qu’après l’arrivée de Donald Trump au Sud, il y aurait un effet, mais non. On pensait pendant la période des dernières élections, avec le nouveau parti de M. Bernier, peut-être qu’on va voir un renversement de la tendance, mais non. Finalement, peut-être qu’avec la pandémie et surtout la crise économique qu’elle a apportée, ça va arrêter. Eh bien non ! Pour être honnête, on a été surpris. Mais, à un moment donné, il faut penser que peut-être ces opinions sont vraiment ancrées dans la population. »

La vision négative envers les réfugiés continue également de s’estomper. Il y a trente ans, trois quarts des Canadiens considéraient les demandeurs d’asile comme illégitimes. Aujourd’hui, ils ne sont plus qu’un tiers à affirmer que « les réfugiés ne sont pas de véritables réfugiés ».

Luc Turgeon, professeur spécialisé dans l’analyse de l’opinion publique envers l’immigration, ne se surprend pas de ces données, lui qui parle « d’exceptionnalisme canadien ».

« Le multiculturalisme est devenu un élément fondateur de l’identité canadienne », rappelle ce professeur à l’Université d’Ottawa. Puis, « la réalité, c’est que le discours autour de l’immigration au Canada est axé sur l’apport économique au Canada des immigrants. Le discours des élites […] a des effets positifs en termes d’opinion publique. Il n’y a pas le discours qu’on trouve dans certains pays européens qui veut que les immigrants soient un fardeau sur les dépenses publiques. »

Les problèmes des pénuries de main-d’œuvre ou les histoires d’immigrants qui travaillent dans les CHSLD, par exemple « contribuent à mettre un visage sur ces personnes-là et à mettre en lumière l’apport des ces gens-là dans la société », selon lui.

« La moyenne suit le Québec »

Andrew Parkin admet que, dans le reste du Canada, il y a une « impression que le Québec a un problème avec ses immigrants ». Or, « quand on pose ces questions, de façon générale, on voit que ce n’est pas ça du tout ».

« Peut-être que ce n’est pas surprenant pour les Québécois. Je vous laisse vous prononcer. Mais je peux dire que peut-être que les Canadiens hors du Québec seraient surpris d’apprendre ça. »

Selon lui, « le Québec suit la moyenne, ou plutôt, la moyenne suit le Québec ».

« On surestime les différences entre le Québec et le Canada », confirme Luc Turgeon.

« Le discours d’immigration au Québec a un caractère tout autant axé sur l’économie qu’il peut l’être dans le reste du Canada », explique-t-il.

Qui plus est, selon cette enquête menée en collaboration avec l’Université d’Ottawa, la tendance à l’ouverture se constate dans tous les segments de la population canadienne, peu importe la province, le territoire, la classe sociale ou l’affiliation politique. Les personnes davantage réfractaires à l’immigration se situent davantage en Alberta, parmi les populations plus pauvres et chez les sympathisants conservateurs.

« Très peu de Canadiens trouvent que leur principale préoccupation, c’est l’immigration, le système d’immigration ou l’intégrité du système », évalue Andrew Parkin.