Électrochoc dans la vente de vélos électriques

Jeremie Tessier a dû multiplier les démarches sur Internet pendant des semaines pour finalement dénicher le modèle de vélo électrique qu’il convoitait.
Photo: Hubert Hayaud Le Devoir Jeremie Tessier a dû multiplier les démarches sur Internet pendant des semaines pour finalement dénicher le modèle de vélo électrique qu’il convoitait.

Pour le travail, les balades ou les emplettes, le vélo a connu un essor incontestable depuis le début de la pandémie. Surfant sur la vague, sa version à assistance électrique (VAE) s’est vendue comme des petits pains chauds. Rapide et permettant à l’usager d’avaler les kilomètres sans trop d’efforts, ce mode de transport actif convainc ses adeptes de délaisser leur voiture au quotidien.

« Il nous en reste en stock, mais il ne faut pas être regardant sur les couleurs et les grandeurs des vélos, mettons », lance en riant Robert Guimond, propriétaire du magasin de vélos Quantum, situé à quelques pas de la piste cyclable du canal de Lachine, à Montréal.

2020 est une année « exceptionnelle » pour les VAE, dit celui qui se spécialise dans la vente et la fabrication de ce type de vélos depuis plus de 20 ans. Il y a quelques mois encore, il n’aurait pas pu prédire que la pandémie aurait pour effet de faire bondir ses ventes.

« On voyait bien que le vélo électrique était un peu plus populaire chaque année. Mais là, en quelques mois, on a connu l’essor qu’on aurait eu en trois ou quatre ans. C’est impressionnant ! »

Le constat est le même chez E2 Sport, un autre incontournable du VAE dans la métropole. Les clients se succèdent dans la boutique de la rue Notre-Dame. « Il y a certains modèles très populaires qui ne sont plus en stock, on a dû en recommander rapidement », précise au bout du fil le gérant, Nicolas Régis Lupien, profitant d’une accalmie en magasin pour répondre aux questions du Devoir.

Plusieurs boutiques ont ainsi été prises de court cette année, ne s’attendant pas à voir leurs produits partir aussi rapidement. Même en ligne, les ventes ont explosé. « Notre chiffre d’affaires a augmenté de 50 % cette année. D’habitude, on livre de 200 à 300 vélos par mois ; depuis ce printemps, c’est le double », indique Benoît Dumont, président de la compagnie Téo Vélo, qui se spécialise aussi dans la vente de VAE, mais sur Internet seulement.

À ses yeux, ce n’est pas juste un « effet pandémie » et cette tendance est là pour de bon. Plus il y aura de ces vélos sur les pistes, plus les gens voudront s’en procurer, croit-il.

C’est cher une voiture, à l’achat, puis [il y a] les coûts d’entretien. C’est mauvais pour l’environnement aussi.

De son côté, Jeremie Tessier a fait les frais de cette popularité grandissante. Ses recherches sur Internet ont été longues et compliquées : quand le vélo de son choix n’était pas en rupture de stock, c’était la taille qui posait problème ou bien la livraison. Il a finalement reçu son vélo début juillet.

« Je l’adore ! Je peux rouler des dizaines de kilomètres sans me sentir trop essoufflé. Je peux transporter plein de choses, je fais mon épicerie avec. Et surtout, je suis content d’avoir repris goût au vélo », confie-t-il.

L’homme de 38 ans faisait beaucoup de vélo traditionnel jusqu’à il y a encore un an. Il avait l’habitude de parcourir sur son deux-roues les 20 kilomètres qui séparent sa maison, à Anjou, de son travail, au centre-ville. Mais l’opération au cœur qu’il a subie l’automne dernier — l’installation d’un défibrillateur — a changé la donne.

« Un vélo traditionnel, c’est bien, mais quand ta santé est moyenne et que tu fais une job physique, la réalité te rattrape. Le soir, l’énergie manque pour pédaler jusqu’à la maison », raconte-t-il.

De retour dans les transports en commun, son trajet s’est allongé de 15 minutes matin et soir. Et lorsque la pandémie a frappé le Québec en mars, il a dû penser à un plan B. « Prendre le bus et risquer d’attraper le virus quand on est cardiaque, c’est jouer avec le feu. La COVID-19 a été le coup de pied qui me manquait pour m’acheter un vélo électrique. »

Remplacer la voiture

Jeremie Tessier voulait surtout éviter d’acheter une deuxième voiture. Sa conjointe et lui en possèdent déjà une, mais l’utilisent le moins possible.

« C’est cher une voiture, à l’achat, puis [il y a] les coûts d’entretien. C’est mauvais pour l’environnement aussi. On voulait vraiment éviter de faire ce choix », explique-t-il.

Ghislain Lejeune a lui aussi laissé tomber sa voiture depuis qu’il se déplace avec un VAE. Ce résident de La Prairie qui prenait son auto tous les jours pour aller au travail au centre-ville de Montréal dit être devenu « allergique au trafic » avec les années. Il a donc opté pour un VAE en 2016.

