Mieux vaut parler anglais pour trouver du travail au Québec, révèle un rapport

Plus de 60% des entreprises de Montréal ont exigé ou souhaité des compétences en anglais lors de leurs dernières embauches, selon l’OQLF.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Plus de 60% des entreprises de Montréal ont exigé ou souhaité des compétences en anglais lors de leurs dernières embauches, selon l’OQLF.

Pour décrocher un emploi au Québec, mieux vaut parler anglais. 40 % des entreprises de la province et 63 % de celles de Montréal ont exigé ou souhaité des compétences dans cette langue lors de leurs dernières embauches, selon l’Office québécois de la langue française (OQLF).

Dans le monde municipal, l’anglais est aussi un critère important à l’embauche. Le quart (24 %) des villes québécoises ont demandé des compétences en anglais. Sur l’île de Montréal, la moitié (50 %) des villes et des arrondissements ont requis des aptitudes en anglais.

L’OQLF, un organisme chargé du respect de la Charte de la langue française, a rendu public mardi un nouveau rapport sur les exigences linguistiques des entreprises et des municipalités québécoises. Celui-ci détaille des conclusions dont les grandes lignes avaient déjà été annoncées en avril 2019. C’est la première fois que l’OQLF analyse la question des embauches ; il n’est donc pas possible de dégager une tendance historique.

Le premier ministre du Québec, François Legault, juge qu’une telle exigence de l’anglais « n’est pas acceptable ». « J’ai déjà annoncé qu’on va proposer des mesures pour bonifier la loi 101, [le ministre responsable de la Langue française] Simon Jolin-Barrette y travaille, mais c’est très préoccupant ce qu’on a vu comme données aujourd’hui de l’OQLF », a-t-il déclaré en conférence de presse, mardi.

63%
C’est la proportion d’entreprises à Montréal qui ont exigé ou souhaité des compétences en anglais lors de leurs dernières embauches.

Les auteurs du rapport soulignent aussi que les niveaux de compétences exigés sont généralement plus élevés en français qu’en anglais, mais qu’ils sont « relativement élevés » dans les deux cas. Même quand le poste affiché ne requiert pas le bilinguisme, les employeurs sont une majorité à privilégier « toujours » ou « parfois » un candidat bilingue à un candidat unilingue. En outre, ils rejettent plus souvent des candidats en raison de lacunes en français qu’en anglais.

Français menacé

Selon Pascal Bérubé, le chef intérimaire du Parti québécois, le rapport publié mardi est un nouvel élément qui tend à démontrer que le français est menacé à Montréal et dans certaines villes de la couronne. Si l’exigence injustifiée de l’anglais devient la nouvelle norme, « bien des francophones au Québec qui n’ont pas une maîtrise suffisante de l’anglais [risquent de] se retrouver étrangers dans leur propre nation et coupés de débouchés professionnels », a-t-il expliqué en entrevue.

L’hiver dernier, M. Bérubé a présenté à l’Assemblée nationale un projet de loi modifiant la Charte de la langue française afin de resserrer l’application de l’article interdisant aux employeurs d’exiger la maîtrise d’une autre langue que le français « à moins que l’accomplissement de [leur] tâche ne nécessite une telle connaissance ». Le projet de loi est resté en suspens.

Maxime Laporte, le président du Mouvement Québec français, se désole lui aussi d’un nouveau rapport qui rappelle que, contrairement au souhait de René Lévesque, le français ne s’impose pas comme la « langue de la piasse » dans la province. « Force est de constater qu’on échoue lamentablement, dit-il en entretien. J’estime à ce moment-ci que nos dirigeants n’ont plus le droit de tergiverser ; le français a suffisamment régressé comme ça. »

Depuis 2001, le nombre de Québécois utilisant uniquement le français au travail a reculé à chaque recensement. L’utilisation parallèle des deux langues officielles du pays est quant à elle en hausse dans ce milieu. Sur l’île de Montréal, près d’un travailleur sur quatre utilise majoritairement l’anglais au travail.

Avec Mylène Crête

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