Des citoyens devenus complices de la COVID-19

À Montréal, dans un cas d’infection sur cinq, la source de transmission demeure inconnue. 
Photo: Getty Images À Montréal, dans un cas d’infection sur cinq, la source de transmission demeure inconnue. 

La Direction régionale de santé publique (DSP) de Montréal peine à suivre le rythme de la contagion dans la métropole, où le nombre de contacts pour chaque cas positif a explosé. En sus, 20 % de ces contacts refusent de collaborer pour freiner la transmission. Bilan : la source d’un cas d’infection sur cinq demeure inconnue.

Tel est le portrait qui émane des entrevues réalisées par Le Devoir sur l’engorgement des derniers jours à Montréal dans la recherche des cas de COVID-19 menée par la DSP. Un engorgement à l’origine de l’ajout soudain de 222 nouveaux cas jeudi, venus grossir le bilan quotidien régional de 97 cas.

En matinée, la directrice de la santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin, a révélé que ces 222 nouveaux cas survenus en quatre jours avaient nécessité de retrouver pas moins de 1200 contacts. Une tâche gigantesque imputable au fait que chaque cas d’infection dans la métropole est lié actuellement à environ 80 contacts, comparativement à 10 au début de l’été, selon la DSP.

« Plus de 1200 contacts se sont ajoutés ces derniers jours. La saisie de ces informations a amené son lot de travail », a indiqué la Dre Drouin, pour justifier ce sursaut dans les données quotidiennes.

Autre problème, 20 % des « contacts » liés à chaque cas positif refusent de collaborer adéquatement aux enquêtes, selon la Dre Sarah-Amélie Mercure, cheffe médicale par intérim du secteur Prévention et contrôle des maladies infectieuses à la DSP de Montréal, chargée de superviser le travail des enquêteurs de la Santé publique.

« Soit ils ne répondent pas au téléphone, soit ils refusent de collaborer, de nommer tous leurs contacts. On doit leur expliquer qu’on n’est pas là pour punir les gens, mais pour stopper la chaîne de transmission », déplore-t-elle.

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L’augmentation des contacts par cas s’explique par la multiplication des activités et des événements quotidiens auxquels ont participé depuis l’été les personnes déclarées positives ces derniers jours.

Dans certains cas, ajoute la Dre Mercure, ces personnes ignorent même le nom des gens avec lesquels ils ont participé à une fête privée.

« Ils ne connaissent pas tout le monde, parfois juste un prénom. On doit trouver le nom de la personne qui a organisé la fête pour établir les contacts étroits potentiels », dit-elle. Un écueil de taille, qui prolonge de plusieurs jours le délai durant lequel des personnes potentiellement infectées et à risque de transmettre le virus ne sont pas isolées.

Infections de source inconnue

Un employé affecté aux enquêtes, qui a demandé l’anonymat, affirme que certaines personnes contactées évitent carrément de nommer la source probable de leur infection, de crainte d’obliger leurs proches ou leurs amis à s’astreindre aux 14 jours d’isolement.

Ce faisant, à Montréal, dans un cas d’infection sur cinq, la source de transmission demeure inconnue. « Dans 20 % des cas, on n’arrive pas à identifier la source. Si on compare au printemps, ça a augmenté. Actuellement, à Montréal, ce n’est pas négligeable », confirme la Dre Mercure.

« Les gens doivent comprendre qu’on ne place pas n’importe qui en isolement ! Il faut que ce soit un contact étroit, de plus de 15 minutes, à moins de deux mètres », souligne-t-elle.

« On a des cas qui reviennent infectés de vacances [au Québec]. Ils ont fréquenté plusieurs restaurants et commerces, ont vu plein d’amis. Ils sont de toute évidence plus décontractés. Certains n’ont même aucune idée d’où ils l’ont contractée [la COVID-19] », explique l’enquêteur anonyme joint par Le Devoir. « Des fois, on se demande si les gens ne mentent pas carrément », dit-il.

Autant de facteurs qui nuisent à la capacité de la DSP à suivre le rythme de la contagion.

Une cinquantaine d’enquêteurs en formation viendront s’ajouter la semaine prochaine à l’équipe actuelle de 180 enquêteurs (dont plusieurs travaillent à temps partiel), a indiqué jeudi la Dre Mylène Drouin. Seulement une trentaine d’entre eux travaille pour un seul quart de travail, comparativement à 30 pour deux quarts de travail le printemps dernier.

« On a moins d’enquêteurs qu’au printemps, car plusieurs employés ont dû retourner à leurs occupations régulières et plusieurs autres venaient de la liste du site JeContribue », explique Sarah-Amélie Mercure.

En raison de l’explosion du nombre de contacts, le temps nécessaire pour réaliser les enquêtes téléphoniques auprès des cas positifs a aussi bondi depuis le printemps, passant de 45 minutes à environ 1 h 30 à 2 heures pour chaque cas, ajoute-t-elle. « Les enquêteurs ne peuvent pas en faire plus de trois par jour », explique-t-elle.