« Même quand il vente, quand il neige, je le prends. Ça donne cette petite aide additionnelle dont tu as besoin pour parcourir sans trop de peine de plus longues distances sans te décourager. J’ai 50 ans passés, je ne l’aurais pas fait tous les jours avec un vélo traditionnel », note-t-il. Il compte d’ailleurs se débarrasser de sa voiture d’ici peu : son fils l’utilise déjà et compte la lui racheter prochainement.

Pour Stéphane Le Doujet, l’achat d’un VAE en avril dernier lui a permis de garder un emploi pendant la pandémie. Employé dans un restaurant qui a fermé pendant la crise sanitaire — et qui n’a toujours pas rouvert à ce jour —, il a décidé de faire de la livraison pour Uber Eats à temps plein.

Photo: Hubert Hayaud Le Devoir Plusieurs magasins ont été pris de court cette année, ne s’attendant pas à voir leurs ventes de vélos à assistance électrique bondir.

« Il y avait beaucoup de demande, mais je n’étais pas capable de faire du vélo traditionnel toute la journée, chaque jour de la semaine. C’est beaucoup d’effort, tes jambes cassent à un moment donné. C’était hors de question d’acheter une voiture, alors j’ai pris un vélo électrique », raconte l’homme de 34 ans.

Ce moyen de transport lui permet de parcourir de plus grandes distances, plus rapidement, et sur une plus longue durée. « Je fais du 35 heures semaine facile sur mon vélo, maintenant. Je l’utilise même en dehors du travail. Quand on l’a essayé, c’est difficile d’arrêter. »

« C’est vraiment le plus gros avantage : ça permet d’aller plus loin et de rester plus longtemps sur son vélo sans peine », renchérit la présidente de Vélo Québec, Suzanne Lareau. Elle y voit un moyen de convaincre de nouveaux adeptes et ainsi de faire grandir la communauté de cyclistes, tout en diminuant le nombre de voitures sur les routes.

Changement de mentalités

En quelques années, Mme Lareau a pu constater à quel point les produits sur le marché se sont diversifiés. On trouve maintenant des vélos de ville, de route ou même de montagne avec une assistance électrique. Ils sont également moins lourds et moins chers. « Ce sont encore les deux freins à l’achat d’un VAE, note-t-elle. Mais plus il y aura de demande, plus les entreprises les rendront attrayants. »

Mme Lareau voit aussi un changement de mentalité face au VAE qui va permettre de le rendre encore plus populaire. Longtemps perçu comme un vélo réservé aux personnes plus âgées, à celles ayant une santé fragile ou bien aux « paresseux », le VAE attire maintenant les plus jeunes en quête d’un transport actif pouvant les mener plus loin.

Une opinion partagée par Robert Guimond de la boutique Quantum, qui affirme voir des clients de plus en plus jeunes. « Cette vision négative fond comme neige au soleil. Les gens voient ça comme un transport actif efficace et plus rapide pour se rendre au travail sans dégouliner de sueur. Ça va devenir une mode, mais une mode là pour de bon. »

5 commentaires
  • Florian Péloquin - Abonné 24 août 2020 07 h 47

    Modèle très pratique pour faire l'épicerie : mais quel est ce vélo ?

    Le vélo que monsieur Tessier enfourche sur les photos semble répondre à un de mes besoins : de la place en arrière pour placer ma commande d'épicerie. Une petite recherche sur Internet ne m'a pas permis de retrouver la marque et le modèle. Si cela ne contrevient pas aux conditions d'utilisation des commentaires, j'aimerais bien avoir l'information.

    • Dominique Boucher - Abonné 24 août 2020 10 h 55

      Je ragarde ça depuis quelques semaines. La photo est floue, mais ça ressemble à un «fat» pliable comme on en trouve beaucoup sur internet. Il y a plein de guides sur YouTube qui expliquent comment se monter un vélo électrique à coût raisonnable. Beaucoup utilisent les moteurs/contrôleurs du chinois Bafang.

      Jean-Marc Gélineau, Montréal

  • Jean Richard - Abonné 24 août 2020 09 h 29

    VAE Bixi

    Bixi déploie, petit à petit, ses VAE (reconnaissables à leur couleur bleue) à Montréal. Dommage que la société de vélos en libre service n'ait pas davantage misé sur le côté utilitaire lorsqu'elle a commandé ses vélos au constructeur québécois. Certes, il ne s'agit pas de transformer les vélos en camions de 10 tonnes pouvant transporter 10 pianos à queue en un seul voyage, mais les actuels porte-baggages ne sont pas à la hauteur. À vrai dire, ils sont presque inutiles tant ils sont peu pratiques.

    • Dominique Boucher - Abonné 24 août 2020 10 h 41

      «[...] les actuels porte-baggages ne sont pas à la hauteur. À vrai dire, ils sont presque inutiles tant ils sont peu pratiques.»

      Tout à fait dʼaccord!

      Jean-Marc Gélineau, Montréal

  • Diane Parent - Abonné 24 août 2020 10 h 58

    Et le prix ?

    Bonjour
    J'aurais aimé que l'article soit complété par un aspect fondamental : le prix ou la "fourchette" de prix d'un VAE.