La basilique Notre-Dame de Montréal manque de fonds pour sa réfection

Habituellement, un million de visiteurs affluent chaque année à la basilique Notre-Dame de Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Habituellement, un million de visiteurs affluent chaque année à la basilique Notre-Dame de Montréal.

La basilique Notre-Dame de Montréal appelle à l’aide. Alors même que des travaux d’une ampleur historique s’imposent pour préserver le chef-d’œuvre du patrimoine bâti québécois, ses revenus se sont écroulés en raison de l’absence des touristes internationaux.

L’église anticipe des pertes de 12 millions en 2020, ce qui amputerait son budget habituel de 85 %. Or, elle commence à peine des travaux de conservation et de restauration estimés à près de 30 millions. « Les pierres de la façade ont 190 ans et arrivent en bout de vie utile, explique la directrice de la basilique, Claudia Morissette. On voit que ça se dégrade rapidement. Et là, on a vraiment besoin d’aide. »

Dans les dernières décennies, la basilique a couvert elle-même les coûts de la plupart de ses rénovations. Toutefois, ce n’est pas envisageable cette fois-ci. « Tant que le tourisme international ne reprend pas, on est privés de la grande majorité de nos revenus », dit Mme Morissette.

La réfection devait débuter en mars, mais s’est finalement enclenchée en juin. Les travaux des phases I à III — qualifiés de « urgents à dangereux » — concernent la façade nord, les tours et les clochers. À eux seuls, ils requièrent des investissements de plus de 9 millions.

Pour l’instant, la basilique a obtenu une subvention d’un million de dollars du Conseil du patrimoine religieux du Québec (CPRQ) grâce à un programme subventionné par le gouvernement du Québec. Elle a également dû emprunter de l’argent à la banque. D’autres travaux sur les façades, les escaliers, et les décors peints à l’intérieur de ses murs sont prévus au fil d’un échéancier de 10 ans.

Selon la directrice Morissette, il s’agit de travaux d’une ampleur « centenaire » — qui tombent bien mal. Au gouvernement, dit-elle, on l’a dirigé pour l’instant vers un programme venant en aide aux OBNL touchés par la pandémie. « Le principal enjeu, fait-elle valoir, c’est qu’en qualité d’institution religieuse, nous sommes inadmissibles à plusieurs programmes de subvention. »

En date du 8 juillet, l’église a donc inscrit deux lobbyistes au registre tenu par le gouvernement du Québec. Dans la description de leur mandat, on peut lire que la basilique Notre-Dame « se détériore rapidement » et l’annulation de la saison touristique en cours « l’oblige à se tourner vers le gouvernement pour une aide d’urgence […] afin de payer les entreprises qui effectueront les travaux urgents de réfection à sa structure ».

Habituellement, un million de visiteurs affluent chaque année à la basilique Notre-Dame de Montréal. Même si l’église organise des messes quotidiennes depuis le 20 juillet, seule une mince partie de son revenu est de retour. En temps normal, les visiteurs adultes déboursent 10 à 35 $ pour effectuer une visite guidée. Pour l’instant, ni les activités touristiques ni le spectacle lumineux AURA n’ont repris dans la basilique.

Le rapport d’inspection informant des travaux majeurs à venir a été remis à la direction de la basilique à l’automne 2016. Plusieurs mises à jour de l’état de l’édifice ont été réalisées depuis quatre ans. Les travaux actuellement prévus correspondent à une évaluation de février dernier. Avant même la pandémie, la basilique préparait une campagne de sensibilisation auprès du gouvernement et, éventuellement, auprès du public.

Au cabinet de la ministre de la Culture et des Communications du Québec, on rappelle que la basilique Notre-Dame est reconnue pour sa « valeur incontournable » dans l’inventaire des lieux de culte de la province. À ce titre, elle est admissible au programme administré par le CPRQ et financé par le gouvernement, dont elle a déjà bénéficié pour la première phase de ses travaux.

« Comme la ministre Nathalie Roy en a fait l’annonce le 20 juillet dernier, l’aide accordée annuellement par notre gouvernement à travers ce programme totalise 15 millions de dollars. Pas moins de 65 projets de restauration sont soutenus cette année », explique-t-on dans un courriel.

Ailleurs au Québec

En plus de la basilique montréalaise, d’autres lieux de culte québécois dépendent étroitement des visiteurs en provenance de l’étranger. À l’été 2017, par exemple, les cinq principaux sanctuaires du Québec ont accueilli plus de deux millions de visiteurs. Parmi ceux-ci, 13 % provenaient d’une autre province canadienne et 26 % d’un pays étranger.

Près de Québec, l’affluence réduite à la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré — habituellement un important lieu de pèlerinage — entraîne cette année un « impact financier important », explique François-Marie Héraud, le directeur de la Revue Sainte Anne associée au sanctuaire. En temps normal, cette basilique reçoit entre 800 000 et un million de visiteurs par année, dont plusieurs groupes scolaires, pèlerins et croisiéristes faisant escale à Québec.

L’absence des visiteurs étrangers fait aussi mal à la paroisse Notre-Dame de Québec, dont fait partie la basilique du même nom. « L’absence des touristes, des pèlerins et des croisiéristes constitue pour nous une perte importante. Ce sont nos principaux donateurs », souligne l’abbé Pierre Robitaille. Le mois dernier, la paroisse n’a reçu que 8000 visiteurs, alors que 200 000 personnes peuvent la fréquenter en juillet lors d’une bonne année.

Afin de minimiser son déficit, cette paroisse de la vieille capitale réduit au maximum ses dépenses. Heureusement, le financement de la phase finale des travaux de maçonnerie sur la basilique Notre-Dame de Québec — prévue cette année, mais reportée en raison de la pandémie — est déjà assuré.