Pour accélérer le traitement des dossiers, la DSP a recours depuis peu à des centres d’appels privés qui effectuent un premier contact téléphonique auprès des personnes ayant reçu un test positif. Une façon de faire qui a permis de gagner du temps, estime la cheffe médicale de la prévention et du contrôle des maladies infectieuses.

« Les centres d’appels contactent les cas positifs et regroupent les informations de base pour remplir le questionnaire en 45 minutes et faire un premier tour des contacts. Ça nous aide. Nous, on rappelle ensuite pour vérifier s’il s’agit réellement de contacts étroits sur le plan clinique », explique la Dre Mercure.

Seuls les enquêteurs de la DSP déterminent les contacts considérés comme à risque et le suivi à leur accorder.

Toutefois, la DSP continue de subir les contrecoups des retards dans l’informatisation de ces processus. Si les questionnaires ont été informatisés, les résultats de laboratoire sont toujours acheminés par télécopieur à la DSP, et ce, six mois après le début de la pandémie.

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5 commentaires
  • Robert Monaco - Abonné 18 septembre 2020 13 h 03

    Legault

    Legault et le gouvernement se cherchent des coupables pour une possible deuxième vague puisque le système de santé est encore plus mal en point qu'en mars.

    • Marcel Vachon - Abonné 18 septembre 2020 14 h 56

      Cher Robert, les coupables, c'est nous.

    • Jean-François Trottier - Abonné 19 septembre 2020 10 h 11

      Vous vous trompez, M. Monaco.

      Si Legault cherchait des coupables, ceux-ci sont tout désignés :
      - Les gouvernements successifs précédents depuis 17 ans. Oui, les Libéraux, de Couillard à Barrette et de Charest à Couillard. Des fous dangereux qui ont voulu industrialiser la santé!
      - Le gouvernement fédéral qui aux dernières négociations a réduit sa part dans la Santé, tout en exigeant que toutes les provinces aient ses buts à lui, et non les leurs. Par exemple, il a obligé Qébec a réduire son budget pour les aînés. Oui, les Libéraux.
      Toujours les Libéraux. Les "meilleurs" pour organiser une élection. les machines les mieux huilées possible, les champions de la vente de char usagé, les rois pour attiser les tensions linguistiques en rendant les anglos (comprendre : les Rhodésiens) complètement paranos.

      Legault est obligé de patcher, comme il le fait depuis qu'il a le dossier de la santé en main. C'est à l'intérieur que le système de santé doit être revu, en priorisant le "plancher" au détriment, pour le moment, des administrateurs qui pour beaucoup ne font que perpétuer un système encrassé, dont la structure trop pyramidale doit être revue.
      Mais pour ce faire, il faudra redonner des pouvoirs aux régions... C'est un peu ce que fait Legault en responsabilisant les directeurs. Faudra aussi leur donner des moyens, et certainement en foutre plusieurs à la porte pour incompétence crasse.

      En attendant, nous vivons encore les suites du régime à Couillard-Barrette. Ça fait suer.

  • Sylvain Fortin - Abonné 18 septembre 2020 18 h 33

    Depuis le début le menteur à Legault ne contrôle rien. Combien de fois il s'est fâché pour le manque de personnel dans les CHSLD qu'il ne trouvait nul part, les râtés du dépistage, le manque de matériel, etc...Il a cherché des coupables partout parce que le monarque Legault ne peut être tenu responsable de rien. Si vous ne savez pas ça vous ne savez rien. Son électorat c'est les gens de son âge qui se laisse endormir pas mal facilement par un tel menteur et manipulateur.

    • Jean-François Trottier - Abonné 19 septembre 2020 10 h 29

      Monsieur Fortin, s'il y a bien quelque chose que le gouvernrment Legault na pas fait, c'est hausser le ton.
      Au contraire, rarement vu des politiciens parler aussi calmement quand on les compare à ce qu'on voit depuis très longtemps ici, ou un peu partout dans le monde.
      Il n'a pas cherché de coupables, contrairement à vous. Plein de gens le font, pas Legault.

      Et les "gens de son âge" ont connu Gérin-Lajoie, Lévesque, Kierans, Parizeau, l'arrogant et snob Trudeau, le PCCML et autres clowns-marxistes à la QS, Ryan et autres. Ils sont très difficiles à tromper, contrairement aux nouvelles générations auxquelles il suffit de crier des slogans pour les voir s'agiter et répandre des mensonges plutôt grossiers sur le dos des plus âgés, parce que vous faites de l'âgisme au cas où vous n'auriez pas remarqué.

      Si vous regardez un minimum, les porte-parole de QS se la sont fermée bien dur pendant des mois, tout simplement parce qu'ils approuvaient ce que faisait Legault. Maintenant que le Parti exige qu'ils prennent des positions dures, ben, ils vont le faire : ils ne sont pas responsables, eux, ce sont seulement des "porte-parole"! La structure de ce parti est malade depuis sa création, tout simplement. Les incompétents qui crient fort et accusent à tout vent, comme vous avec les "vieux", gagnent à toiut coup.

      Sortez de vos gros préjugés basés sur des âneries répétées dans un porte-voix, et réfléchissez un minimum.

      C'est vous qui ne savez rien de rien.