Un banc anti-itinérant retiré à Montréal

Selon la Ville de Montréal, ce banc était déjà en place depuis un moment au square Cabot, mais la peinture bleue et la mention repos 15 minutes y ont été ajoutés dernièrement.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Selon la Ville de Montréal, ce banc était déjà en place depuis un moment au square Cabot, mais la peinture bleue et la mention repos 15 minutes y ont été ajoutés dernièrement.

Critiquée pour avoir installé un banc public qui empêche les itinérants du square Cabot de s’y allonger et qui limite le temps de repos à 15 minutes, la Ville de Montréal a retiré le banc bleu controversé jeudi.

Sous un soleil de plomb, un Autochtone joue du tambour devant quelques dizaines de personnes au square Cabot pour célébrer la journée du Nunavut. La plupart regardent le spectacle de loin, assis sur les blocs de ciment ou par terre, préférant rester à l’ombre pour survivre à cette énième journée caniculaire.

Au coin des rues Lambert-Closse et Tupper, en bordure du parc, un banc bleu détonne. Identifié au nom de la Ville de Montréal, le banc est séparé en trois par des barres de métal qui empêchent les gens de s’y allonger. En blanc, on y indique que le temps de repos doit se limiter à 15 minutes. Un pictogramme indique également qu’il faut laisser la place aux personnes se déplaçant avec une canne.

Le banc bleu, qui venait tout juste d’être installé selon les gens qui fréquentent le parc, est bien visible en raison de sa couleur. Mais une dizaine d’autres bancs bruns installés en bordure du parc disposent des mêmes barres de métal. Ce n’est toutefois pas le cas à l’intérieur du parc.

« Pourquoi la ville a installé ce banc ? C’est vraiment stupide ! », dénonce Mina, une Inuit de 35 ans qui dort dans les refuges et passe ses journées au square Cabot. « Les gens ici sont souvent fatigués parce qu’on n’a pas de place pour dormir. Ça n’a pas de bon sens de dire qu’on ne peut pas s’y reposer plus de 15 minutes. »

Dans sa jolie robe rose à cœurs blancs, Mina déguste un ragoût d’élan dans un petit bol en carton, une spécialité du Nunavut distribuée pour la fête. Elle regarde les tours à condos qui poussent de l’autre côté de la rue et ne peut s’empêcher d’y voir un lien avec le nouveau banc bleu. « J’ai l’impression qu’on veut encore nous tasser d’ici », lance-t-elle en soupirant.

Discriminatoire

C’est exactement ce que pense Nakuset, co-directrice du centre Résilience, qui a publié la photo du banc sur Twitter jeudi matin. « C’est discriminatoire, affirme-t-elle en entrevue au Devoir. On cible les gens les plus vulnérables de la société. C’est d’autant plus difficile à accepter que les itinérants ont de moins en moins de services depuis le déconfinement. »

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a répondu au message de Nakuset sur Twitter : « Il s’agit de vieux bancs mis en place par la précédente administration, que j’ai abondamment condamnés. Ce banc n’a pas sa place dans les environs du square Cabot parce qu’il participe à la stigmatisation des personnes en situation d’itinérance. Il sera immédiatement retiré. » À 14 h, c’était chose faite, a pu constater Le Devoir.

En fin de journée, la Ville de Montréal a répondu que ce banc était déjà en place, mais qu’il a été peint en bleu dernièrement et qu’on y avait ajouté la mention repos 15 minutes. Cette modification « fait suite à des demandes de citoyens âgés désirant pouvoir se reposer sur leur trajet quand ils font des courses », explique Anik de Repentigny, chargée de communications à la ville de Montréal. Un autre banc similaire, installé au parc Hector-Toe-Blake tout près du square Cabot, a également été retiré.

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