Martin Coiteux n’avait plus confiance en l’ex-numéro 2 de l'UPAC

L’ancien ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux (à droite), a témoigné, mardi, au procès de l’ex-numéro 2 de l’UPAC, Marcel Forget. Ce dernier réclame à Québec 2 millions de dollars pour «congédiement déguisé».
Photo: Adil Boukind Le Devoir L’ancien ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux (à droite), a témoigné, mardi, au procès de l’ex-numéro 2 de l’UPAC, Marcel Forget. Ce dernier réclame à Québec 2 millions de dollars pour «congédiement déguisé».

L’ex-numéro 2 de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) n’a jamais été congédié, martèle l’ancien ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux. Même s’il n’avait plus confiance en Marcel Forget, l’ancien député libéral assure que le haut gradé n’a pas été « sacrifié », comme il le prétend.

« La fin d’emploi, c’est M. Forget qui l’a décidée. C’est lui qui a démissionné. C’est vrai que je l’ai invité à réfléchir parce qu’il y avait des éléments qui mettaient en doute la qualité du jugement d’une personne qui occupe le poste qu’il occupait », a souligné l’ancien ministre dans un témoignage qui s’est déroulé sous haute tension mardi.

L’automne 2017 a été décrit comme une période « intense » par M. Coiteux. Les nombreuses révélations du Journal de Montréal concernant le haut gradé Marcel Forget, notamment au sujet de ventes d’actions sans permis de courtier dans les années 1990 et 2000 ainsi que de l’investissement dans un projet de « condos-bureaux », le préoccupaient grandement.

Un article publié le 30 novembre 2017 a été « la goutte qui a fait déborder le vase », a expliqué M. Coiteux, qui est désormais économiste en chef à la Caisse de dépôt et placement du Québec. « Ce n’était pas une question d’embarras, mais une question de lien de confiance. J’étais ministre de la Sécurité publique, les allégations à l’égard de M. Forget étaient sérieuses et je n’étais pas capable de le défendre publiquement, il n’était plus l’homme de la situation », a-t-il raconté.

Dans les semaines précédant sa démission, des policiers et d’ex-policiers avaient aussi affirmé au quotidien montréalais avoir investi, grâce à M. Forget, dans la firme Newtech, qui a été mise à l’amende dans la foulée d’une enquête de l’Autorité des marchés financiers (AMF).

La fin d’emploi, c’est M. Forget qui l’a décidée. C’est lui qui a démissionné.

 

L’ancien ministre a pris la peine de souligner que M. Forget n’a jamais nié « l’existence des faits, mais plutôt l’interprétation qui en a été faite ». Il a confirmé que, lors d’une mêlée de presse avec des journalistes, il a invité M. Forget à réfléchir à son avenir. Il aurait par la suite été informé que M. Forget avait pris la décision de démissionner.« Si j’avais été dans la même situation, j’aurais démissionné aussi », a-t-il ajouté.

S’il n’avait pas quitté son poste, M. Forget aurait été destitué, a convenu M. Coiteux.« La fonction qu’il occupait était très importante. Il était l’un des plus hauts gradés de l’unité chargée des enquêtes en matière de corruption. La barre est très haute », a-t-il insisté.

Pour une question d’horaire, le témoignage de M. Coiteux a été interrompu, mais il se poursuivra jeudi. Mercredi, ce sera au tour de M. Forget de livrer sa version sur son départ précipité de l’UPAC. Rappelons qu’il réclame à Québec 2 millions de dollars pour « congédiement déguisé ».

Échanges vigoureux

Au deuxième jour du procès, l’audience a encore été marquée par de vigoureux échanges entre les avocats des deux parties.

L’avocat qui représente M. Forget, Me Daniel Rochefort, s’est heurté à de nombreuses objections de ses confrères devant son insistance sur certaines questions à l’égard de M. Coiteux. « Il est ici pour témoigner, pas pour faire un discours politique. Il ne répond pas aux questions », a-t-il lancé en s’emportant.

Une affirmation à laquelle n’a pas tardé à répliquer l’avocat de l’ancien ministre. « Mon confrère répète la même question parce qu’il n’aime pas la réponse qu’il obtient, mais avec respect, M. Coiteux y a déjà répondu », a fait valoir Me Louis-Martin O’Neill.

Le désir de talonner M. Coiteux sur les mêmes éléments a également fait bondir l’avocate du gouvernement, Me France Bonsaint, qui a reproché à son confrère ses questions « tendancieuses ». « Il tente de miner sa crédibilité en répétant la même question et en faisant comme si le témoin ne répond pas, alors qu’il a déjà donné sa réponse », a-t-elle noté.

À plusieurs reprises Me Rochefort a aussi tenté d’obtenir des réponses à des questions jugées non pertinentes par ses adversaires dans le présent dossier. « Avez-vous déjà suggéré à votre premier ministre [Philippe Couillard] de prendre ses distances face à Arthur Porter ? » a-t-il lancé à un certain moment. « Martin Prud’homme, a-t-il été congédié ? » a-t-il glissé, comprenant que M. Coiteux n’était plus en poste lorsque l’ancien directeur général de la Sûreté du Québec a été suspendu.

Me Rochefort a même laissé entendre que les avocats du gouvernement cachent de la preuve. « Je n’accepte pas qu’il insinue cela devant les journalistes, qu’il commence à faire du sensationnalisme », a répliqué sa consœur Me Bonsaint.

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