«Justice pour Joyce»: des manifestants se rassemblent devant l’hôpital de Joliette

Présente lors du rassemblent: Michèle Audette, qui a été commissaire à l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Présente lors du rassemblent: Michèle Audette, qui a été commissaire à l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

« Justice pour Joyce. » Entonnant ce slogan à répétition, des centaines de personnes se sont rassemblées mardi soir devant l’hôpital de Joliette afin de rendre hommage à Joyce Echaquan, la femme autochtone qui est morte lundi dans des circonstances troubles alors qu’elle était hospitalisée.

Les manifestants, très majoritairement des Attikameks, ont fait valoir que ce décès confirme que du racisme systémique existe bel et bien dans les institutions québécoises.

Encore récemment, le premier ministre François Legault « refusait de reconnaître l’existence du racisme systémique au Québec, a déclaré Paul-Émile Ottawa, le chef des Attikameks de Manawan. Il a une preuve concrète sous ses yeux ! »

Plus tôt en après-midi, les membres de communauté endeuillée commençaient déjà à se rassembler devant le Centre d’amitié autochtone de Lanaudière, tout près de l’hôpital de Joliette. Autour d’une table à pique-nique se trouvait la famille de Joyce Echaquan, qui avait fait la route depuis Manawan.

Le mari de la défunte, Carol Dubé, était sous le choc et ne voulait pas trop commenter la situation. « Plus tard, après le rapport du coroner », a-t-il simplement répondu. Des enfants tenaient auprès de lui une pancarte où on pouvait lire : « Justice pour maman ».

En début d’après-midi, le premier ministre du Québec, François Legault, annonçait qu’une infirmière ayant tenu des propos dénigrants et dégradants envers Mme Echaquan avait été congédiée. Il a par ailleurs qualifié ses propos de « totalement inacceptables » et confirmé que deux enquêtes sont en cours : celle du coroner, et une autre menée par le CIUSSS de Lanaudière. Avant son décès, Mme Echaquan s’est filmée sur sa civière et a diffusé la vidéo en direct sur Facebook. Sur les images, on la voit haleter et hurler, dans une grande agitation. Vers la fin de la vidéo d’environ sept minutes, on peut voir des membres du personnel hospitalier entrer dans sa chambre. On les entend ensuite l’insulter. Mme Echaquan est morte dans les heures qui ont suivi.

« Elle demandait de l’aide, elle réclamait qu’on aille la voir, témoigne son cousin, Réginald Echaquan. Parce qu’apparemment, on l’avait beaucoup médicamentée, et elle était inquiète de ses doses. Elle criait, elle criait pour réclamer de l’aide. »

M. Echaquan raconte aussi que, peu après l’épisode partagé en direct par sa cousine, l’une de ses filles est arrivée auprès d’elle. La fille a touché sa mère et a constaté qu’elle était froide et qu’elle commençait à avoir les lèvres bleues.

« L’infirmière est rentrée et n’a pas vérifié les signes vitaux, poursuit M. Echaquan. Elle a simplement dit à la jeune fille : “Ah, c’est normal qu’elle dorme parce qu’on lui a donné des médicaments”. Si elle avait vérifié, je crois que ça aurait pu donner quelque chose. »

En marge de la manifestation, plusieurs Attikameks font part de problèmes récurrents rencontrés par leur communauté à l’hôpital de Joliette.

« On a toujours eu de la misère avec l’hôpital de Joliette, dit M. Echaquan. Beaucoup de familles ont eu des histoires. Il y a déjà eu des plaintes, mais ce n’a jamais abouti nulle part. Ça n’a jamais été considéré. […] J’espère que ça va aboutir à quelque chose de bien, pour tout le monde, pas juste les Autochtones. »

Dans une déclaration écrite transmise aux médias, le CIUSSS de Lanaudière indique que « si ce qui nous a été rapporté est vrai, c’est inacceptable ». « Nous prendrons les mesures nécessaires, suivant les résultats de l’enquête », ajoutait-on.

Dans les rues de Joliette, la jeune Glena Flammand, âgée de 13 ans et habitant à Saint-Charles-Borromée, espère que les choses changent après la mort de sa cousine Joyce Echaquan. « On est des êtres humains comme tout le monde, on ne devrait pas se faire traiter différemment », dit-elle, en tenant son longboard sous le bras.

Avec La Presse canadienne