Robert Lafrenière assure ne pas avoir quitté l’UPAC à cause de Guy Ouellette

L'ancien commissaire de l'UPAC, Robert Lafrenière, et son avocate au palais de justice de Montréal, lundi
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L'ancien commissaire de l'UPAC, Robert Lafrenière, et son avocate au palais de justice de Montréal, lundi

L’ex-commissaire de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) Robert Lafrenière affirme que sa démission surprise, en pleine journée électorale il y a deux ans, n’est aucunement liée au dossier du député lavallois Guy Ouellette. L’arrestation de ce dernier, qui est soupçonné d’avoir divulgué des informations aux journalistes, n’a à ce jour mené à aucune accusation.

« J’avais 65 ans, je travaillais depuis 46 ans, j’étais fatigué et j’avais décidé, cet été-là, que je démissionnerais [à un moment donné]», a-t-il fait valoir lundi, lors de sa première apparition publique depuis son départ à la tête de l’UPAC.

M. Lafrenière était le premier témoin au procès civil de son ancien bras droit, Marcel Forget, qui poursuit le gouvernement du Québec pour 2 millions de dollars pour « congédiement déguisé ».

L’ex-grand patron de l’UPAC s’est lui-même dirigé vers les journalistes pour faire le point sur son passage à la cour à sa sortie de la salle d’audience du palais de justice de Montréal. Il est cependant resté de marbre lorsqu’il a été questionné sur les allégations qui le visent dans Qu’on accuse ou qu’on s’excuse, le livre de Guy Ouellette récemment paru, où il est entre autres qualifié « d’Edgar Hoover québécois ».

« Je ne ferai pas de commentaires sur le livre de M. Ouellette. Il peut y avoir des enquêtes en cour sur des sujets qu’il y a dans le livre et je ne veux pas me prononcer », s’est-il limité à dire, alors que son avocate se trouvait à ses côtés.

La démission de M. Lafrenière avait été annoncée la matinée du 1er octobre 2018, alors que les Québécois s’apprêtaient à aller aux urnes, faisant élire en fin de soirée le gouvernement caquiste de François Legault.

Quelques jours plus tôt, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) avait annoncé que l’UPAC ne pourrait finalement pas fouiller les documents saisis dans la résidence et la voiture du député libéral Guy Ouellette lors de son arrestation en octobre 2017. L’unité d’enquête le soupçonnait d’être derrière les fuites de renseignements policiers sensibles dans les médias.

Procès

Lors de la première journée d’audience du procès de Marcel Forget contre Québec, l’avocat de l’ex-numéro deux de l’UPAC, a tenté de questionner M. Lafrenière sur l’implication du politique dans les nominations au sein de l’UPAC. Me Daniel Rochefort s’est heurté à de nombreuses objections de ses confrères qui représentent le gouvernement et M. Lafrenière. « Il y a un contexte que je veux démontrer », a-t-il plaidé. « Lorsque le mandat de M. Lafrenière a été renouvelé, il est devenu intouchable, alors on a ciblé le numéro deux. »

Il voulait connaître la version de l’ancien commissaire sur les perquisitions au Parti libéral du Québec (PLQ), sur les arrestations de Marc-Yvan Côté, ancien argentier du PLQ, et de Nathalie Normandeau, ancienne ministre libérale, ainsi que sur sa relation avec le député Guy Ouellette. Or, la juge ne lui a pas permis d’aller plus loin dans son interrogatoire à ces sujets.

M. Forget s’est retrouvé dans l’embarras en novembre 2017 après que Le Journal de Montréal a eu rapporté qu’il avait vendu des actions sans permis de courtier dans les années 1990 et 2000. Des policiers et d’ex-policiers ont affirmé au quotidien montréalais avoir investi, grâce à lui, dans la firme Newtech, qui a été mise à l’amende dans la foulée d’une enquête de l’Autorité des marchés financiers (AMF).

Selon M. Lafrenière son ancien bras droit n’a jamais été poussé à prendre la porte. « Je me rappelle lui avoir dit [que] ça allait finir par finir, de ne pas s’inquiéter », a-t-il témoigné. Or, M. Forget aurait finalement décidé de quitter l’organisation le 30 novembre 2017.

Selon des documents de cour, M. Forget soutient avoir été obligé de démissionner après avoir fait l’objet de menaces d’André Fortier, secrétaire général associé aux emplois supérieurs, dans la foulée de ces reportages.

L’ancien ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux est attendu mardi pour témoigner.

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