Statu quo au campement de la rue Notre-Dame

La Ville de Montréal espère néanmoins voir disparaître le campement improvisé.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne La Ville de Montréal espère néanmoins voir disparaître le campement improvisé.

L’ultimatum de la Ville de Montréal n’a eu aucun effet au campement improvisé de la rue Notre-Dame, qu’elle voulait voir disparaître lundi. Pas question de le démanteler par la force, réitère la mairesse Plante, même si les campeurs n’ont qu’un souhait : y rester.

« Il y a 60 tentes d’un bout à l’autre. On les a comptées », lance Guylain Levasseur, propriétaire d’une petite roulotte devenue le point de chute des campeurs.

Est-ce que des gens ont quitté les lieux ? « Une personne », répond le costaud gaillard, confortablement assis sur sa chaise. Mais rien avoir avec la menace d’un démantèlement : une « chicane », précise-t-il. Autrement, c’est le calme plat.

Des tentes se sont même ajoutées. Stéphane a planté il y a trois jours celle que lui a dénichée Guylain. On l’a aussi équipé pour y passer la nuit. « Je n’avais plus rien », confie l’homme derrière ses lunettes fumées, s’appuyant sur sa canne. Son appartement aurait été cambriolé.

Celui qui préfère taire son nom de famille raconte avoir été expulsé de son immeuble insalubre du quartier, infesté de rats et de coquerelles. Une histoire de plusieurs loyers impayés et d’un propriétaire absent, avance-t-il. « Je vis en appartement depuis que j’ai 15 ans et c’est la première fois que ça m’arrive. »

Jetté à la rue, Stéphane a aussitôt rejoint le « camping Beauport Notre-Dame » — ainsi surnommé par ses occupants. L’endroit occupe un bout de terrain vacant entre la rue Notre-Dame Est et le square Dézéry, dans Hochelaga-Maisonneuve.

À peine arrivé, il s’y sent bien. L'idée de prendre le chemin d’un refuge le révulse. « J’ai deux chiens, je vais faire quoi avec ? Et même s’ils les acceptent, ça ne m’intéresse pas. Les refuges ont trop de règlements. Ici, je suis libre ! »

Or, la Ville de Montréal et le ministère des Transports (MTQ), à qui appartient le terrain, veulent mettre un terme au campement de fortune. Ils ont demandé aux itinérants de plier bagage d’ici le 31 août, en vain.

Jeudi dernier, à l’approche de la date butoir, la mairesse Valérie Plante avait écarté une évacuation des lieux manu militari, misant entre autres sur l’ouverture graduelle de trois centres d’hébergement d’urgence pour relocaliser les campeurs. Un message repris en substance lundi.

Même si elle continue de le tolérer, la Ville estime que ce « camping » n’est pas « une solution sécuritaire ni durable pour les personnes vivant dans la précarité », fait valoir au Devoir le cabinet de la mairesse, soulevant des « enjeux de sécurité publique ». Un cocktail molotov a été projeté sur le camp le 12 août, et le 26 août, une tente a pris feu.

Depuis que ce village de toile a pris forme, des policiers du secteur viennent régulièrement y faire leur tour. Le SPVM n’a d’ailleurs reçu lundi « aucune demande d’assistance de la Ville pour procéder au démantèlement » du camp, indique un porte-parole.

Même son de cloche au MTQ. Le ministère ne compte pas intervenir tant qu’il n’aura pas reçu une demande formelle de l’administration Plante. Bien qu’il possède le terrain, il a accordé à la Ville la permission de l’utiliser comme un parc.

Solutions

Parmi les trois refuges temporaires annoncés la semaine dernière, celui occupant l’ancien YMCA d’Hochelaga-Maisonneuve a ouvert ses portes lundi, vers 14 h. Les 65 places disponibles sont convoitées, assure Michel Monette, directeur de l’organisme CARE Montréal (qui opère le centre). « Ce sera plein à la fin de la journée. »

Et pourtant, il n’y aura pas beaucoup de campeurs, relève-t-il, puisqu'il n'y a pas eu de démantèlement finalement. Une « bonne nouvelle » selon lui, heureux de voir l’administration Plante « penser à l’humain avant de penser au terrain ».

M. Monette confirme également le manque de place qui se fait toujours sentir dans les refuges de la métropole. Un problème qui existait bien avant la pandémie. « La Ville est au courant qu’on est à capacité, le commissaire à l’itinérance aussi. On travaille à des solutions, mais elles ne se mettent pas en place du jour au lendemain. »

« Même si trois refuges ont ouvert leur porte, dont [l’ancien hôpital] Royal-Victoria, il y a moins de places au final qu’au pic de la crise ce printemps », renchérit Sylvie Boivin, directrice de L’Anonyme, qui intervient auprès des campeurs de Notre-Dame.

À ses yeux, le campement de fortune « est une option qui se vaut au même titre qu’un refuge ». « Si les gens s’y sentent en sécurité, on ne voit pas la nécessité de le défaire. »

D’autant plus qu’il manque de solutions pour ces sans-abri en quête de toit, juge-t-elle. L’option du refuge ne convient pas à tous et les logements abordables et diversifiés ne sont pas suffisants. « On met beaucoup de sous quand il s'agit de faire des mesures d'urgence, mais ça fait des années qu'on dit qu'il manque de logements adaptés à Montréal. »

Québec doit davantage investir dans les ressources en itinérance et « dans le soutien communautaire en logement social », plaide quant à lui le cabinet de Valérie Plante. « Il est plus que temps que les gouvernements du Canada et du Québec signent l’entente sur la stratégie nationale de l’habitation, afin de ne pas retarder davantage la construction de logements sociaux. »

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