Enquête sur le suicide: beaucoup de consultations, peu de communications

L’histoire de Suzie Aubé fait partie des cinq cas que la coroner a choisi d’étudier dans le cadre d’une enquête thématique sur les suicides entamée en décembre 2019.
Photo: iStock L’histoire de Suzie Aubé fait partie des cinq cas que la coroner a choisi d’étudier dans le cadre d’une enquête thématique sur les suicides entamée en décembre 2019.

Dans les années précédant sa mort, Suzie Aubé a été hospitalisée d’urgence à plusieurs reprises, sans que sa médecin de famille en soit avisée, révèlent les travaux de la coroner sur le suicide de la femme de 55 ans.

À la fin de l’année 2017, Mme Aubé a été transportée d’urgence à l’Hôpital quatre fois en deux mois pour des intoxications liées à l’abus d’alcool, l’automutilation et des penchants suicidaires. Or la médecin de famille qui la suivait n’a été avisée que d’un seul évènement et ce, parce que la patiente le lui a dit.

Le Dr Potvin a livré un compte rendu assez précis des nombreux rendez-vous avec sa patiente, mardi, lors des audiences du coroner. Mais elle dut reconnaître qu’elle n’avait pas toute l’information sur l’historique de sa patiente avec d’autres professionnels de la santé, notamment les nombreux psychiatres qui l’avaient évaluée.

« Parfois on reçoit les infos, parfois il y a des hospitalisations (et) on ne les reçoit pas », a répondu le Dr Potvin, lors de son témoignage devant la Coroner Andrée Kronström.

Rappelons que Suzie Aubé s’est enlevée la vie le 18 janvier 2019 après avoir obtenu son congé de l’Institut universitaire en santé mentale de Québec (IUSMQ). En étudiant son cas, la coroner cherche à voir si des personnes comme elles pourraient être mieux soutenues afin de prévenir des décès.

Manque de communication entre régions

Le manque de communication était d’autant plus limité dans ce dossier que Mme Aubé s’est déplacée d’une région à l’autre, passant du Saguenay à Québec.

Lors d’un autre témoignage devant la coroner, l’infirmière responsable du guichet d’accès en santé mentale de Québec a affirmé qu’elle non plus, n’avait pas accès à toutes les évaluations dont la patiente avait fait l’objet.

L’infirmière Frédérique Brousseau a toutefois avancé que le système s’était beaucoup amélioré depuis deux ans à Québec avec la centralisation du guichet des CSLS vers IUSMQ.

Après le déménagement de Mme Aubé, la responsable du guichet avait reçu une demande de sa médecin de famille pour qu’elle soit référée à un psychiatre. Or elle a plutôt référé Mme Aubé à un service d’aide aux personnes ayant des troubles de personnalité limite, ainsi qu’à un centre pour traiter son problème d’alcoolisme.

Lorsque la procureure Marie Cossette lui a demandé pourquoi elle n’avait pas suivi les instructions de la médecin en la référant à un psychiatre, elle a rétorqué que la demande n’était « pas claire ». Elle a ensuite ajouté qu’il lui fallait faire un « tri » parce que parfois, « dès que la personne ne va pas bien, on l’envoie au psychiatre », ce qui « engorge beaucoup le système ».

Paradoxalement, Mme Aubé a finalement été vue par un psychiatre peu de temps après puisqu’elle a été de nouveau été hospitalisée d’urgence à Québec et cette fois transférée à IUSMQ.

Diagnostic ambigu

Les échanges ont aussi permis d’apprendre que Mme Aubé n’avait jamais eu un diagnostic clair pour ce qui présentait les signes d’un trouble de personnalité limite. Selon le décompte fait par sa sœur, elle a été vue par neuf psychiatres différents au fil des années, notamment lors de ses nombreuses hospitalisations. Or elle n’a jamais été suivie par l’un d’eux.

L’histoire de Suzie Aubé fait partie des cinq cas que la coroner a choisi d’étudier dans le cadre d’une enquête thématique sur les suicides entamée en décembre 2019.

L’enquête avait débuté en décembre avec les audiences sur les décès de Jocelyne Lamothe, de Mikhaël Ryan et de Marc Boudreau. Après celui de Suzie Aubé, la coroner étudiera les décès de Jean-François Lussier et Dave Murray. Tous avaient de lourds problèmes de santé mentale.

Besoin d’aide? N’hésitez pas à appeler la Ligne québécoise de prévention du suicide : 1 866 APPELLE (1 866 277-3553)

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