Grand format Notre été dans l'oeil de Valérian Mazataud | Travailleurs agricoles

Les photographes posent un regard très personnel sur le monde. Nouvelles, rencontres, découvertes : nous vous proposons ici certains de leurs photoreportages. Aujourd’hui, Valérian Mazataud a tourné son objectif vers les quatre travailleurs agricoles guatémaltèques employés par La Shop à légumes, une coopérative maraîchère de Saint-Esprit dans Lanaudière.

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Tôt le matin, Samuel Coj Cuxin, 21 ans, et les frères Brian et Josue Bartolo Meren, 21 et 24 ans, récoltent deux cents bouquets de carottes qui seront livrés dans des paniers bios dès l’après-midi. Les trois travailleurs sont originaires de la région de Chimaltenango au Guatemala et font partie des 8000 travailleurs agricoles du Guatemala et du Mexique qui travaillent cet été dans les fermes du Québec.

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Nicolas Loison, un des trois cofondateurs de la coopérative La Shop à légumes, profite de quelques minutes libres pour désherber une planche de laitues. Créée en 2014, la ferme de Saint-Esprit, dans Lanaudière, livre des paniers à près de 700 familles et emploie actuellement 12 personnes. C’est la deuxième année que l’équipe recrute des travailleurs agricoles du Guatemala, une main-d’œuvre indispensable au travail de précision que commande le maraîchage bio.

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Mario Coj Cuxil, 36 ans, récolte des haricots de type romano dans l’une des serres de la ferme. C’est sa deuxième année à La Shop à légumes. Il a réussi à intégrer le Programme des travailleurs étrangers temporaires du Canada grâce à son frère, travailleur agricole en Ontario. À son tour, il a recommandé son petit frère qui l’accompagne cette année.

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L’expérience de Mario, lui-même maraîcher au Guatemala, s’avère très précieuse, témoigne Nicolas. D’un simple coup d’œil, il peut détecter un problème dans une récolte et suggérer des solutions.

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Dans un atelier, un vieux pot de café qui sert à ranger des outils a été étiqueté en français et en espagnol. Le travail agricole manuel change peu d’un pays à l’autre, mais il en va autrement pour la langue. Elle représente la principale difficulté d’échange entre Québécois et Guatémaltèques. « Eux ne parlent pas français, et nous pas beaucoup espagnol. Mais on finit par développer un langage propre à la ferme ! », lance Nicolas.

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Durant la pause de midi, Mario cuisine des tortillas dans le logement qu’il occupe avec ses trois autres collègues. Un peu déroutés par les habitudes alimentaires québécoises, les travailleurs parviennent à se faire livrer des produits d’Amérique latine (dont la fameuse farine à tortillas) grâce à une camionnette qui effectue la tournée des fermes de la région.

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Josue cueille un concombre dans une serre. Tout comme Mario, il est revenu cet été avec son petit frère, après une première expérience concluante en 2019. « C’est la première ferme dans laquelle je travaille au Canada et j’espère que ce sera la seule », affirme le mécanicien de formation, qui se voit revenir ici chaque année. « Notre partenariat prend tout son sens dans la durée », estime Nicolas, pour qui il est essentiel de pouvoir compter sur les mêmes travailleurs expérimentés chaque année.

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Mario désherbe une planche de laitues. Le désherbage, sans pesticides et sans machines, représente une des tâches les plus lourdes du cycle de production maraîcher. Les travailleurs du Guatemala travaillent environ 65 heures par semaine. « Pour nous, les heures sont les mêmes qu’au Guatemala, mais le salaire et l’encadrement du travail est bien meilleur », dit-il. Ce revenu est devenu d’autant plus indispensable à la famille cette année, alors que la pandémie paralyse l’économie de l’Amérique centrale.

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« Ici, la qualité l’emporte sur la quantité », se réjouit Mario, en exhibant une superbe tomate. Grâce au revenu supplémentaire obtenu au Canada, il aimerait pouvoir investir davantage dans sa propre activité de production de tomates au Guatemala, en améliorant sa serre par exemple. L’an dernier, une partie de son revenu lui a permis de planter un champ de carottes de 16 acres, malheureusement détruit par la grêle.

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Brian traverse la ferme à bicyclette. En arrivant au Canada, chacun des travailleurs a dû s’isoler pendant 14 jours, payés et sous haute surveillance, puisqu’ils ont reçu des visites de la GRC, de la CNESST et de Service Canada. La pandémie empêchera également Mario et Josue de rejoindre leur famille pour une semaine de vacances au mois d’août.

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Dans la maison des travailleurs, Josue consulte son téléphone, outil indispensable pour garder le contact avec ses proches. L’an dernier, son premier bébé est né alors qu’il se trouvait au Canada, et la ferme lui a offert un billet d’avion pour rejoindre sa famille durant une semaine.

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À l’occasion de la venue du Devoir, Nicolas a improvisé un barbecue chez lui, à quelques centaines de mètres de la ferme. Pour ce dernier, l’échange culturel et la complémentarité entre travailleurs québécois et guatémaltèques occupent une place indispensable dans cette relation de travail à long terme.

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