Éric Salvail confronté à trois autres témoins

Dans son témoignage, en février, M. Salvail a nié en bloc les différentes allégations de la victime présumée, Donald Duguay.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Dans son témoignage, en février, M. Salvail a nié en bloc les différentes allégations de la victime présumée, Donald Duguay.

Trois ex-collègues de l’ancien animateur Éric Salvail, qui auraient aussi été agressés et harcelés sexuellement, ont obtenu vendredi une permission exceptionnelle de témoigner pour attaquer sa crédibilité à son procès, qui se poursuivra cet automne.

« Empêcher la poursuivante de présenter [ces nouveaux témoignages] pourrait amener le Tribunal à prononcer l’acquittement de l’accusé en se basant en partie sur une distorsion de la réalité », a noté le juge Alexandre Dalmau, en rendant sa décision vendredi au palais de justice de Montréal.

Les trois nouveaux témoignages d’ex-collègues de l’ancien animateur de 51 ans seront entendus en novembre. Ceux-ci témoigneront de différents incidents — commentaires à connotation sexuelle, gestes déplacés, agressions sexuelles — qui se seraient déroulés à partir de la fin des années 1990.

Les trois individus, dont l’identité est protégée par le Tribunal, ont rencontré les policiers en mars dernier à la suite du témoignage qu’a livré M. Salvail pour sa défense.

Avec ces nouveaux témoignages, la procureure de la Couronne Me Amélie Rivard souhaite s’attaquer à la crédibilité de M. Salvail, puisqu’elle prétend qu’il a mis sa personnalité en jeu dans sa défense.

C’est que lors de son témoignage, l’ancien animateur a qualifié de « farfelue » la description des événements faite par Donald Duguay, la victime alléguée, qui prétend qu’il l’a agressé sexuellement dans une toilette de Radio-Canada le 29 octobre 1993. M. Salvail avait toutefois reconnu qu’il était le type de personne à faire des commentaires à caractère sexuel, mais toujours dans un contexte humoristique. L’animateur déchu a souligné pour soutenir son témoignage que non seulement il ne travaillait pas pour Radio-Canada au moment des faits allégués, mais qu’en plus il n’était pas le type de personne à commettre ce genre de gestes.

Le juge Dalmau s’est rangé aux arguments de la Couronne en soulignant que c’est M. Salvail lui-même qui a, de son propre chef, « fait référence à sa réputation » afin de « donner du poids à ses propos ».

« Les témoignages proposés par la poursuivante sont pertinents puisqu’ils se rapportent directement à l’une des questions en litige importantes soulevées par le procès : la crédibilité de l’accusé », a-t-il expliqué. Sa décision était très attendue puisqu’elle implique une procédure plutôt inhabituelle, soit d’autoriser une contre-preuve.

L’avocat de M. Salvail, Michel Massicotte, s’était opposé à la requête en faisant valoir que son client n’a jamais tenté de présenter une défense de bonne réputation, mais que celle-ci était plutôt basée sur un alibi voulant qu’il ne pouvait être présent lors des incidents décrits par le plaignant. « Si [on accepte ces témoignages], on va faire le procès de la moralité d’Éric Salvail sur une période de dix ans », avait-il dit.

Me Massicotte a aussi affirmé que les trois témoins relatent des événements qui n’ont rien à voir avec ce qui est au cœur du procès. « Je trouve personnellement que M. Salvail est traité injustement », avait-il mentionné.

Faits similaires

Les trois nouveaux témoins devraient venir relater, comme le plaignant, des événements survenus en milieu de travail, à une époque où l’accusé ne bénéficie pas ou de peu de notoriété, a souligné le juge Dalmau dans sa décision. « Le Tribunal est ici d’avis que la preuve proposée par la poursuivante en est une de faits similaires dont la valeur probante dépasse les effets préjudiciables », a-t-il indiqué.

L’un des témoins attendus aurait connu M. Salvail sur un plateau de télé lorsqu’il était animateur de foule. « Dès les premiers contacts avec [M. Salvail], ce dernier a émis des commentaires de nature sexuelle répétés à son égard. Rapidement, il [l’]a coincé physiquement derrière un décor en tentant de façon insistante de l’embrasser, avant d’être repoussé », peut-on lire dans les documents de cour.

Un autre ancien collègue de l’animateur déchu viendra raconter avoir été la cible de comportements « agaçants » et de commentaires « crus et sexuels ». Ce dernier a notamment dit aux policiers avoir déjà été « saisi par-derrière » par M. Salvail, qui s’est par la suite « frotté le tronc contre lui en lui touchant le torse de ses deux mains », est-il écrit.

Le troisième témoin l’aurait connu à l’émission Sucré salé, où Éric Salvail était chroniqueur. « Un soir, alors qu’[il] cherchait un trombone dans le bureau d’une recherchiste, [M. Salvail] s’est discrètement dirigé vers lui alors qu’il était debout, un peu penché vers l’avant. Il a senti la main de [M. Salvail] glisser sur sa craque de fesses jusqu’à se rendre à ses testicules », aurait-il déclaré aux policiers.

Aucun des trois individus n’a porté plainte contre M. Salvail, indiquent les documents de cour. Le procès doit se poursuivre le 9 novembre.

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1 commentaire
  • André Nickell - Inscrit 5 septembre 2020 12 h 55

    La bien-pensance pèsera lourd

    À terme, il sera impossible de vivre dynamiquement les relations en société avec toutes ces obsessions sexuelles de la bien-pensance.