L’ancien hôpital Royal Victoria au coeur d’un plan d’aide aux itinérants

Dans le cadre du nouveau projet, deux étages de l’ancien hôpital Royal Victoria se destinent aux personnes en situation d’itinérance désirant être épaulées dans la recherche d’un logement.
Photo: Jacque Nadeau Archives Le Devoir Dans le cadre du nouveau projet, deux étages de l’ancien hôpital Royal Victoria se destinent aux personnes en situation d’itinérance désirant être épaulées dans la recherche d’un logement.

Au moment où les refuges temporaires destinés aux personnes itinérantes en temps de pandémie ferment leurs portes, un programme de transition vers le logement se met en branle à l’ancien hôpital Royal Victoria de Montréal depuis la mi-juillet. Grâce à ce nouveau projet, les organismes impliqués aspirent à « utiliser la crise » pour aider la population sans abri à faire le saut vers un logement permanent.

Si le confinement était de rigueur pour tous, encore fallait-il avoir un toit sur la tête. La COVID-19 a durement frappé les personnes les plus vulnérables, dont celles en situation d’itinérance. Au cours des derniers mois, des bâtiments publics ont servi d’unités d’hébergement temporaires afin de pallier le manque de place dans les services d’hébergement d’urgence et de mieux appliquer les mesures de distanciation physique. Leur fermeture pose alors la question des possibilités d’admission dans d’autres ressources ; plusieurs d’entre elles ont d’ailleurs réduit leur capacité d’accueil afin d’appliquer les directives de la Santé publique.

Carolyne Grimard, une professeure à l’École de travail social de l’Université de Montréal, souligne un paradoxe concernant les unités d’hébergement temporaires : « C’est sûr que ça répond à des besoins, mais ça en crée aussi. Quand ces unités ferment, le besoin est créé et, à ce moment-là, les personnes se trouvent encore plus démunies qu’elles ne l’étaient. »

Un plan de transition en itinérance en contexte de déconfinement porté par la Ville de Montréal et des organismes communautaires est en cours d’élaboration, indique le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal. Il inclut notamment le programme de transition vers le logement de l’hôpital Royal Victoria, qui a d’ailleurs servi d’unité d’isolement du début de la crise sanitaire jusqu’au 8 juin. Le nouveau projet dans cet édifice est financé à hauteur de 7 millions de dollars par le programme fédéral Vers un chez-soi et offre 175 places.

Cinq organismes sont impliqués dans le nouveau projet adossé au mont Royal : la Mission Bon Accueil, la Maison du Père, l’Accueil Bonneau, la Mission Old Brewery (MOB), le pavillon Patricia Mackenzie de la MOB et Le Chaînon. Leur souhait est de « proposer une offre en itinérance plus coordonnée pour s’assurer que chacun a accès au service dont il a besoin », soutient Émilie Fortier, directrice des services supervisant l’équipe de la MOB à l’hôpital Royal Victoria.

Durant la période de confinement, la Mission Bon Accueil et la MOB ont évalué les besoins de 1400 personnes hébergées dans leurs services permanents et dans les unités d’hébergement temporaires dont ils s’occupaient. « À la suite de cet exercice-là, on a relevé certains manques », affirme Émilie Fortier. Ces constats ont permis de définir les types de soutien à apporter, tels que des programmes de transition pour hommes et pour femmes, des services accessibles à tous et des services spécialisés au chapitre de la liaison avec le système de santé.

 

Dans le cadre du nouveau projet, deux étages de l’hôpital Royal Victoria se destinent aux personnes en situation d’itinérance désirant être épaulées dans la recherche d’un logement : l’un pour les hommes, d’une capacité d’accueil de 50 places, et l’autre pour les femmes, d’une capacité d’accueil de 40 places. Ces personnes pourront également y trouver de l’aide dans certaines démarches, telles que la demande d’une subvention au loyer.

Un étage comportant une zone rouge et une zone orange est réservé aux individus déclarés positifs au coronavirus ou en attente de dépistage. Un pôle Santé de 40 places s’adresse également à ceux qui souffrent de problèmes médicaux complexes, qui veulent s’affilier ou se réaffilier au réseau de la santé en amont de leur recherche d’habitation.

Des limites à considérer

Le programme de transition vers un logement de l’hôpital Royal Victoria propose trois types de logements : privés, sociaux et subventionnés par l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM). Une fois logées, les personnes qui le souhaitent peuvent également bénéficier d’un suivi psychosocial, soutenu par le réseau de la santé.

Des acteurs du milieu relèvent toutefois les limites de ce modèle. Dahlia Namian, professeure à l’École de service social de l’Université d’Ottawa, souligne la solitude guettant les individus une fois domiciliés.

« Les personnes ayant vécu plusieurs années dans la rue, celles qui sont les plus âgées, aux prises avec une maladie ou un handicap et qui sont peu susceptibles pour ces raisons de retourner sur le marché du travail, vivent beaucoup de solitude une fois logées. Elles disent se sentir isolées, “prises entre quatre murs”, ayant parfois pour seul contact des intervenants sociaux », explique-t-elle.

Selon Mélanie Walsh, directrice de l’Auberge Madeleine, un organisme qui héberge des femmes, il est difficile d’influencer le sentiment de solitude d’une personne, lorsque l’ennui frappe à sa porte. « Notre clientèle de femmes vulnérables, qui a peu de réseau, qui souffre de problèmes de santé mentale, elle s’ennuie à un moment donné, et comme vous pouvez imaginer dans un contexte de pandémie, c’est là qu’il lui arrive toutes sortes d’affaires », déclare-t-elle.

De plus, l’obtention d’un logement subventionné par l’OMHM nécessite de remplir une série de conditions d’admission. « Pour avoir accès à ça, il faut avoir résidé à Montréal douze mois au cours des deux dernières années, il ne faut pas avoir de dossier à la Régie du logement, il ne faut pas avoir de dettes envers le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation. Il faut que tu acceptes de t’engager dans des démarches, ce qui, en fait, exclut les personnes les plus vulnérables. Si tu es en situation d’itinérance cyclique ou chronique, tu ne coches pas les cases », constate Mélanie Walsh, directrice de l’Auberge Madeleine.

Un autre obstacle potentiel concerne les individus sujets à la toxicomanie et à des problèmes de santé mentale aigus, nécessitant un soutien médical quotidien. « Une personne qui par sa pathologie psychiatrique fait qu’elle est [dangereuse] pour elle-même ou pour les autres, qu’elle n’est plus orientée dans le temps ou l’espace, c’est quelqu’un qu’on va orienter en centre hospitalier. Même chose pour quelqu’un qui a des problèmes de consommation, qui est en sevrage ou dont on craint pour sa santé », déclare Élaine Polflit, coordonnatrice du continuum populations vulnérables et intervention de crise au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

Avec Alexis Riopel