Un constat accablant pour la DPJ après le drame de Granby

La mort de la fillette au lendemain de sa découverte dans des circonstances extrêmement troublantes à son domicile familial avait bouleversé le Québec au printemps 2019.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La mort de la fillette au lendemain de sa découverte dans des circonstances extrêmement troublantes à son domicile familial avait bouleversé le Québec au printemps 2019.

Le gouvernement Legault promet de mettre en œuvre les recommandations de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) pour éviter un nouveau drame comme celui de la mort tragique d’une fillette de 7 ans à Granby en avril 2019. L’enquête de la Commission, dont le rapport dévastateur a été déposé mardi, a révélé « des manquements à toutes les étapes du processus » et dénonce l’incurie des autorités, incapables d’éviter le décès de cette enfant dont l’histoire rappelle celle d’Aurore, l’enfant martyre.

« Évidemment [c’est un] drame terrible qui a fait mal à tout le Québec, tous les Québécois à Granby, a affirmé le premier ministre, François Legault. On va s’assurer que plus jamais ça n’arrive et, oui, Lionel Carmant et moi, on s’engage à mettre en place les recommandations. »

Il a souligné le travail du ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux qui « en a fait beaucoup » depuis le drame. « On a augmenté de façon très importante les budgets dans les DPJ des différentes régions, a-t-il rappelé. On a réussi à réduire de façon très importante les listes d’attente pour les jeunes qui attendent des services dans les DPJ. Il y a encore un enjeu à certains endroits où il y a des postes affichés, mais non pourvus, donc il faut continuer d’y travailler. » Le gouvernement a annoncé 90 millions de dollars le 1er juillet destiné aux services pour les jeunes en difficulté et pour leur famille qui s’ajoutent à d’autres sommes injectées après le drame de Granby.

Le premier ministre a rappelé qu’il attend les recommandations du rapport de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse présidée par Régine Laurent et qui avait été lancée dans la foulée de cette mort tragique. Le dépôt du rapport Laurent doit être rendu public en novembre. Près de 300 personnes ont témoigné durant les audiences qui se sont déroulées dans plusieurs régions du Québec et qui se sont terminées en mai par visioconférence en raison de la pandémie.

On va s’assurer que plus jamais ça n’arrive

 

La mort de la fillette au lendemain de sa découverte dans des circonstances extrêmement troublantes à son domicile familial avait bouleversé le Québec. En mars dernier, le père de la fillette et la belle-mère ont renoncé à leur enquête préliminaire et ont été cités à procès. La femme de 36 ans est accusée du meurtre sans préméditation de l’enfant et de séquestration. L’homme de 31 ans est accusé de négligence ayant causé la mort, d’abandon d’enfant et d’avoir omis de fournir les choses nécessaires à la vie. Plusieurs ordonnances ont été prononcées par la cour afin d’empêcher d’identifier la victime, les témoins et de dévoiler les éléments de preuve au dossier.

Valérie Assouline, l’avocate de sa mère biologique, espère que les recommandations de la CDPDJ seront prises au sérieux cette fois. « Il faut que la culture change », a-t-elle réagi. Elle entend déposer une poursuite au civil contre la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ).

Recommandations

« C’est le genre de dossier où il faut prendre une pause à un moment donné », a affirmé la vice-présidente de la CDPDJ, Suzanne Arpin, qui travaille depuis 30 ans en protection de la jeunesse. « C’est un dossier qui est très très lourd. »

La CDPDJ recommande au gouvernement que l’obligation de réaliser une évaluation du lien d’attachement de l’enfant lorsqu’on songe à modifier son placement soit systématiquement réalisée et inscrite dans la Loi sur la protection de la jeunesse. Elle répète également que le point de vue de l’enfant doit être entendu et pris en compte. « Au nombre de dossiers qu’on voit par année à la Commission, le fait que les enfants n’aient pas été rencontrés tous seuls, entendus, consultés, c’est majeur », a-t-elle lâché.

Il y a aussi les mauvaises conditions de travail des intervenants qui alimentent le problème de recrutement et de rétention du personnel à laquelle le ministre Carmant devrait s’attaquer, selon la CDPDJ. La Commission fait une recommandation à l’attention de la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, pour qu’un programme de formation sur la Loi de la protection de la jeunesse soit ajouté au cursus universitaire des travailleurs sociaux et qu’une formation en matière de protection de la jeunesse soit offerte dans le cadre des programmes pour les éducatrices à la petite enfance. Enfin, la CDPDJ recommande de revoir les critères d’accréditation des centres de la petite enfance (CPE) afin que chacun d’entre eux reçoive une formation sur la Loi et sur l’obligation de signaler des professionnels.

La CDPDJ ne manque pas de noter que ses recommandations diffusées mardi rappellent ses demandes répétées au fil des ans. « Le problème, c’est que c’est cyclique, a affirmé la vice-présidente de la CDPDJ, Suzanne Arpin. Une région va bien aller après plusieurs enquêtes individuelles ou une enquête systémique. Ça va bien aller pendant quatre ans, cinq ans, six ans et là soudainement on recommence à avoir des juges qui nous envoient des décisions en disant “prenez connaissance de ça, ça n’a pas de bon sens, ça recommence, il y a telle problématique qui revient”. » Le ministre Carmant a indiqué prendre « très au sérieux l’ensemble des constats émis » par la CDPDJ dans un communiqué.

Québec solidaire et le Parti québécois ont demandé au gouvernement d’injecter davantage de fonds pour mettre fin aux problèmes de la DPJ. Sol Zanetti s’est dit inquiet de voir un retour aux coupes budgétaires pour éponger le déficit causé par la pandémie tandis que la députée péquiste Véronique Hivon a invité le gouvernement Legault à s’éloigner de la réforme Barrette du précédent gouvernement libéral. « On verra ce que la commission Laurent va recommander à cet égard », a précisé la députée libérale Kathleen Weil, en ajoutant que les recommandations de la CDPDJ étaient intéressantes.

Avec La Presse canadienne